Voyages: Nova Acadia ?

Retour de l'histoire? La Nouvelle-Écosse, qui affirme sans cesse sa vocation touristique, mettra en vedette cette année — et cet été en particulier — ses origines et racines acadiennes. Dieu sait pourtant qu'en d'autres temps les autorités de la fière Albion ont tenté d'effacer de la carte l'Acadie et ses habitants.

La semaine dernière à Montréal, les médias étaient invités à rencontrer ses représentants du tourisme venus leur présenter ses attraits et beautés. Faut-il s'en surprendre? Le nombre de Québécois francophones qui la fréquentent augmente d'année en année, certes sensibles à la faiblesse de notre dollar outre-frontière mais aussi à un accueil qui s'efforce de se faire en français et à des campagnes de promotion bien articulées qui mettent en valeur la diversité des ressources néo-écossaises.

Dans sa brève allocution, Randy Brooks, responsable des communications, a résumé l'essentiel du message: «De la vallée d'Annapolis jusqu'aux hautes terres sauvages du Cap-Breton en passant par notre capitale, Halifax, il y en a vraiment pour tous les goûts!» Si vous êtes déjà allé en ce Canada Seacoast, vous savez que ce ne sont pas de vaines prétentions.

Dressons un rapide portrait. La Nouvelle-Écosse — Nova Scotia, selon son appellation... anglaise — s'étire sur 560 kilomètres et aucune de ses parties n'est à plus de 56 kilomètres des côtes qui elles-mêmes totalisent 7400 kilomètres. Autrement dit, la mer fait intrinsèquement partie du paysage. Et de la vie quotidienne. Ajoutez des rivières et 5400 lacs, vous avez vraiment un pays d'eau. Qui n'est toutefois pas arrosé par des pluies trop fréquentes ou abondantes; au contraire, son climat, qui compte parmi les plus doux au Canada, ne manque pas d'ensoleillement.

Quelque 943 000 personnes, soit moins du tiers de la population de l'agglomération montréalaise, habitent ses 53 000 kilomètres carrés. Outre Halifax, il y a peu de grands centres urbains. Plusieurs, d'ailleurs, se plaisent à dire que la Nouvelle-Écosse est de taille humaine. Ce qui explique sans doute ses airs paisibles et tranquilles, ce «charme discret» que se plaisent à évoquer ses visiteurs. Et les journalistes qui en ramènent des reportages.

Guides et soutien électronique à l'appui, la province met l'accent cette année, dans son marketing, sur une palette de «découvertes», que ce soit les falaises fossilifères de Joggins, l'expansion des vignobles, le nouveau spa haut de gamme du très renommé Keltic Lodge, les festivals celtiques, le carnaval du homard de Pictou, les Highland Games d'Antigonish ou le fait qu'Annapolis Royal ait mérité le titre de «meilleure petite ville au monde».

Ce qui est significatif, c'est la place que prend l'Acadie. Qu'on se souvienne: en 1605, Pierre du Gua, sieur de Monts, débarquait en compagnie de Samuel de Champlain sur les rives de l'Annapolis. Avec leurs compagnons, ils ont fondé Port-Royal, le premier établissement français permanent en Amérique du Nord.

On connaît la suite: les conditions difficiles de cette colonie, son éloignement de la vallée du Saint-Laurent, les attaques venues tant de la Nouvelle-Angleterre que du Royaume-Uni ont très tôt affecté le destin de l'Acadie: à la signature du traité d'Utrecht en 1713, elle passait dans le giron britannique. Puis vint le Grand Dérangement en 1755 et dans les années qui ont suivi.

Pour la postérité, le poème Évangéline d'Henry Wadsworth Longfellow a immortalisé la tragédie acadienne. Les nouveaux colons, implantés sur leurs terres par le conquérant, ont favorisé la transformation de l'Acadie en Nova Scotia. Et pendant de longues décennies, le fait acadien y a survécu dans l'ombre.

Mais les choses changent. Le passé prend un autre visage, une autre signification. «En 2005, disait Randy Brooks, nous célébrons le 400e anniversaire de l'arrivée des Français en Nouvelle-Écosse. Et nous commémorons le 250e anniversaire du début des déportations. Il y aura partout des reconstitutions historiques, des festivals, des manifestations culturelles pour souligner ces événements importants de l'histoire de notre province et de notre pays. Nous vous invitons à constater à quel point la culture et l'esprit acadien sont toujours vivants et dynamiques, là où tout a commencé!»

Beaucoup de chemin a été parcouru, en effet. Et nul doute que, cette année encore, la Nouvelle-Écosse, presque devenue une Nova Acadia, remportera un vif succès auprès des Québécois.

Enfin, il est une particularité à laquelle il faut accorder toute l'attention qu'elle mérite. En Nouvelle-Écosse, la Division du tourisme relève d'un ministère dont le nom en entier, Tourism, Culture and Heritage, vaut d'être retenu.

Combien de fois ai-je eu l'impression d'être considéré comme un doux — sinon inoffensif — rêveur en soutenant que le tourisme devrait plutôt être rattaché à un ministère à vocation culturelle plutôt qu'économique? Combien de fois?

Quand j'ai posé la question à Randy Brooks, il m'a répondu avec un grand sourire: «C'est tout logique d'associer le tourisme à la culture et au patrimoine. Leurs liens sont si étroits. C'est l'une des meilleures décisions que nous ayons prises.»

Chez nous, le tourisme se raisonne d'abord en termes de dollars et de cents. D'emplois, de dépenses, de retombées économiques. Une véritable obsession. Comme si c'était la seule et unique manière — et donc la meilleure — de le gérer. Et d'en faire profiter toute la société.

Il y aurait peut-être lieu de regarder de plus près ce qui se passe du côté de la Nova Scotia.

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