Et si Zuckerberg avait raison?

Ils sont nombreux, les gens qui lèvent les yeux au ciel à la simple mention du terme « métavers ». Le président-directeur général de Meta, Mark Zuckerberg, se donne dix ans pour confondre ces sceptiques. Il est convaincu qu’ils vont regretter leur pessimisme bien avant 2032. Et s’il avait raison ? Les créateurs d’un métavers entièrement québécois en sont convaincus.

Ce mercredi aura lieu dans les locaux de SNC-Lavalin une conférence regroupant quelques dizaines d’entrepreneurs qui travaillent à la mise en place d’un environnement virtuel immersif entièrement québécois. Il a déjà un nom : Xprience. Il devrait être rendu public en mars prochain. Il suffira d’enfiler des lunettes de réalité virtuelle comme les Quest 2 de Meta, justement, pour y accéder.

La conférence est organisée par les gens de l’Association VR/AR de Montréal. Son objectif est de présenter les différentes technologies qui seront intégrées à ce futur environnement immersif : des scènes de spectacle, des salles de conférences, des espaces collaboratifs, des outils transactionnels, etc. Tout cela sous forme virtuelle.

Xprience s’inspire de VRChat, un environnement déjà existant en marge des grandes plateformes comme celle de Meta. Cet univers numérique a commencé comme une application de messagerie pour la réalité virtuelle, mais est rapidement devenu un monde à part entière, où l’on trouve quelque 25 000 petites communautés virtuelles indépendantes.

Tomber amoureux d’un hamburger

VRChat est un réseau social immersif où on peut jouer, échanger, se faire des amis, et même faire des rencontres intimes. La prochaine grande frontière des applications de rencontre n’est plus de trouver la bonne personne dans son quartier, c’est de trouver l’âme soeur dans le métavers. Peu importe sa forme : des gens qui tombent amoureux d’un avatar de chat ou de hamburger ne tiennent pas à connaître le vrai physique de leur coup de coeur…

Mine de rien, des applications comme VRChat ont insufflé un certain dynamisme durable dans la réalité virtuelle. Meta dit avoir écoulé plus de 15 millions de casques Quest dans le monde. Au Québec, on compte au moins 20 000 propriétaires de l’appareil qui sont des visiteurs réguliers dans le métavers, estime Gabriel Brien, un des principaux promoteurs de la réalité virtuelle au Québec qui participe aussi au projet Xprience.

M. Brien est un youtubeur qui commente régulièrement l’actualité de la réalité virtuelle (VR), de la réalité augmentée (AR) et de la réalité mixte (XR). Cette dernière est un mélange des deux autres qui se superpose sur le monde réel.

« Il y a vraiment un écosystème qui est en train de se former au Québec autour de la réalité mixte », affirme celui qui aide des organisations comme le Groupe Juste pour rire à s’y faire une place. Gabriel Brien travaille pour XPR Labs, un développeur d’applications de réalité virtuelle ou augmentée fondé par Mickael Nadeau, un entrepreneur beauceron issu du secteur de la sécurité informatique.

L’industrie du divertissement est une des premières à s’intéresser au phénomène, constate-t-il, d’ailleurs.

C’est plus facile pour cette industrie d’adopter les technologies du métavers : les billets vendus pour un spectacle virtuel ou en personne peuvent s’accompagner d’un NFT, une image ou une vidéo exclusive qui sera ensuite la propriété du spectateur. Cet été, des humoristes québécois ont d’ailleurs organisé un premier spectacle dans le métavers. D’autres projets seraient dans les cartons pour les prochains mois.

Vers un « iPhone du métavers »

La réalité virtuelle est une technologie qu’il faut essayer pour bien la comprendre. Ses promoteurs diront évidemment que l’essayer, c’est l’adopter et, en effet, l’immersion proposée par les plus récents casques, comme le Quest Pro que Meta a mis en vente à la fin octobre, est très convaincante.

Malheureusement, l’accès est limité par le prix prohibitif de ces accessoires. Le Quest Pro coûte 2000 $. Des casques similaires d’autres marques, comme le Pico 4, coûtent moins cher,mais demeurent tout de même à 500 $, un coût élevé pour le grand public. Un nouveau modèle Quest plus abordable attendu au printemps 2023 pourrait rendre le métavers plus accessible.

Gabriel Brien va plus loin : un éventuel casque signé Apple pourrait être ce dont cette industrie toute naissante a besoin. Un « iPhone du métavers », comme il le surnomme, va attiser l’intérêt d’un public beaucoup plus large que celui qui est naturellement intrigué par les nouvelles technologies. Or, la rumeur veut qu’Apple ait non pas un, mais deux casques prêts à être commercialisés à partir du printemps prochain.

L’arrivée d’Apple ne garantirait en rien le succès du métavers, mais le géant californien a un certain flair pour investir des secteurs technologiques juste au moment où ils se mettent à grandir de façon exponentielle.

Détail intéressant : s’il est un jour mis en marché, un éventuel casque de réalité virtuelle, augmentée ou mixte signé Apple risque fort d’être en partie inspiré d’une technologie québécoise, celle d’une jeune pousse de Sherbrooke appelée Vrvana, qu’Apple a acquise en 2017.

Évidemment, on n’y est pas encore. Mark Zuckerberg est loin d’avoir gagné son pari d’imposer le métavers à la planète. Mais si la technologie s’impose d’ici dix ans, il se pourrait bien que ce soit en partie grâce au génie québécois…

À voir en vidéo