Dis-moi ce qui joue dans tes écouteurs…

Vendredi aura lieu aux États-Unis et au Canada également (de plus en plus) le Vendredi fou, une tradition très consumériste où des millions de gens se précipitent dans les magasins pour acheter toutes sortes de choses. Bien des articles populaires sont justement en solde. Dans le domaine technologique, le gadget qui devrait être le plus recherché risque fort d’être… un casque d’écoute sans fil. Pourquoi ?

Dans un climat économique incertain, il n’y a pas que les géants technos qui se serrent la ceinture. Les consommateurs réduisent eux aussi leurs dépenses d’appareils électroniques et informatiques. Les ventes d’ordinateurs personnels devraient décliner avant la fin de l’année ; les ventes de consoles de jeux vidéo ont ralenti ; les téléphones se vendent moins bien…

Bref, dans les technos, ça va mal. Partout ? Presque. Car on prévoit toujours une belle croissance des ventes… de casques d’écoute. Surtout les modèles sans fil. Les études qui portent sur ce sujet précis sont minces, mais elles font toutes état d’une croissance annuelle qui se situe entre 20 et 30 % par année.

Les marques les plus courues sont Apple, Bose, Sennheiser et Sony. Toutes ces marques ont d’ailleurs rafraîchi leur catalogue en prévision des Fêtes. Détail intéressant : Apple est la seule dans le lot à posséder son propre service musical à la demande. À quand des écouteurs haut de gamme signés Spotify, capables de rivaliser avec les AirPods Max ? Cela permettrait au service suédois d’élargir son expérience, comme le fait Apple Music avec son format d’« audio spatial » exclusif à ses AirPods…

Il doit y avoir pour l’humain moyen quelque chose de rassurant, de confortable dans le fait de contrôler son environnement sonore, même en plein milieu d’une foule. C’est universel. Cela vaut aussi bien pour les États-Unis que l’Europe ou le Québec.

 

Ce format crée l’illusion d’être devant l’artiste qui joue sa chanson en direct. Ce n’est pas pour tout le monde. En fait, c’est probablement un indice de plus qu’Apple prépare quelque chose du côté de la réalité augmentée, où le son spatial rend l’immersion encore plus réaliste.

Phénomène culturel ?

La popularité des écouteurs grand public a toujours été intimement liée à celle de l’écoute musicale. On peut faire remonter l’histoire des casques d’écoute « modernes » à Thomas Edison, en 1910. C’est fascinant. Surtout, cela prouve que le succès de cette technologie est plus qu’un phénomène de consommation. C’est quelque chose de culturel.

Il doit y avoir pour l’humain moyen quelque chose de rassurant, de confortable dans le fait de contrôler son environnement sonore, même en plein milieu d’une foule. C’est universel. Cela vaut aussi bien pour les États-Unis que l’Europe ou le Québec.

On ne peut pas dire que les Québécois n’écoutent pas de musique. Ici comme ailleurs, les ventes de casques d’écoute ont explosé ces dernières années. On peut même aller jusqu’à parler d’un engouement qui dépasse la normale (et la seule popularité somme toute assez récente du télétravail). Sur les plateformes de prévente en ligne que sont Kickstarter et Indiegogo, une grande partie des projets présentés ces dernières années par des entrepreneurs québécois qui ont connu un succès supérieur aux attentes étaient des casques d’écoute.

La jeune pousse montréalaise Eno le prouve avec éloquence : son casque Enophone s’est écoulé à quelques milliers d’exemplaires depuis l’été malgré son utilité très ciblée : il aide à se concentrer quand on travaille devant son ordinateur personnel. À Québec, la société qui vend les écouteurs Sounds Good a connu une période des Fêtes extrêmement occupée en 2021. Elle ne prévoit aucune promotion particulière cette année, car ses dirigeants préparent une offensive aux États-Unis, mais elle s’attend quand même à des ventes assez soutenues cette année encore.

Une occasion à saisir ?

Bref, les casques d’écoute, ça se vend. Et cette année, ce sont les plus jeunes acheteurs qui risquent d’être les plus ciblés par leurs fabricants. Selon les experts, si les casques d’écoute continuent de bien se vendre ces prochains mois, ce sera en bonne partie grâce à cette clientèle. Pour les jeunes, l’attrait de se retirer dans une bulle sonore pour y écouter leur propre musique est quelque chose d’aussi important, sinon plus, que de simplement mieux entendre le son provenant d’un jeu vidéo ou de pouvoir faire des appels en mains libres.

On peut se demander si l’industrie musicale québécoise fait tout ce qu’il faut pour tirer parti d’un contexte qui devrait lui profiter autant qu’à l’industrie musicale étrangère. Peut-être pas. L’Observatoire de la culture et des communications publiait la semaine dernière des données qui indiquaient que seulement 4 des 100 chansons les plus écoutées au Québec, sur les plateformes musicales, étaient des créations québécoises.

On peut déplorer la mauvaise promotion que font ces plateformes en ligne de la musique québécoise. On peut déplorer que les Québécois ne soient pas assez intéressés par ce que les artistes d’ici produisent. Mais on ne peut nier la popularité de l’écoute musicale, ici comme ailleurs. Avec de bons écouteurs sur les oreilles de préférence.

 

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