Durabilité rentable

L’économie dite durable est rentable. Même la flambée des cours pétroliers attisée par la guerre en Ukraine, qui a propulsé les indices boursiers abritant une composante pétrole et gaz, n’a pu battre le Global 100 des entreprises qualifiées d’« écoresponsables », se réjouit Corporate Knights.

L’indice du magazine spécialisé repose sur une évaluation exhaustive de quelque 6720 entreprises inscrites en Bourse réparties sur la planète affichant des revenus de plus de 1 milliard $US. Au sommet de l’édition 2023 du Global 100 trône l’américaine Schnitzer Steel, spécialisée dans le recyclage de métaux, dont 100 % du chiffre d’affaires et des investissements entrent dans la catégorie des revenus et investissement « durables ».

Dans l’édition 2023 publiée mercredi, on observe la présence d’une dizaine d’entreprises canadiennes dans ce classement mondial. La firme d’ingénierie albertaine Stantec s’installe au haut de cette liste, occupant la septième position dans l’indice. Suivent Cascades au 20e rang, puis trois entreprises de télécommunications, soit Telus (37e), BCE (42e) et Cogeco (45e). Gildan (60e), la Financière Sun Life (77e), Teck (78e) et la Banque de Montréal (88e) parviennent aussi à s’inscrire dans le palmarès des 100 premières sociétés, qui se termine avec Canadian Tire, au 90e rang, et Société financière IGM, en 92e position.

Bref, les entreprises canadiennes comptent pour 11 % du palmarès, seulement dépassées par le poids de 20 % des entreprises américaines.

La société de médias, de recherche et d’informations financières propose ainsi son indice depuis 2005 et se donne pour mission de suivre les entreprises dans leur transition énergétique. En matière de rendement, Corporate Knights se réjouit de voir surperformer l’indice baromètre MSCI ACWI (pour All Country World Index) et d’autres références faisant appel aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). En comparant les comportements des entreprises composant chacun des indices, on constate que celles du Global 100 engagent directement sept fois plus de capital dans l’investissement durable, soit 47 % de l’ensemble de leurs investissements contre 7 % en moyenne pour les entreprises du MSCI ACWI. Et dix fois plus de revenus écoresponsables, qui comptent pour 50 % de leurs revenus totaux, contre 5 % pour les autres.

Cela dit, il faut apporter un bémol à cette comparaison, le MSCI ACWI compilant l’évolution du cours des actions d’environ 3000 entreprises de 23 pays développés et de 26 marchés émergents.

Au chapitre de la performance boursière, Corporate Knights ajoute que, même en 2022, avec l’invasion russe en Ukraine favorisant une hausse des cours des pétrolières et gazières, le Global 100, qui ne renferme qu’une pétrolière — Neste, un géant finlandais spécialisé dans le carburant renouvelable —, a mieux fait que l’indice développé par Morgan Stanley, dont 6 % de la composition est revendiqué par le segment « pétrole et gaz ».

Par ricochet, le magazine retient que la forte poussée des prix de l’énergie fossile est venue accélérer le déplacement des investissements vers les énergies renouvelables. De plus, un biais s’incruste en faveur de l’investissement responsable ou à impact positif, qui reçoit également une écoute toujours plus attentive des investisseurs institutionnels. Les critères ESG comptent de plus en plus d’adeptes parmi les gestionnaires et fonds spécialisés s’activant à réduire l’empreinte carbone de leurs portefeuilles.

Risque moindre

Au cumul, 1 $ investi en février 2005 dans le portefeuille Global 100 a généré un rendement de près de 1,2 fois plus élevé qu’un investissement dans le MSCI ACWI, soit un rendement total de 270,7 % contre 222,1 %, selon les données du magazine. Pour le Dow Jones Sustainability World Index, cette performance se chiffre à 200 %. Par rapport à certains indices ESG de référence, l’écart de performance favorisant le Global 100 est multiplié entre 2,2 et 2,7 selon la période de temps retenue.

Au-delà des jeux d’écart entre les différents baromètres retenus, rappelons qu’il est désormais reconnu et maintes fois démontré qu’il existe une corrélation neutre ou positive entre les facteurs ESG et le rendement. Et une corrélation fortement négative entre le rendement des entreprises selon ces critères ESG et la volatilité de leurs titres boursiers, l’investissement responsable étant associé à un risque moindre.

Entre autres, une étude publiée par MSCI à partir de données portant sur plus de 1600 titres entre 2007 et 2017 « a révélé que les sociétés qui adoptent de bonnes pratiques ESG ont tendance à afficher une rentabilité supérieure et à déclarer un rendement en dividendes plus élevé, tout en présentant des risques résiduels plus faibles, en plus d’une volatilité systémique moindre et d’une valorisation supérieure », a-t-on déjà écrit.

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