Bon réflexe de décaisser ses REER en début de retraite?

La fameuse « saison des REER » entraîne de nombreuses questions. C’est l’occasion de remettre les pendules à l’heure en déboulonnant certains mythes tenaces sur le sujet. Voici la question d’un de nos lecteurs, Claude, qui a inspiré cette chronique.

« Je vais avoir 60 ans en 2023 et je suis à la retraite depuis janvier 2021. On nous suggère, la plupart du temps, de commencer par les REER (régime enregistré d’épargne-retraite), de façon à diminuer mes revenus imposables ultérieurs, pour avoir accès aux crédits d’impôt et aux avantages fiscaux du Québec et du fédéral, qui sont influencés par nos revenus. J’ai environ 600 000 $ en REER.

Il me semble que, si je décaisse avant 65 ans, cela fera des montants d’impôt faramineux. D’autant plus que le tout est liquide, chez Épargne Placement Québec, en CPG (certificat de placement garanti) et dans des banques. Sans compter mes autres placements, non enregistrés, qui vont aussi rapporter des revenus d’intérêt imposables de quelques dizaines de milliers de dollars annuellement. Normalement, les REER permettent de reporter l’impôt à un moment où nos revenus sont inférieurs et dans une fourchette d’imposition plus basse.

Mais là, j’ai l’impression qu’avoir épargné de façon sérieuse et très disciplinée va me désavantager. Y a-t-il quelque chose que j’ai mal compris, ai-je fait une erreur quelque part ? »

Effectivement, Claude semble avoir été mal informé quant à l’ordre de décaissement de ses actifs. Voici quelques pistes de réflexion adaptées à sa situation.

Reporter l’impôt le plus longtemps possible

Rappelons en premier lieu que, si le compte REER ne permet pas de faire disparaître l’impôt — ce qui d’ailleurs nuit à sa réputation auprès de ceux qui en saisissent mal les avantages —, il permet de le reporter.

Pour la majorité des contribuables, le revenu imposable est plus élevé pendant la vie active qu’à la retraite. Il est ainsi avantageux de diminuer les impôts exigibles pendant cette longue période en s’enrichissant grâce à l’économie fiscale. S’il existe peu de règles absolues en matière de finances personnelles, il n’en demeure pas moins que, pour de nombreuses personnes, l’objectif sera de décaisser les REER le plus tard possible, et selon des montants déterminés, afin d’optimiser les impôts en fonction de la situation personnelle et fiscale.

Les retraits REER seront imposables, mais l’augmentation de la valeur nette à long terme rendue possible par les cotisations annuelles le justifie amplement. Si les actifs sont importants, il est même possible, pour certains contribuables, de ne retirer que le minimum annuel des retraits obligatoires à partir de 72 ans, lorsque le REER est transformé en FEER (Fonds enregistré de revenu de retraite). Et si vous n’avez pas besoin de l’argent de ces retraits obligatoires, vous devriez cotiser annuellement à votre CELI (compte d’épargne libre d’impôt), pour maintenir une portion du rendement à l’abri de l’impôt.

Dans certaines situations, il est tout à fait pertinent de calculer si les revenus de retrait du compte REER peuvent nuire à l’admissibilité au Supplément de revenu garanti (SRG) de la Sécurité de la vieillesse (SV). Il peut s’agir de contribuables ayant bénéficié de revenus plus faibles lorsqu’ils travaillaient et ayant accumulé peu de REER, ou encore, à l’inverse, d’entrepreneurs ayant principalement accumulé leur patrimoine dans une société de portefeuille. Dans ce dernier cas, encore faut-il que les besoins personnels soient extrêmement bas pour qu’un tel calcul s’applique. À la suite de la vente d’une entreprise, il se peut aussi qu’un retrait du REER soit efficace pour récupérer plus rapidement l’impôt minimum de remplacement (IMR).

Ce ne semble pas être le cas de notre lecteur, qui détient des placements non enregistrés, lesquels augmentent son revenu imposable. Il y a de fortes chances pour que le décaissement de ceux-ci, en priorité par rapport à son REER et à son CELI, soit plus avantageux. Il pourrait toutefois vérifier la pertinence de transformer une petite partie de son REER en FERR, afin d’obtenir le crédit d’impôt pour revenu de pension, qui s’applique aux deux premiers 2000 $ du revenu de pension admissible.

Décaisser selon ses besoins

Le meilleur plan de décaissement à la retraite doit évidemment optimiser la fiscalité, mais il doit tout d’abord vous permettre d’atteindre vos objectifs personnels. Il y a plusieurs facteurs cruciaux à analyser pour en arriver à une stratégie de décaissement personnalisée, comme votre coût de vie à la retraite, vos sources de revenus complémentaires (ex. : rente de retraite et/ou revenu de location net, dividendes de votre société de portefeuille, vente d’actifs, etc.), votre situation familiale et la composition de votre
portefeuille.

Ainsi, dans le cas d’un couple, il sera important de planifier les retraits du REER de façon à équilibrer le plus possible les assiettes fiscales. Une réflexion doit aussi être faite sur le meilleur moment pour demander la rente de la Régie des rentes du Québec (RRQ) ou les prestations de la Sécurité de la vieillesse (SV).

Dans un premier temps, j’invite donc Claude à déterminer son coût de vie désiré à la retraite, lequel devra se baser sur une réflexion sérieuse et prévoir l’intégration des projets qui lui sont chers. Par la suite, différents scénarios de décaissement pourront lui être présentés afin de répartir le retrait de ses REER sur plusieurs années, lui permettant ainsi de conserver les avantages de l’intérêt composé et de limiter l’imposition sur les retraits.

Un portefeuille sous-investi à la retraite ?

Enfin, même s’il ne s’agit pas de sa question principale, un élément du message mérite d’être mis en lumière : pourquoi son portefeuille REER est-il principalement liquide ou investi dans des CPG ? À moins que ses besoins pour vivre soient extrêmement importants, la majorité de son portefeuille ne sera pas décaissée à court terme… Autrement dit, si vous êtes à la retraite, votre portefeuille, lui, ne devrait pas l’être. Du moins pas si vous souhaitez mettre toutes les chances de votre côté afin de le prémunir contre les risques de l’inflation, surtout en cas de longévité.

Un portefeuille pourrait être révisé avec l’objectif de générer un revenu courant plus important, par exemple. Toutefois, une portion du portefeuille devra également être investie à long terme. Encore une fois, avec une planification personnalisée, il sera possible d’établir ce besoin en revenus de façon assez précise



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