Le sport à l’école doit être important

Une très sérieuse et crédible recherche vient de comparer chez nous la condition physique des jeunes d’aujourd’hui à celle des jeunes de 1982. Le résultat est pour le moins troublant.

Les jeunes sont plus gros et plus susceptibles de souffrir de diabète et d’hypertension artérielle ; « chez les garçons, à 17 ans, tu as 58 % des jeunes qui ont un niveau qui les expose à des problèmes de santé. Chez les filles, c’est encore pire. C’est 70 % des filles qui, à 17 ans, sont exposées à développer des problèmes cardiométaboliques importants dans les années à venir. […] La situation est catastrophique. On s’en doutait, mais là, on en est certains », résume le chercheur Mario Leone, professeur associé à la Faculté de médecine et des sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke.

Les écrans récréatifs

Parmi les importants facteurs qui expliquent cette tragédie, il faut absolument mettre le temps passé devant les écrans récréatifs — la télé, les jeux vidéo, les réseaux sociaux.

Le chercheur français en neurosciences cognitives
Michel Desmurget, qui a attentivement étudié le phénomène en France, me disait en ces pages : « Sur la durée de l’enfance [2-18 ans], soit la période la plus fondamentale du développement humain, nos progénitures consacrent aux écrans récréatifs l’équivalent de 30 années scolaires. »

Les effets de tout ça sont physiques, mais aussi psychologiques. Le psychologue social et professeur d’éthique américain Jonathan Haidt, qui étudie la question, soutient qu’aux États-Unis, la solitude et la dépression sont en hausse et que le manque de relations sociales que favorisent les réseaux sociaux joue ici un rôle important.

Il nous faut faire face à cette situation, qui aura en outre dans le futur, si on n’agit pas rapidement, de graves répercussions sur le système de santé et sur l’économie.

Hélas, le contexte actuel, avec la pénurie d’enseignants et l’état des infrastructures sportives, ne favorise pas les choses, loin de là.

On a récemment, et il faut s’en féliciter, ajouté une heure d’activité par jour à l’école primaire ; mais le programme n’est pas encore implanté partout.

Je reconnais bien entendu que le problème n’est pas seulement celui de l’école et que nos manières de vivre y jouent leur rôle et font partie de la solution. Je sais aussi que le temps passé à l’école est limité.

Mais l’école peut et doit jouer son important rôle dans ce dossier. Et la philosophie peut contribuer à cet effort en justifiant la place de l’activité physique dans le curriculum.

Un point de vue philosophique

Chez les philosophes de l’éducation, on a souvent mis en garde contre la tentation de faire de l’activité physique une composante de l’éducation au sens strict. L’éducation, dit-on, concerne la transmission de savoirs et si on peut étudier l’activité physique, comme on le fait à l’université, sa pratique à l’école n’est pas une composante de l’éducation.

Mais cela n’interdit pas de justifier de faire sa place à l’activité physique dans le curriculum de l’école en invoquant sa valeur instrumentale. Les arguments en ce sens n’ont pas manqué et ils sont plus que jamais pertinents.

L’activité physique, résument les chercheurs Mike McNamee et Richard Bailey, peut contribuer à la santé physique et au développement de la personnalité, et aider à combattre l’obésité et à développer des habiletés sociales. Elle est un outil pour combattre l’exclusion et promouvoir l’acceptation par les pairs, elle aide à résoudre des conflits en tous genres, notamment ethniques, et peut améliorer le rapport à l’école des enfants et des jeunes.

Tout cela est fort plausible et c’est beaucoup.

Mais j’insisterais pour rappeler à quel point l’activité physique est essentielle à la vie de l’esprit. Permettez-moi une confidence. Quand j’ai commencé à me passionner pour les idées, vers 15 ans, j’ai cessé toute activité physique, moi qui jusqu’alors en faisais pas mal. Pas de temps pour le tennis : j’ai un texte à lire…

Ce fut une grave erreur. J’ai repris l’exercice des années plus tard. Aujourd’hui, je dis souvent à la blague que je devrais signer certains de mes textes : Baillargeon et son vélo. Je lis ou écris et je bloque sur quelque chose ? Je fais un tour de vélo, ça se met en place. Ça ne se généralise peut-être pas. Mais mon vélo est d’accord.

On le concédera en tout cas : le bel adage « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain, n’a rien perdu de sa vérité.

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J’ai dit et je répète que pour mettre en place ce qui urge en matière d’activité physique à l’école, de nombreux problèmes pratiques devront être affrontés. Quoi, exactement ? Animé par qui ? En quel lieu ? À quels moments ? Je ne saurais répondre à ces questions.

Mais je soumets une modeste idée pour aider à faire tout cela. Comme le suggère l’expérience menée dans plusieurs pays, il faudrait abolir le cellulaire à l’école.

On peut en espérer de nombreux effets bénéfiques : sur le rendement scolaire, mais aussi sur la santé mentale et pour l’activité physique. Pour commencer, à défaut de consulter son cellulaire dans la cour d’école, on jasera avec les amis et on jouera…

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