L’obligation réhabilitée

L’année 2022 a été plutôt austère, voire hostile, pour l’investissement dans les titres à revenu fixe. Or, s’il est vrai qu’un pic des taux d’intérêt semble vouloir se profiler sur un horizon pas si lointain, un taux directeur de la Banque du Canada plafonné à 4 ou 4,25 %, suivi d’une perspective de repli, serait susceptible de redonner de l’appétit pour les obligations négociables. Petit regard sur quelques considérants.

D’abord, la toile de fond. Ils sont toujours un peu plus nombreux parmi les économistes à entrevoir un plafonnement imminent de l’actuel cycle haussier des taux d’intérêt. Possiblement aussi tôt que le 7 décembre, au terme d’une réunion du comité monétaire de la Banque du Canada, qui aura alors commandé une septième augmentation du taux directeur depuis mars, faisant alors passer le taux cible du financement à un jour vraisemblablement à 4 %, possiblement à 4,25 %.

Dans une récente analyse, les économistes de la Banque Nationale évoquent une déflation immobilière extrêmement rapide. Ainsi, « à nos yeux, il ne sera pas nécessaire de maintenir les taux d’intérêt à de tels niveaux bien longtemps pour calmer l’inflation ». Ils s’attendent même à ce que la Banque du Canada doive les abaisser « substantiellement » au deuxième semestre de 2023, alors que le scénario dominant situe plutôt le point d’inversion quelque part vers la fin de 2023. Les économistes de la Nationale n’anticipent désormais qu’une croissance de 0,7 % l’an prochain, « le consommateur étant frappé simultanément par une perte de pouvoir d’achat, un effet de richesse négatif et un choc de paiement d’intérêt ».

Daniel Ouellet, gestionnaire de portefeuille au Groupe Ouellet Bolduc, chez Gestion de patrimoine Desjardins, estime également qu’« on s’en va vers un plateau du taux directeur, à 4-4,25 % ». « L’économie tient le coup présentement, mais l’effet de retardement [de la politique monétaire restrictive] va se faire sentir. La tendance sur l’inflation de base reste à la baisse », a-t-il dit lors d’un entretien donné au Devoir.

Le spécialiste travaille à partir d’un scénario de récession non classique, avec une inflation demeurant au-dessus de la cible pendant une bonne partie de 2023 et avec une baisse modérée du taux directeur devant suivre. Ce faisant, il table sur une courbe de rendement plutôt négative.

Bref, la table est mise pour une réhabilitation des obligations négociables dans les portefeuilles après une année 2022 plutôt désastreuse. Le taux 10 ans de l’obligation du gouvernement du Canada a touché 3,6 %, le marché obligataire affichant alors un recul de 15 %. De loin l’une des pires années pour le marché obligataire, dit-il. Selon les prévisions du Mouvement Desjardins, l’indice des obligations universelles FTSE Canada devrait afficher une contraction de 12,7 % en 2022, pour afficher une croissance cible de 5,6 % l’an prochain.

Dans une entrevue accordée au magazine spécialisé Conseiller, le gestionnaire rappelle que le rôle de l’obligation est d’amortir les risques et le choc d’une récession, et de réduire la volatilité du portefeuille. « Il y a eu transfert de risque des obligations vers les actions sous le coup de la faiblesse des taux d’intérêt. L’équilibre devrait se rétablir avec un volet obligataire redevenant intéressant et appelé à jouer son rôle dans la prochaine récession. » Il entrevoit également ce qu’il appelle une « opportunité de fiscalité », avec des obligations se négociant présentement à fort escompte. La chute du cours des obligations émises et la hausse du rendement offert découlant de la remontée des taux d’intérêt permettent de combiner rendement plus élevé et gain en capital à l’échéance. « On fait ainsi du rendement et de la fiscalité, avec un gain en capital moins imposé », résume-t-il.

Durée plus courte

 

Doit-on être long dans la durée ? « Je me garde une petite gêne. Je serais prudent sur la portion longue de la courbe de rendement. » Dans les échéances de deux à cinq ans, on peut aller chercher de bons titres obligataires émis par les gouvernements et les entreprises de « catégorie investissement » (investment grade), et un rendement de 5-6 % sans risque de durée. Il ajoute : « Une durée plus courte que celle de l’indice de référence (qui oscille autour de 7,4 ans) te propose du 4 à 6 % sans prendre de risque. »

Daniel Ouellet invite également à faire attention au segment « haut rendement » (high yield), soit les obligations n’ayant pas la cote « catégorie investissement », voire les obligations dites de pacotille. « Même si les écarts de crédit se sont élargis, il va y avoir des situations de défaut de paiement. C’est donc trop tôt. »

Une détention directe est-elle préférable à une approche portefeuille, du type Fonds négociés en Bourse (FNB) ? « C’est une question de perception. Nous, on préfère la détention directe. Tu as un titre, une date de remboursement du capital. Avec un FNB, on parle de roulement des obligations en portefeuille ; tu ne vois pas les dates d’échéance. »

Et Daniel Ouellet aime insérer des actions privilégiées réinitialisables tous les cinq ans. « C’est 10 % de notre portefeuille obligataire. Ces titres sont plus sensibles aux écarts de crédit. On combine alors un taux de distribution de 4 à 5 % à un facteur fiscalité, le dividende étant moins imposable que le revenu d’intérêt », lit-on dans le magazine Conseiller. Il ajoute qu’on arrive à des dates de réinitialisation. « On est à 5 % présentement [de rendement en dividende]. Avec des taux d’intérêt ramenés autour de 3 %, on peut penser à un rendement de 7-7,5 %. » Dans ce cas-ci, il va opter pour une combinaison détention directe-FNB, ce dernier apportant la liquidité.

Popularité des CPG

 

Dans la foulée, un texte de La Presse canadienne soulignait cette semaine que les planificateurs financiers voient de plus en plus les membres des générations Z et Y ajouter des certificats de placement garanti (CPG) à leur portefeuille pour retrouver un sentiment de sécurité et — peut-être plus important encore — parce que les rendements garantis ont atteint environ 5 %. « Les taux d’intérêt plus élevés des CPG ont séduit certains jeunes investisseurs qui n’avaient jamais connu de ralentissement du marché auparavant », a indiqué Graham Priest, conseiller en investissement à BlueShore Financial.

« Effectivement, cela fait ça fait longtemps que l’on n’a pas vu cela. Mais le taux est fixe et le capital est gelé jusqu’à l’échéance. L’obligation négociable offre autant de rendement, mais son avantage est la liquidité. Elle permet aussi un mélange de fiscalité dans un contexte de baisse de taux d’intérêt, commente Daniel Ouellet. Mais je ne suis pas contre le CPG si l’investisseur veut la certitude. »

Hausse des 6,5% des rentes du RRQ

À partir de janvier prochain, plus de 2,2 millions de bénéficiaires du Régime de rentes du Québec verront leur rente augmenter de 6,5 %. Les rentes du régime sont indexées chaque année, comme le prévoit la loi, en fonction de la moyenne de l’indice des prix à la consommation de Statistique Canada. En 2021, l’indexation avait été de 2,7 %.



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