Pilotes en pénurie (bis)

L’aviation civile fait face à un problème majeur de pénurie de main-d’oeuvre, plus criant encore du côté des pilotes, que la pandémie est venue amplifier.

Le problème a été évoqué le 12 janvier, lors de l’examen, par le Comité permanent des transports de la Chambre des communes, des causes ayant provoqué des inconvénients parfois majeurs aux voyageurs dans la période des Fêtes.

Mehran Ebrahimi, professeur et directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’ESG-UQAM, l’a également bien campé dans un échange de courriels. La pénurie de pilotes est une réalité mondiale, et au Canada ce problème est accentué dans le contexte général de pénurie de main-d’oeuvre. « De plus, puisque l’industrie aérienne a reçu peu d’appui durant la pandémie, certains de nos pilotes ont été embauchés par des compagnies étrangères. Nous estimons qu’à l’heure actuelle, il manque environ 1500 pilotes au pays. Vu le coût de formation et le peu de centres de formation publique, on ne peut pas pourvoir ces postes facilement », a-t-on déjà écrit.

La pénurie s’annonçait déjà à l’aube de 2020, notamment en raison de facteurs démographiques. Mais le brusque arrêt de l’embauche et du recrutement ainsi que les plans de départ anticipé ont nourri la pandémie. « Les lignes aériennes ont mis à pied de nombreux employés, ce qui a incité plusieurs pilotes à prendre leur retraite, à quitter l’industrie ou à déménager dans d’autres pays, où l’aviation a plus de soutien qu’au Canada », disait l’an dernier Tim Perry, président de la section canadienne du syndicat Air Line Pilots Association.

Selon les données fournies par Transports Canada, qui reprennent les estimations les plus récentes provenant de partenaires de l’industrie et de recherches menées par le gouvernement, la tendance globale annonce une pénurie de main-d’oeuvre dans le secteur des transports au Canada d’ici 2025, tout particulièrement dans le domaine de l’aviation. On cite le Conseil canadien de l’aviation et de l’aérospatiale, qui a calculé que le Canada devra embaucher 55 000 travailleurs d’ici 2025, notamment 7300 pilotes et 5300 techniciens d’entretien d’aéronefs.

Formation coûteuse

« Comparativement à d’autres travailleurs essentiels de l’aviation, les pilotes mettent des années à se former et ont besoin de fonds importants pour terminer la formation requise. » Et Transports Canada d’ajouter dans son courriel : « La pénurie sera importante plus tard ce printemps pour les petites opérations de travail régionales et aériennes, car ces exploitants ne seront pas en mesure de répondre à la demande en raison de la difficulté à trouver des pilotes. »

Un texte de La Presse canadienne publié cette semaine retient que ce problème se trouve exacerbé par l’arrivée de compagnies aériennes au rabais sur la scène canadienne au cours des dernières années : les Flair Airlines, à Edmonton, Lynx, à Calgary, Swoop, filiale de WestJet, ou encore Porter. « Si j’ai une nouvelle compagnie aérienne qui démarre avec 10 avions, j’ai théoriquement besoin d’environ 200 pilotes », explique à l’agence de presse Mike Doiron, président de Doiron Aviation Consulting. « Et former de nouveaux pilotes ne se fait pas du jour au lendemain, même si la demande de pilotes a explosé. » Il est dit que devenir pilote de ligne peut coûter plus de 100 000 $.

À propos des projections du Conseil canadien de l’aviation et de l’aérospatiale, « il n’y a peut-être que de 15 000 à 20 000 pilotes dans tout le système à l’heure actuelle, alors c’est un nombre assez important », a souligné M. Doiron. « La pénurie de personnel qualifié et expérimenté va vraiment mettre toute l’industrie à l’envers pendant un certain temps », peut-on lire.

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