Inflation des profits dans l’alimentation

Des ventes gonflées à l’inflation et une marge bénéficiaire accrue… Les magasins d’alimentation accumulent les profits en accéléré depuis le début de la pandémie.

Les statistiques financières trimestrielles des entreprises publiées mercredi par Statistique Canada dirigent un projecteur vers les données d’intervenants dans le secteur de l’alimentation. Une grande observation ressort : les magasins d’alimentation connaissent une croissance importante de leur marge bénéficiaire, pour reprendre le libellé de l’agence fédérale.

En amont, la marge de l’industrie de la fabrication d’aliments et de boissons gazeuses était de 5,3 % en moyenne entre 2017 et 2019, pour atteindre 5,4 % au cours des trois premiers trimestres de 2022. Pour les magasins d’alimentation, la marge bénéficiaire moyenne avant impôt s’établissait à 2,2 % avant 2020 et à 3,5 % au cours des trois premiers trimestres de 2022, ce qui représente une augmentation de 1,3 point de pourcentage entre les deux périodes retenues, ou de 59 %. Alors qu’elle se maintenait, sauf exception, sous les 3 % entre le premier trimestre de 2017 et le quatrième de 2019, elle a atteint une moyenne de 3,7 % à partir de 2020.

En dollars, le bénéfice net avant impôts trimestriel se chiffrait, en moyenne, à 828 millions de dollars de 2017 à la fin de 2019. Il est passé à 1575 millions depuis, soit une hausse de 90 %. Dans la fabrication d’aliments, il est passé de 1707 millions à 2320 millions, pour une augmentation de 36 % entre ces deux périodes de comparaison. Ayant atteint la barre du milliard de dollars à deux reprises seulement entre 2017 et 2019, le bénéfice net avant impôts des magasins d’alimentation a franchi ce cap au premier trimestre de 2020 — avec une pointe à 2,3 milliards un an plus tard —, pour s’y maintenir largement au-dessus depuis.

Qualifiant l’augmentation de marquée, Statistique Canada souligne que « dans l’ensemble, la hausse du bénéfice net avant impôts des magasins d’alimentation est principalement attribuable à un volume plus élevé de ventes et à une croissance de leur marge bénéficiaire ». L’agence tient toutefois à préciser que les entreprises dans cette industrie des magasins peuvent aussi générer des revenus de ventes d’articles non alimentaires.

Refroidissement économique

Si le bénéfice net des magasins d’alimentation a augmenté à chacun des trois premiers trimestres de 2022, un recul du bénéfice trimestriel moyen a toutefois été observé cette année par rapport à la moyenne comptabilisée en 2021. Ce recul atteint 11 % et vient effacer en partie l’augmentation de 30 % mesurée lors de la première année de la pandémie. Cependant, de 2020 à 2022, la progression se chiffre à 15 %, contre 5 % dans l’industrie de la fabrication d’aliments.

Un repli en 2022, qu’il faut mettre dans le contexte d’une détérioration des perspectives économiques des entreprises. La hausse de 350 points de base du taux directeur de la Banque du Canada depuis mars a eu l’effet d’une douche froide sur l’économie. « La pénurie de main-d’oeuvre qui perdure, la tendance à la baisse des prix des produits énergétiques et métalliques, et la dépréciation de 2,3 % du dollar canadien par rapport au dollar américain ont accru l’incertitude et les préoccupations concernant un ralentissement économique », a ajouté Statistique Canada.

Les entreprises canadiennes ont enregistré une baisse de 8,1 % du bénéfice net avant impôts au troisième trimestre. Le recul a été de 11,6 % dans le secteur financier, de 6,7 % dans le secteur non financier.

Un peu moins de surprofits pétroliers

Accusées de nager dans les surprofits, les entreprises d’extraction de pétrole et de gaz ont vu leur bénéfice avant impôts reculer de 3,4 % au troisième trimestre sous l’effet de la baisse du prix de référence du West Texas Intermediate et de l’accroissement de l’écart avec le Western Canadian Select, référence albertaine. Les prix des produits énergétiques bruts ont fléchi de 10,6 % au troisième trimestre. S’ajoute la diminution des exportations de pétrole brut vers les États-Unis, la hausse de l’offre aux États-Unis ayant permis de débloquer plus de barils de leurs réserves stratégiques, explique Statistique Canada. Pour sa part, l’indice des prix du gaz naturel a reculé de 15,8 %.

Dans la fabrication de produits du pétrole et du charbon, la chute du bénéfice atteint les 61,7 % par rapport au deuxième trimestre, amplifiant l’effet d’une baisse de 9,6 % des revenus. Ce bénéfice affiche cependant une hausse de 17,1 % sur un an et les revenus, de 35,5 %.

Parmi les autres grandes éclopées, le secteur financier a eu à conjuguer avec une hausse de 175 points de base du taux directeur au troisième trimestre, avec le dérapage inflationniste, l’incertitude croissante et le ralentissement de l’activité économique. Le bénéfice net avant impôts des sociétés financières a diminué de 11,6 %. Le recul a été de 23,1 % dans le segment Activités bancaires et autres activités d’intermédiation financière, ce qui n’est pas sans refléter l’augmentation de plus de 150 % de la provision pour pertes sur créances. Sur un an, la baisse du bénéfice dépasse les 10 %.

Pour revenir aux magasins d’alimentation, l’augmentation du bénéfice net avant impôts a été de 4,3 % entre les deuxième et troisième trimestres, de 10,6 % sur un an.

Ce n’est rien comparativement aux fabricants de produits pharmaceutiques et de médicaments, qui ont vu le leur bondir de 201,6 % sur an, de 100,5 % entre les deuxième et troisième trimestres, sur une hausse des revenus de 17,4 % et de 11 % respectivement.

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