Gare à l'éthique en matière de placement

Je me familiarise tranquillement avec votre univers de placement. Je suis actuellement en train d'évaluer les différents secteurs, pour cerner ceux qui me semblent les plus intéressants — mon avoir actuel ne me permet pas une diversification tel que conseillé — et le secteur de l'énergie me cause beaucoup de problèmes.

Vous le jugez hautement stratégique, mais les compagnies qui le composent ont certaines déficiences en matière environnementale... Avez-vous des suggestions pour des gens préoccupés par leur responsabilité sociale?

M. R.

N'en menez pas trop large en matière d'éthique lorsqu'il s'agit du placement. Bien sûr, je n'investirais pas dans une entreprise qui exploite des enfants, qui provoque guerres et tueries, etc.

Mais au-delà de ces cas flagrants, je crois que l'essentiel est d'investir dans les compagnies dont les dirigeants sont compétents et font preuve d'une grande intégrité. Ceux-ci sauront bien s'ajuster aux nouvelles règles sur l'environnement comme celles de l'accord de Kyoto, ou à toutes autres contraintes sociales et économiques.

En ce qui concerne le secteur du pétrole, j'admets qu'on puisse lui attribuer bien des maux. Mais notre économie entière repose pour le moment sur cette source énergétique. Et, à mon sens, ce sont les forces du marché qui nous mèneront éventuellement vers d'autres formes d'énergie plus propres. C'est-à-dire que les prix du pétrole amorcent à mes yeux une nouvelle poussée qui durera aussi longtemps que celle amorcée au début des années 70, peut-être même plus. Le courtier Goldman Sachs prévoit que le prix du baril de pétrole pourrait atteindre des prix au-delà de 100 $US le baril au cours des deux prochaines années. C'est ce qu'il faut pour que les gens consomment de manière plus efficace les combustibles fossiles, qu'ils cessent d'acheter des gros 4X4 pour se rendre du travail, seuls, à la queue leu leu, jusque dans leur lointaine banlieue sur nos autoroutes encore gratuites.

Conclusion: le secteur du pétrole est un élément essentiel à toute bonne stratégie de placement. Nos grandes entreprises pétrolières intégrées mènent leur exploitation correctement, ne sont pas impliquées dans toutes sortes de malversations d'ordre politique et développent essentiellement nos ressources naturelles, dont les sables bitumineux, en y investissant des milliards de dollars et en supportant les risques intrinsèques assez élevés de ce genre d'investissement.

Vous priver de ce secteur risque d'affecter négativement le rendement de votre portefeuille à court et à moyen terme.

Enfin, ne rendez pas nos firmes pétrolières responsables des conséquences du fait que nous, Canadiens et Américains, sommes devenus les rois de la surconsommation. Le problème est ailleurs.

Ne compliquez pas inutilement la gestion de votre portefeuille

L'été passé, l'économie japonaise donnait des signes positifs. Présentement, les analystes semblent bien moins enthousiastes dans leurs perspectives. Le PIB du quatrième trimestre 2004 a déçu. Est-ce le bon temps pour avoir un fonds commun qui cible l'économie japonaise?

W. R.

Comme je l'ai toujours cru, le succès en matière de placement repose à 10 % sur une bonne lecture de la macroéconomie et à 90 % sur le suivi constant des compagnies dont les titres composent votre portefeuille.

Pour ce qui est du suivi, afin qu'il soit efficace, il vaut mieux s'en tenir aux entreprises pour lesquelles l'information est aisément accessible. Dans cette perspective, malgré la révolution des technologies de l'information, la distance influe sur la qualité et l'accessibilité de cette information. Plus on est physiquement proche de l'entreprise, meilleure sera l'information (qualité et accès). Et plus la taille de l'entreprise est petite, plus le suivi doit être serré. C'est pourquoi, dans le cas des entreprises dites de faible capitalisation — leurs titres méritent une place uniquement dans la périphérie de votre portefeuille —, il vaut mieux s'en tenir aux compagnies québécoises.

Conclusion: n'essayez pas d'étendre vos placements dans les autres pays. Il est déjà difficile de prévoir l'évolution économique de son propre pays, à la limite de son propre continent.

La meilleure façon d'investir à l'étranger, c'est encore par le truchement de nos propres entreprises canadiennes et québécoises. Celles-ci sont en mesure mieux que vous et moi d'évaluer si oui ou non il est intéressant de prendre pied dans un autre pays.

Enfin, l'approche que vous préconisez en est une misant essentiellement sur les mouvements des marchés. Il s'agit ici d'une approche qui vous éloigne de celle, beaucoup plus fondamentale, qui consiste à prendre graduellement position sur faiblesse des cours dans les actions de huit grandes entreprises surtout canadiennes (quelques-unes peuvent être des grandes firmes américaines), actions que vous conserverez si tout va bien pendant plus d'une décennie, peut-être deux et plus.

Comment calculer le coût fiscal de mes actions de Norbord

et de Papiers Fraser?

En juillet, nous avons reçu pour Nexfor des actions de Norbord inc. et des Papiers Fraser inc. Comment dois-je calculer le coût de revient de ces actions?

Je possédais 600 actions de Nexfor payées 5036,50 $ et j'ai reçu 600 actions de Norbord et 120 actions des Papiers Fraser.

Merci

Un lecteur

Norbord a émis un communiqué de presse à cet effet le 20 juillet dernier. La compagnie recommande d'allouer votre coût en capital (5036,50 $) comme suit: 75 % en faveur des actions de Norbord et 25 % pour celles des Papiers Fraser.

Dans votre cas, le coût d'achat de chaque action de Norbord s'élève selon l'allocation précédente à 6,30 $ ((5036,50 $ x 0,75)/600), et celui de l'action de Fraser, à 10,49 $ ((5036,50 $ x 0,25)/120).

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca

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