Hors-jeu: La recette du pot-au-feu

En cet avril fébrile, il n'y a pas de hockey, il n'y a plus de baseball, il n'y a pas encore de comptabilité extrême*, mais pour se divertir sans craindre de briser son linge sauf si on se l'arrache dans un accès de rage au voleur, une chance qu'on a à Montréal la commission Gomery. Voilà, messieurs dames, un exercice qui nous rappelle tout à fait le sport dans les plus belles de ses manifestations. On y parle sans cesse de contrats. Les sommes évoquées font penser aux salaires des joueurs professionnels. Le rideau bleu qui sert d'arrière-plan aux confessions et qui fait si peu Canada a toutes les apparences d'un rideau de gymnase.

Et comme si ce n'était pas suffisant, nous apprenions hier qu'il y a des stades olympiques à Rimouski, à Chicoutimi, à Sherbrooke, à Sainte-Foy et à Trois-Rivières. Principal motif d'étonnement: qu'il n'y en ait pas à Shawinigan.

Demeure une chose: si tous ces stades olympiques ont coûté aussi cher que le nôtre, angle Sherbrooke et Pie-IX, on comprend pourquoi le gouvernement Charest se trouve dans l'impossibilité de réduire les impôts.

Des stades olympiques. Non mais qu'est-ce qu'on rigole, quand même. Dommage que ça ne soit pas gratis.

(* L'expression du terroir «comptabilité extrême» pourrait certes s'appliquer sans problème à la commission Gomery. Mais il y a bien plus. Encore une fois, comme d'habitude, mais allez je vous pardonne car vous ne savez ce que vous faites, encore une fois, oui, vous ne me croirez pas, mais il existe bel et bien une discipline sportive ayant pour nom comptabilité extrême. Il s'agit, si on se résume, d'aller accomplir des trucs présumément hors de l'ordinaire, genre grimper une montagne en complet-cravate, faire du ski alpin à reculons ou sauter en parachute, tout en apportant son travail, le travail en question consistant en des livres comptables à vérifier et des comptes à équilibrer.

La thèse à l'origine de cette discipline, qui tente d'être incluse dans le programme des Jeux olympiques de 2012 s'ils sont tenus à Londres — qui, semble-t-il, est un leader mondial par le nombre de comptables qu'il recèle —, est que si la comptabilité est perçue comme étant routinière, les sports extrêmes sont aussi devenus banals et seule une combinaison des deux peut pousser l'humain par-delà ses limites.

Le comptable sud-africain Keet Van Zyl serait actuellement, bien qu'il soit difficile de chiffrer les performances, le champion du monde de comptabilité extrême.

Vous ne croyez pas à de telles élucubrations, n'est-ce pas? Et pourtant: www.extreme-accounting.com.

Selon mes sources en plein milieu de l'extrême, la comptabilité de choc se serait inspirée, pour se tirer du néant et connaître une fulgurante autant que fiévreuse ascension dans les cercles agréés (C.A.), du repassage extrême, lui-même conçu il y a environ une demi-décennie. Vous ne pouvez pas faire semblant de ne pas connaître le repassage extrême — www.extremeironing.com — puisqu'il en était question ici même, dans cet espace d'information utile — c'est l'espace qui est utile, parce que l'information, entre vous et moi... —, pas plus tard que le 5 mai 2001.

Faut-il le rappeler, la discipline se présentait alors comme «le dernier en date des sports dangereux, qui allie les sensations fortes de l'activité de plein air extrême à la satisfaction d'avoir une chemise bien pressée», et franchement, si vous voulez mon avis, il est pas mal temps de refermer cette parenthèse qui commence à s'étirer au delà des convenances.)

À part ça, si vous permettez que j'évoque un petit quelque chose afin d'injecter un peu de joie dans votre morosité imputable à votre désillusion conditionnée par le dévoilement d'actes d'escroquerie à grande échelle, l'autre jour, à la radio, il y avait une tribune téléphonique. Un gars a appelé, et il a dit, texto: «Ce qu'il y a de bien, c'est qu'avec la commission Gomery, on est en train de découvrir le pot-au-feu.»

Ce qui nous rappelle à point nommé qu'il faut toujours tourner avant la septième fois sa langue au chat échaudé qui craint l'eau chaude à laquelle on peut mener le cheval mais on ne peut le forcer à ne jamais dire fontaine quand il cherchera le pont en arrivant à la rivière qui n'est qu'une vallée de larmes dont le pays est si mystérieux et a beau mentir qui prend mari et perd sa place au soleil qui brille pour tout le monde juste au cas où le pot-au-feu ne nous aurait jamais promis un jardin de roses.

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Il appert que la vie d'un sportif n'est point toujours aisée. Pour se bien concentrer sur son rendement sur le terrain, le sportif doit avoir l'esprit libre de tout souci extérieur. Pour arriver à une telle sérénité chez ses employés, le club anglais de soccer Fulham a embauché un «officier de liaison avec les joueurs» chargé de, ben, chargé de voir à ça. Il s'appelle Mark Maunders.

Récemment, Maunders a reçu un appel du défenseur Alain Goma lui demandant de venir immédiatement au domicile de celui-ci. Rendu sur place, Maunders s'est fait montrer l'aquarium du joueur, qui s'inquiétait de ce que son poisson rouge nageait dans la mauvaise direction.

Une autre fois, Maunders a reçu un appel du milieu de terrain Fabrice Fernandes, qui indiquait se lever souvent le matin avec la tête mouillée et s'interrogeait à savoir pourquoi au juste. Après enquête, Maunders constata que le joueur dormait tout près d'une fenêtre qu'il avait l'habitude de garder ouverte. Or, quand il pleuvait, qu'est-ce que vous voulez, la vie est ainsi.

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Selon le quotidien Detroit Free Press, auquel je suis abonné en trois exemplaires, pas moins de 143 livres portant soit sur les Red Sox de Boston, soit sur les Yankees de New York, soit sur les deux, ont été publiés aux États-Unis depuis la fin de la saison 2004 des ligues majeures.

Tant de chemin parcouru depuis l'amibe, chers amis, pour en arriver là.

jdion@ledevoir.com

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