Le pudding

C'est bien connu: l'attaque est la meilleure défense. Accusé d'avoir profité lui aussi des largesses intéressées de Jean Brault, le PQ crie à l'arnaque, et Bernard Landry laisse entendre que des poursuites judiciaires pourraient être intentées.

Convenons d'entrée de jeu que ce qu'on reproche au PQ n'a aucune commune mesure avec le système maffieux mis en place par le Parti libéral du Canada. De là à crier au coup monté, il y a cependant une marge.

Certes, le président de Groupaction est un homme dont la parole est sujette à caution, mais le PQ reconnaît lui-même avoir retrouvé la trace d'une partie des sommes que M. Brault soutient lui avoir versées, par l'intermédiaire de ses employés, dans l'espoir d'obtenir ou de conserver des contrats.

Par définition, un pot-de-vin n'a de sens que si celui à qui il est destiné en connaît la provenance. Les responsables du financement au PQ auront beau nier avec la dernière énergie les allégations de

M. Brault, quelqu'un pense-t-il sérieusement qu'il aurait versé des dizaines de milliers de dollars à la caisse péquiste sans le dire à personne? Son témoignage devant la commission Gomery a démontré hors de tout doute qu'il était tout sauf désintéressé.

Il tenait tellement à ce que son contrat de publicité avec la Société des alcools soit renouvelé, en 1998, qu'il s'était associé au PLQ pour lancer un détective privé aux trousses du président de la SAQ, Gaétan Frigon, qu'il soupçonnait de lui avoir retiré le contrat pour l'accorder à une firme appartenant à son épouse.

«C'est Groupaction qui a demandé à nous voir. Nous ne leur avons jamais rien promis ni rien offert», a déclaré M. Landry dimanche. C'est bien possible, mais on a bel et bien accepté ses contributions qui, en vertu de la loi sur le financement des partis politiques, étaient illégales. Si cet argent n'avait pas été versé, il ne se retrouverait pas dans un compte en fidéicommis. Comme disent les anglophones: la preuve est dans le pudding.

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Il est clair que les libéraux fédéraux cherchent désespérément à entraîner le PQ, donc le Bloc québécois, dans leur déchéance, mais cela n'a rien à voir avec une quelconque arnaque. C'est simplement de la politique avec un «p» minuscule, mais qu'attendre d'autre de Jean Lapierre?

Sur l'échelle de la turpitude, la faute péquiste est sans doute moins grave, dans la mesure où il n'y a pas la moindre preuve de l'existence d'un système destiné à remplir les coffres du parti, comme c'était clairement le cas à Ottawa, mais cela n'en demeure pas moins une faute.

Soit, M. Landry n'avait pas à se couvrir de cendres, mais il était franchement absurde de prétendre ignorer que des entreprises contournaient la loi en remboursant les contributions de leurs employés. Il serait bien le seul au Québec à ne pas être au courant.

Les Québécois semblent faire la part des choses. Avec 47 % des intentions de vote, selon le dernier sondage de Léger Marketing, le PQ remporterait une des plus grosses victoires de son histoire.

S'il y a un parti au Québec qui pâtit des révélations de la commission Gomery, c'est le PLQ. Certes, les contre-performances à répétition du gouvernement Charest et la piètre image du premier ministre lui-même sont responsables au premier chef de l'effondrement des libéraux provinciaux, mais le qualificatif «libéral» semble être devenu une marque d'infamie.

Dans l'entrevue qu'il a accordée hier au Devoir, pour dresser le bilan de la première moitié de son mandat, M. Charest a donné tous les signes d'un homme déterminé à s'accrocher à son poste, mais il est difficile d'imaginer le PLQ tolérer bien longtemps un chef qui le condamne à la troisième place, tout premier ministre qu'il soit.

Il est vrai que les élections sont encore loin, mais il est très inquiétant de constater que 72 % des personnes interrogées estiment que la gestion du gouvernement ne s'améliorera pas durant la deuxième moitié de son mandat. Cela signifie que, même si les choses s'améliorent, les électeurs risquent de ne pas le voir.

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C'est ce qui arrive présentement à Bernard Landry. Hier matin, le Journal de Montréal coiffait le sondage de Léger Marketing d'un titre dévastateur: «Les deux chefs doivent partir». Cela a suffi à gâcher une des rares journées de congé qu'il s'accorde.

Pourtant, objectivement, les choses vont plutôt bien pour lui ces temps-ci. Non seulement les intentions de vote du PQ atteignent un sommet inégalé depuis des années, mais l'imminence des élections fédérales va encore lui faciliter la tâche au congrès de juin.

En fin de semaine dernière, les militants de la région de Montréal ont écarté à leur tour la stratégie fondée sur des gestes de rupture préalables à la tenue d'un référendum. La contestation du leadership de M. Landry ne peut donc plus s'appuyer sur une question de fond.

À moins d'une surprise, Stephen Harper va patienter encore quelques semaines avant de concourir au renversement du gouvernement Martin. L'hypothèse la plus probable est que les élections aient lieu peu après le congrès péquiste.

À la veille d'un scrutin qui pourrait créer une conjoncture exceptionnellement favorable à la réalisation du projet souverainiste, on imagine mal les péquistes choisir ce moment pour déclencher une nouvelle crise interne. Le PQ a beau être imprévisible, il y a tout de même des limites à la bêtise. Quoi que, s'il est vrai que la preuve est dans le pudding...

mdavid@ledevoir.com

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