Passons à la pause

Tous retiennent cette phrase du communiqué de la Banque du Canada publié mercredi : « À l’avenir, le Conseil de direction évaluera s’il est nécessaire de relever encore le taux directeur pour ramener l’offre et la demande en équilibre et l’inflation à la cible. » En octobre dernier, la Banque du Canada écrivait : « le Conseil de direction s’attend à ce que le taux directeur doive encore augmenter ». La nuance dans le ton est palpable. Et la banque centrale de réitérer avec insistance que le resserrement quantitatif est un outil complémentaire aux hausses du taux directeur. Que ce délestage de son bilan grossi par les achats d’obligations gouvernementales lors de la pandémie joue l’effet d’une hausse des taux d’intérêt le long de la courbe de rendement, selon l’échéance des titres vendus.

Bref, si, selon toute évidence, le 7 décembre coïncide avec l’atteinte d’un pic dans l’actuel cycle haussier, soit d’un taux directeur de 4,25 %, l’austérité monétaire aura été mordante, avec une hausse de 400 points du taux cible du financement à un jour en 10 mois. Loin en zone restrictive au-delà du taux dit neutre, compris dans l’intervalle des 2-3 %.

Pour les emprunteurs hypothécaires à taux variable ou en renouvellement, faites le calcul. Simplement en guise d’ordre de grandeur, on retient que chaque hausse de 25 points de base du taux hypothécaire ajoute au paiement un peu plus de 6 $ par mois par tranche de 50 000 $ de prêt.
 

 

Des signes de freinage

Parlant d’une croissance du PIB plus forte que prévu au troisième trimestre, la Banque du Canada retient que derrière la vigueur affichée des exportations de produits de base se profilent des traces de freinage de la demande intérieure. Ainsi, « les mesures de l’inflation fondamentale restent autour de 5 %. Leurs taux de variation sur trois mois ont toutefois baissé, signe précoce que les pressions sur les prix pourraient être en train de s’alléger », écrit-elle, tout en reformulant avec fermeté sa détermination à « atteindre la cible d’inflation de 2 % et à rétablir la stabilité des prix ».

Quant au ralentissement économique, elle s’en tient ainsi à ses projections formulées dans son Rapport sur la politique monétaire selon lesquelles la croissance économique « va essentiellement stagner jusqu’à la fin de l’année et durant la première moitié de 2023 ». La Banque du Canada ne l’a pas écrit, mais elle n’écarte pas un scénario de récession. Elle voit la croissance du PIB s’établir entre 0 % et 0,5 % jusqu’à la fin de 2022 et au premier semestre de 2023. « Cela donne à penser que, durant quelques trimestres, la croissance pourrait tout aussi bien être un peu en deçà de zéro qu’être légèrement positive », lit-on dans son rapport d’octobre.

Oxford Economics croit de son côté que l’économie canadienne est déjà engagée dans la récession et voit une chute de 2,3 % du PIB du sommet au creux d’ici au troisième trimestre de 2023. Pour sa part, Marc Desormeaux, économiste principal au Mouvement Desjardins, prévoit plutôt que la croissance au quatrième trimestre de 2022 sera presque deux fois supérieure à cette projection de la banque centrale. « Mais cela signifie probablement aussi un ralentissement plus prononcé en 2023 plutôt qu’une croissance “pratiquement stagnante” au premier semestre l’an prochain pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande. » Il estime que ce sera encore plus difficile pour les secteurs sensibles aux taux d’intérêt l’an prochain, « car l’économie canadienne n’a pas encore encaissé la totalité du choc de la hausse des taux d’intérêt cette année ».

Donc, rien de trop beau non plus pour l’accessibilité de la propriété d’ici à ce que la banque centrale amorce un relâchement de son taux directeur, prévu au mieux au deuxième semestre de l’an prochain, voire fin 2023, début 2024, selon le scénario dominant. Selon que la correction immobilière en cours sera de 15 % ou de 30 % du sommet au creux, le prix moyen restera de 5 % à 27 % plus élevé par rapport à son niveau prépandémie, combiné à un paiement hypothécaire mensuel s’affichant à la fin du troisième trimestre en hausse de près de 20 % à Montréal sur un an et de près de 10 % à Québec, selon des calculs tirés des données de la Banque Nationale.

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