Du côté de la recherche

Il y a quelque temps déjà que je ne vous ai pas présenté ce que nous enseignent de nouvelles recherches en éducation.

On y va cette fois avec trois de mes récentes et instructives lectures. On commence par la pleine conscience. Un important avis sur la pleine conscience à l’école. De quoi s’agit-il ?

En un mot, la méditation pleine conscience (mindfulness, en anglais), d’origine orientale, est une technique qui s’apprend et par laquelle, justement, on prend conscience de ce qu’on pense et ressent, de l’environnement dans lequel nous nous trouvons, et on développe face à tout cela une attitude exempte de jugement et faite de réception et de bienveillance.

Ses avantages présumés sont nombreux. Parmi eux, une meilleure santé émotionnelle et physique, et des relations améliorées. Cette pratique, parfois polémique il faut le dire, a depuis quelques années fait son entrée à l’école, et chez nous il arrive qu’elle soit enseignée à l’université aux futurs maîtres.

Qu’en penser ? Une intéressante note de recherche sur la question vient d’être publiée en France. Elle est signée de chercheurs crédibles (Franck Ramus, avec Stanislas Dehaene, Stéphanie Mazza, et Elena Pasquinellia).

Je vous invite à la lire, mais voici leur conclusion. « [On] ne voit pas de raison impérieuse d’interdire la pleine conscience et d’autres pratiques de bien-être dans l’éducation nationale, mais ces pratiques devraient être strictement encadrées. Compte tenu des nombreuses questions restant ouvertes, une possibilité pourrait être d’en limiter pour l’instant l’usage au cadre des recherches scientifiques. Une autre possibilité serait d’autoriser les pratiques sous réserve de conformité aux protocoles scientifiquement validés dans l’état actuel des connaissances. »

L’intelligence artificielle (IA) et l’éducation

Que nous réserve l’IA ? Ici, vous le savez, on entre dans un domaine où, entre grandes promesses et graves périls, les conjectures vont dans tous les sens. Considérez par exemple, si vous ne la connaissez pas, cette expérience de pensée sur les trombones

Comment ne pas trop mal penser ce que l’IA implique pour l’éducation ? C’est loin d’être facile. Mais un récent article de la toute nouvelle revue Computers & Education: Artificial Intelligence m’a aidé à mettre un peu d’ordre dans mes idées à ce sujet. Cela vous fera peut-être le même effet.

Les auteurs, Fan Ouyang et Pengcheng Jiao, suggèrent de distinguer trois modèles, ou paradigmes, qui permettent à l’intelligence artificielle de s’inscrire en éducation.

Dans le premier paradigme, l’IA est utilisée pour représenter des modèles de connaissances et diriger l’apprentissage cognitif : les apprenants sont les bénéficiaires des services de l’IA. Dans le deuxième, l’IA est utilisée pour soutenir l’apprentissage : les apprenants travaillent en tant que collaborateurs avec l’IA. Finalement, dans le troisième paradigme, l’IA est utilisée pour renforcer l’apprentissage et les apprenants prennent l’initiative d’apprendre.

Je ne rends pas justice au texte ici, et je vous invite fortement à le lire. Mais je pense que c’est éclairant.

Il reste bien entendu toute la question des promesses et des périls. Je crains que, comme avec les ordinateurs, Internet et les réseaux sociaux, l’avenir ne nous réserve des surprises, parfois mauvaises, si on n’y pense pas assez et si on cède aux attraits que font miroiter des gens parfois avides de gros sous…

Sur la CUA

Connaissez-vous la conception universelle de l’apprentissage (CUA, aussi appelée Universal Design for Learning) ? Développée il y a une vingtaine d’années, elle mise sur l’utilisation de la technologie pour transformer l’éducation. On distingue différentes zones cérébrales sollicitées dans le processus d’apprentissage, lesquelles doivent être prises en compte lors de la planification des leçons.

Le philosophe David Hume (1711-1776) disait, avec raison, qu’une personne sage proportionne sa croyance aux preuves. Qu’en est-il de la CUA ? Dans un article récent, Michael PA Murphy recense les recherches ayant porté sur elle.

Voici ses conclusions. « Aucune recherche rigoureuse publiée n’a démontré une quelconque amélioration dans une intervention éducative conçue avec les principes de la CUA en tête. En outre, la communauté de pratique autour de la CUA semble être hostile aux questions concernant la rigueur de l’analyse utilisée pour promouvoir les interventions de la CUA. Les études sur les approches de la CUA ne suivent pas les meilleures pratiques en matière de conception de la recherche, et sollicitent souvent des anecdotes plutôt que de tester l’efficacité de l’approche. »

« L’efficacité de cette théorie n’ayant pas été prouvée, poursuit-il, il n’y a aucune raison pour que les plans de mise en oeuvre de la CUA soient présentés comme des décisions fondées sur des données probantes. […] Les établissements, quel que soit le niveau d’enseignement, devraient donc faire preuve de prudence avant de consacrer des ressources importantes à la mise en oeuvre de la CUA. »

Bref, la théorie est peut-être valide, mais on ne l’a pas prouvé. En attendant qu’on trouve mieux, il est donc sage de rester sceptique et de proportionner sa croyance aux preuves.

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