La fierté compensatrice

Amira Elghawaby aurait eu beau se convertir au catholicisme et se fouetter jusqu’au sang, le gouvernement Legault aurait quand même continué à exiger sa démission.

Comme bien des Québécois, il ne fait pas de doute que le premier ministre a été réellement insulté par les propos de la nouvelle représentante de Justin Trudeau de la lutte contre l’islamophobie.

Il lui était facile de voir dans la nomination de Mme Elghawaby une escalade dans le combat qu’Ottawa a engagé contre la loi sur la laïcité, dans laquelle M. Trudeau semble voir une autre manifestation de ce qu’il perçoit comme l’intolérance, voire le racisme induit par le nationalisme québécois.

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Ce texte est publié via notre section Perspectives.

Il est toujours étonnant de constater à quel point le premier ministre canadien demeure étranger aux états de l’âme québécoise. C’est seulement lorsque certains de ses ministres ont exprimé leur malaise qu’il a senti le besoin de corriger le tir. Lui-même n’avait rien vu de répréhensible dans les propos de Mme Elghawaby.

À l’inverse, la fierté dans laquelle se drape continuellement M. Legault est si ostentatoire qu’elle en devient un peu agaçante. C’est comme s’il cherchait à compenser par l’exaltation des vertus nationales l’abandon de l’idéal qui l’enflammait tant dans sa vie antérieure.

En cela, il est tout à fait représentatif de nombreux Québécois dont le manque d’audace en 1995 a rendus particulièrement pointilleux sur l’honneur. D’ailleurs, si le Canada anglais s’adonne aussi volontiers au Quebec bashing, c’est qu’il sait très bien que ces cris d’indignation n’auront pas de suite fâcheuse.

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M. Legault a quand même dû remercier intérieurement son vis-à-vis canadien d’avoir facilité une rentrée parlementaire qu’on annonçait difficile. Il ne perd sans doute rien pour attendre, mais le feu d’artifice que se promettaient les partis d’opposition a été complètement noyé. Mieux encore, ils ont eux-mêmes offert le triste spectacle d’une division dont le gouvernement a pu faire ses choux gras.

Encore une fois, le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay, a dû éteindre un feu. Les libéraux ont finalement appuyé à l’unanimité la motion du gouvernement réclamant le départ de Mme Elghawaby, mais personne ne doute que la députée de Westmount–Saint-Louis, Jennifer Maccarone, a traduit le sentiment de la base anglophone du parti quand elle s’est portée à sa défense.

De la même façon, le député de Maurice-Richard, Haroun Bouazzi, s’est fait le porte-parole de nombreux militants de Québec solidaire en dénonçant une opération de diversion montée par M. Legault pour faire oublier les nombreux échecs de son gouvernement.

Gabriel Nadeau-Dubois le sait mieux que quiconque. En attendant la réunion du Conseil national, en fin de semaine prochaine, il a fait en sorte de ménager la chèvre et le chou en proposant une rencontre avec Mme Elghawaby avant de prendre position.

QS se retrouve encore dans la situation où il lui faut concilier l’inconciliable. Comment satisfaire une base militante et une clientèle électorale qui croient aussi que le gouvernement Legault encourage l’islamophobie, tout en se rapprochant de la majorité francophone sans laquelle le parti est condamné à plafonner ? À cet égard, l’élection partielle dans Saint-Henri–Sainte-Anne, sur laquelle QS fonde de grands espoirs, sera très instructive.

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Même si le Parti québécois est une quantité négligeable en matière de députation, il agit comme une sorte d’aiguillon, comme un rappel que l’hégémonie de la Coalition avenir Québec demeure conditionnelle à la ferveur de son nationalisme.

Maintenant qu’il a réussi à faire son entrée à l’Assemblée nationale, Paul St-Pierre Plamondon poursuit sa stratégie de rétablir l’indépendance comme « une option qui est toujours valable », comme il l’a fait dire à M. Legault cette semaine.

Même si le premier ministre s’est converti au fédéralisme et que son objectif est simplement de « faire des gains » au sein du Canada, Robert Bourassa estimait qu’il pouvait être utile de conserver l’indépendance comme une « police d’assurance ».

Il ne s’agit pas d’adopter la stratégie du « couteau sur la gorge », comme le proposait jadis Léon Dion, mais avoir un plan B n’est jamais une mauvaise chose dans une négociation.

C’est précisément ce que plaide M. Legault, quand il dit que les chances de s’entendre avec Terre-Neuve sur l’électricité du Labrador seraient meilleures si la construction de nouveaux barrages pouvait être présentée comme option.

Qui sait, il se pourrait qu’un plan favorise une plus grande retenue dans le Quebec bashing et permette ainsi de moins écorcher sa fierté.



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