Théâtre: Jamais, jamais, jamais...

Bon. Ce n'est pas tout de s'immerger une fois par année dans le festival de théâtre jeunes publics le plus convivial qui soit et de se taper plus d'une douzaine de spectacles en dix jours, il faut en revenir. Difficile quand même... Surtout que je pourrais vous parler avec un enthousiasme délibérément non contenu d'un spectacle éblouissant que j'ai vu à trois reprises en fin de festival à Reims, Lettres d'amour de 0 à 10, qui m'a fait brailler comme un veau... mais comme j'ai appris entre les branches (de sassafras bien sûr) que la production ferait partie de la sélection du prochain congrès de l'ASSITEJ en septembre, je garde mes munitions pour ce moment. Et je tente de me replonger dans ce qui se passe ici. Re-bon...

Alors, comme il n'est pas vraiment utile de revenir sur le sujet majeur du conflit opposant l'Union des Artistes (UdA) et le regroupement des Théâtres associés (TAI) avant la grande assemblée sectorielle de l'Union qui aura lieu le dimanche 17 avril — on votera là sur un accord de principe ou sur la reconduction des moyens de pression —, le premier sujet qui s'impose... c'est bien sûr la quatrième édition du Festival du Jamais lu. Ta dam!

Au programme de cette année qui verra la 50e mise en lecture de l'histoire du festival, 15 nouveaux textes seront proposés du 14 au 23 avril sur la scène du O Patro Vys, avenue du Mont-Royal. On retrouvera là des figures déjà connues comme Olivier Choinière, Francis Monty, Mathieu Gosselin (le barbu «trapu» de la Pire Espèce), Emma Haché, Marcelle Dubois, Jean-François Caron et plusieurs autres, mais comme d'habitude les organisateurs de l'événement ont réussi à concocter une sorte de cocktail de surprises pas piquées des vers.

La plus appétissante tourne autour du tout dernier texte d'Olivier Choinière, Paradixxx qui prend la forme d'une séance de doublage de films pornographiques: il y aura projections sur grand écran, bruitages live, quadriphonie, dialogues explicites et récit minimaliste. Ça aura lieu vendredi, à 20h, avec les comédiens Marc Beaupré, Céline Brassard, Alexia Bürger et Sébastien Rajotte sous la houlette de la conseillère en doublage Dominique Chantraîne. Mais ce n'est pas tout. Fidèle à la réputation du festival qui encourage la plus totale des prises de risques, Francis Monty propose Léon le nul et les autres, le jeudi 14 à 20h et le vendredi 22, à 14h; c'est un texte destiné aux jeunes publics dont les organisateurs du festival n'avaient toujours pas vu une ligne au moment de rédiger leur communiqué pour les journaux. Jocelyn Blanchard, Fanny Brit, Stéphane Brulotte, Paul-Patrick Charbonneau, Pascal Chevarie et Mathilde Dumont complètent la liste des auteurs. Mais on entendra aussi deux voix de la francophonie canadienne: Miriam Cusson d'Ontario (Carmencita, le dimanche 17 avril, à 20h) et Marc Prescott du Manitoba (Encore, le jeudi 21, à 20h); et celle du gagnant du Concours l'Égrégore, le cégépien Simon Boulerice (La Condition triviale, le vendredi 22, à 20h).

Le festival s'amorce comme à l'accoutumée avec les très courues Brèves théâtrales, jeudi soir; sous le thème «Lettre à l'institution», une dizaine de textes retenus par le jury viendront témoigner de la relation entre l'individu et l'institution sous toutes ses formes. Il se terminera avec un nouvel événement, le Cabaret Jamais Vert par lequel le Jamais lu veut «affirmer son ambition de sensibiliser certaines institutions à prendre des risques en programmant les paroles des jeunes auteurs». Selon le communiqué, «folies et engagement» seront au rendez-vous. Pour toutes les lectures, le prix des billets est fixé à 10 $ et l'on offre aussi un passeport à 50 $ pour toute la durée du festival. Pour en savoir davantage sur la programmation on peut consulter le site www.jamaislu.com et l'on réserve ses places au % (514) 890-6476.

En vrac
- On en a appris un peu plus sur le séjour de Fabrice Melquiot à Montréal du 16 au 30 avril (voir notre entrevue dans le cahier Culture du Devoir du samedi 9 avril). Les professeurs et les élèves qui travaillent sur Le Diable en partage — une pièce sur le conflit entre les Serbes et les Croates qui déborde sur les conséquences de toutes les guerres sur tous les humains de la planète — verront le dramaturge assister aux dernières répétitions, à l'entrée en salle, à la générale puis à la première du spectacle qui sera présenté à la Cinquième salle de la PdA du 29 avril au 7 mai. Melquiot assistera aussi aux mises en lecture (préparées par Patricia Nolin et des élèves de deuxième) de Kids à la Maison Théâtre, de Autour de ma pierre il ne fera pas nuit, à la Maison de la culture du Plateau et de Veux-tu? au Théâtre d'Aujourd'hui. C'est lui qui lira Bouli Miro aux enfants à la Bibliothèque centrale puis à celle du Mile End; il parlera aussi de son métier d'auteur de théâtre et de comédien. Rappelons que tous ces événements sont présentés gratuitement, mais que l'on doit se procurer un laissez-passer dans chacun des endroits où ils auront lieu.
- Un petit mot rapide sur le changement d'orientation de Nicole Doucet. Pour la féliciter d'abord de sa nomination à la Direction de la danse et de la musique du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), deux secteurs qui ne pourront que bénéficier de sa grande expérience, de ses dons de conciliatrice, de ses idées et de son dynamisme. Et aussi pour verser une larme sur son départ du Théâtre, des arts multidisciplinaires et des arts du cirque. Pas seulement parce que c'est une femme remarquable qu'on a d'abord vue reconstruire la Maison Théâtre alors qu'elle allait s'écrouler, mais surtout parce que le beau milieu traverse la crise que l'on sait et qu'il sera un peu plus difficile de s'en sortir maintenant qu'elle n'est plus là. Vous partez à un bien mauvais moment, mais bon vent quand même, Madame Doucet.
- Les Cahiers de théâtre Jeu organisent leur 46e Entrée libre, demain, de 17h30 à 19h dans la salle 329 de l'École nationale de théâtre, rue Saint-Denis. Le sujet est intéressant, comme toujours ou presque, et tourne autour de la mise en scène. On se demandera comment on peut former un metteur en scène? Pourquoi? À partir de quels critères? Et à quel prix? Martine Beaulne (comédienne, professeure mais surtout metteure en scène), Denise Guilbault, directrice artistique de l'École nationale, Gilles Marsolais, professeur au Conservatoire, et deux jeunes metteurs en scène (Christian Lapointe et Denis Lavalou) participeront au débat animé par Michel Vaïs. Après la discussion, vers 19h, on procédera à une grande braderie durant laquelle on vendra au poids des anciens numéros du magazine.
- Deux reprises en terminant. D'abord La Bonne Femme de et avec Jasmine Dubé, un spectacle destiné aux enfants de 4 à 8 ans, prend l'affiche de l'Outremont, le dimanche 17 avril à 14h; c'est un spectacle remarquable qui ne vieillira jamais et l'on vous le conseille fortement. À la Maison Théâtre, Glouglou de Lise Gionet et du Théâtre de Quartier prend l'affiche demain jusqu'au 1er mai; c'est une des très rares productions québécoises destinées aux enfants âgés de 2 à 5 ans et ça tient fort bien la route.

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