Le Québec de retour au concert des nations?

Il était réjouissant d’entendre la nouvelle ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Martine Biron, annoncer la reprise des visites alternées des premiers ministres français et québécois après quatre ans d’interruption.

Durant le dernier quart de siècle, les prédécesseurs de Mme Biron ont répété l’un après l’autre à quel point la relation privilégiée avec la France était d’une « importance primordiale » pour le Québec.

Sur le plan économique, elle le demeure, sans aucun doute. En 2021, le Québec comptait pour 47 % des échanges entre le Canada et la France. Cette dernière est toujours le deuxième investisseur étranger au Québec. Sur le plan politique, la « non-ingérence, non-indifférence » a cependant fait place il y a longtemps à une « normalisation » des relations au sein du triangle Paris-Québec-Ottawa.

Ce repliement sur le secteur économique ne se vérifie pas seulement dans les relations avec la France. C’est l’ensemble de la politique internationale du Québec qui s’est provincialisée au fil des ans.

Le titre du document publié par le gouvernement Legault en 2019 était éloquent : Le Québec. Fier et en affaires partout dans le monde ! On y parlait essentiellement d’investissement, d’exportation, d’innovation, de main-d’oeuvre, etc. La diplomatie dite « d’influence » y apparaissait presque comme une note en bas de page.

Au lendemain de la victoire libérale de 2015, Justin Trudeau avait déclaré urbi et orbi que le Canada était de retour. Sept ans plus tard, on l’attend toujours. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais à entendre les propos de Mme Biron, on se prend à espérer que le Québec finira par se rappeler au bon souvenir du concert des nations.

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Certes, l’heure n’est plus au « grand jeu » que Jacques Parizeau entendait jouer avec la France pour obtenir la reconnaissance internationale d’un Québec indépendant au lendemain du référendum de 1995.

Rien ne peut effacer les liens de parenté entre Français et Québécois et l’affection qu’ils créent. Mais à partir du moment où les seconds ont réaffirmé deux fois en 15 ans leur volonté de demeurer au sein du Canada, on ne peut pas reprocher à la France de s’être désintéressée de l’avenir politique du Québec et de s’être réconciliée avec Ottawa, même si Nicolas Sarkozy a poussé le bouchon trop loin en se faisant le défenseur de l’unité canadienne, au point d’associer le mouvement souverainiste à du sectarisme.

Un fédéraliste aussi inconditionnel que Jean Charest a pourtant jugé indispensable pour le Québec de poursuivre l’affirmation de sa personnalité sur la scène internationale, que ce soit en France ou ailleurs. À l’époque, Jean-François Lisée lui avait même décerné son prix « du parlementaire s’étant le plus illustré hors Québec ».

Il est vrai que M. Charest avait développé un intérêt personnel pour les relations internationales et qu’il avait une aisance qui n’est pas donnée à tous. Même si le premier ministre Legault est moins porté sur la chose, il est étonnant que le chef d’un gouvernement qui se présente comme « autonomiste » ne cherche pas à exploiter davantage les possibilités offertes par la doctrine élaborée en 1965 par Paul Gérin-Lajoie, qui affirmait « le prolongement international des compétences internes du Québec ». Cela ressemblait à du caquisme avant l’heure.

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La Francophonie a connu des jours meilleurs, c’est le moins qu’on puisse dire, et le 18e sommet, qui s’est ouvert à Djerba, ne suscite pas un grand enthousiasme. Non seulement le président tunisien, Kaïs Saïed, s’est-il arrogé les pleins pouvoirs, mais cette « tour de Babel » que constitue la Francophonie, au dire même de sa secrétaire générale, cherche manifestement sa voie.

Égal à lui-même, M. Legault s’y est présenté en se disant ouvert à « toutes sortes de partenariats » et a entrepris son séjour en Tunisie par une rencontre avec les dirigeants d’une entreprise spécialisée dans la fabrication de câbles pour voitures électriques.

Si le Sommet de la Francophonie a perdu beaucoup de son lustre, il s’agit néanmoins du forum international le plus étroitement lié à l’identité du Québec et celui où il bénéficie du statut le plus élevé. Dès le départ, Robert Bourassa en avait profité pour tester sa marge de manoeuvre en se comportant pratiquement comme un chef d’État, sous l’oeil agacé de Brian Mulroney.

Le coeur de la francophonie se situe maintenant en Afrique, précisément là où le Québec avait fait ses premiers pas sur la scène internationale dans les années 1960. Le désintérêt du Canada pour l’Afrique francophone, qui frise le dédain, crée un vide dont le Québec pourrait profiter pour accroître son rayonnement.

Cela n’exclut évidemment pas de faire des affaires, mais il n’est pas nécessaire de se cantonner dans un rôle de commis voyageur.

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