Place à COP28, à Dubaï

Place à la COP28… aux Émirats arabes unis.

Bilan mitigé, avancées timides, sauver la face à défaut de sauver le monde… La 27e Conférence de l’ONU sur le climat, où le lobby pétrolier était plutôt présent, se veut pour plusieurs une autre année perdue, une autre occasion manquée. Tout au plus les pays plus pauvres et plus vulnérables ont-ils eu droit à la création d’un fonds visant à atténuer le coût des pertes et dommages causés par le réchauffement climatique. Mais dont les résultats et la présence de la Chine parmi les contributeurs resteront à mesurer. Et toujours pas d’engagement formel, officiel, à sortir des énergies fossiles.

En fait, quelque 35 ans sont passés depuis la création du GIEC et 27 ans depuis la COP1 de Berlin, en 1995, et on en est encore à calculer des émissions records de gaz à effet de serre (GES). Uniquement pour le CO2 généré par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, l’Agence internationale de l’énergie disait en octobre prévoir que les émissions mondiales augmenteront de 1 % cette année après une forte dégradation de l’intensité carbone de la production énergétique mondiale en 2021 sous l’effet de la reprise post-pandémie, a-t-on pu lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

D’entrée de jeu, avant le début de la COP27, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dressait une série de constats témoignant des carences en matière de leadership politique dans la lutte au réchauffement climatique. Ainsi, on dénombre à ce jour 136 pays, comptant pour 83 % des émissions mondiales, ayant annoncé leur engagement à atteindre la neutralité carbone. Seulement 29 pays sont venus en Égypte avec des plans d’intervention mis à jour, retient John Stackhouse, premier vice-président chez RBC.

Or, l’on parle ici d’engagements non contraignants et plutôt timorés, « qui ne correspondent pas au niveau d’ambition requis pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », écrit l’OCDE. « Les gouvernements doivent fondamentalement transformer les systèmes d’énergie et de production, et s’éloigner de la consommation et de la production non durables. Or, ils n’ont pas adopté tous les instruments politiques à leur disposition, ni le niveau de rigueur nécessaire pour réaliser des changements importants. »

Résultats : alors que les émissions de GES doivent diminuer d’environ 45 % (par rapport aux niveaux de 2010) d’ici 2030, il est plutôt prévu que ces émissions brutes vont emprunter le chemin inverse et croître de plus de 13 % sur cet horizon.

Externalisation de l’intensité carbone

L’OCDE ajoute que les émissions nettes des pays membres ont culminé en 2007 pour diminuer graduellement au cours des 12 années suivantes. Mais ce renversement de tendance cache un recours accru par la plupart des pays de l’OCDE à l’externalisation de la production de biens à forte intensité de carbone vers d’autres pays dotés de normes environnementales moins strictes, voire quasi absentes.

« Une telle externalisation est une forme de fuite de carbone. » Elle met en évidence certains des défis liés à la mesure des émissions et appelle à les considérer du point de vue de la demande finale ainsi que de la mise en oeuvre des ajustements aux frontières, qui fonctionnent comme des taxes sur les biens importés de pays où les taxes sur le carbone sont faibles ou nulles, souligne l’organisation internationale.

L’atteinte de la cible de zéro émission nette en 2050 implique que le mix énergétique mondial soit complètement remodelé pour remplacer le fossile par des sources d’énergie dites propres qui feraient une grande place au solaire, à la bioénergie, à l’éolien, à l’hydraulique et à la géothermie. Selon une lecture de 2019, le pétrole accapare 35 % de ce bouquet énergétique, le gaz naturel 29 %, le charbon et le pétrole de schiste, 14 %, soit un total de 78 %. Suivent les énergies renouvelables (11 %) et le nucléaire (10 %). « Dans l’état actuel des choses, la composition du mix énergétique mondial ne devrait évoluer que progressivement au profit des sources propres, bloquant la voie vers un objectif de 1,5 °C », déplore l’OCDE.

D’autant que la production et l’approvisionnement en combustibles fossiles ne cessent d’être subventionnés. « À ce jour, le soutien gouvernemental global aux combustibles fossiles dans 51 pays du monde a atteint 697,2 milliards de dollars américains en 2021, contre 362,4 milliards en 2020. » Ce soutien gouvernemental à l’énergie fossile ne fera qu’augmenter cette année, notamment les subventions à la consommation, en raison de la flambée des prix des carburants.

Taxe carbone trop basse

En outre, il est vrai que les pays sont plus nombreux à appliquer une tarification carbone sous forme d’une taxe ou d’échange de droits d’émission. L’OCDE observe que plus de 40 % des émissions de GES sont tarifées en 2021 contre 32 % en 2018. Et que les prix explicites moyens du carbone ont plus que doublé dans l’intervalle. Mais pour atteindre seulement 4 euros par tonne d’équivalent CO2. Or, il est estimé qu’un prix moyen de 120 euros serait requis d’ici 2030. Nous sommes loin du compte. « Sans oublier que les mesures prises en réponse aux récentes hausses des prix de l’énergie ont mené à des prix du carbone nuls ou négatifs pour près de 60 % des émissions de GES. »

Après l’Égypte cette année, ce sera Dubaï l’an prochain, un autre endroit approprié pour annoncer s’engager à mettre fin à l’usage des hydrocarbures.

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