Un spectacle pathétique

Il est bien connu que les politiciens croupissent au bas de l’échelle de l’estime publique. Au Québec, un sondage mené par BIP Recherche en septembre 2021 les situait au 73e rang sur 76 métiers et professions, tout juste devant les vendeurs de voitures neuves, les publicitaires et les vendeurs de voitures d’occasion. À peine 45,8 % des personnes interrogées disaient leur faire confiance.

Ils n’ont pas meilleure réputation ailleurs sur la planète, selon un sondage effectué par Ipsos à la même date dans 28 pays. D’un endroit à l’autre, entre 45 % (Pays-Bas) et 79 % (Hongrie) des personnes interrogées les identifiaient comme les moins crédibles. Au Canada, le taux était de 54 %.

Il n’est pas étonnant que, depuis des décennies, chaque proposition d’augmenter la rémunération des députés soulève un tollé. L’ancienne juge à la Cour suprême Claire L’Heureux-Dubé, qui avait été mandatée en 2013 pour trouver une façon d’évaluer le travail des membres de l’Assemblée nationale, avait expliqué la difficulté d’inclure dans ses calculs une conception selon laquelle le service public ne méritait pas d’être mieux payé.

Un salaire de base de 101 561 $, par rapport à 189 500 $ à la Chambre des communes, n’a sans doute rien d’excessif, mais cela peut paraître beaucoup pour celui qui a du mal à joindre les deux bouts. À plus forte raison s’il a le sentiment de ne pas en avoir pour son argent.

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Qu’il soit premier ministre ou simple député, tout élu dira que le plus important à ses yeux est de représenter ses électeurs. Ce n’est malheureusement pas l’impression que donne le spectacle pathétique offert par le Parti libéral du Québec (PLQ) depuis deux semaines.

À voir Marie-Claude Nichols (Vaudreuil) et Frantz Benjamin (Viau) se disputer comme des chiffonniers le poste essentiellement honorifique de troisième vice-président, et la prime de 35 546 $ qui l’accompagne, on se dit que le plus important semble plutôt être de grappiller tous les avantages possibles. Ce pénible marchandage ne déconsidère pas seulement le PLQ ; l’ensemble de la classe politique se trouve éclaboussé.

Ni l’un ni l’autre des deux protagonistes ne peuvent être considérés comme des vedettes. Depuis l’élection de Mme Nichols en 2014, le plus haut fait d’armes de cette dernière a été la récente bouderie qui a précipité le départ de la cheffe Dominique Anglade.

Depuis qu’il a quitté le conseil municipal de Montréal pour l’Assemblée nationale, M. Benjamin a été encore plus discret. On ne voit pas en quoi l’un ou l’autre pouvait prétendre exiger quoi que ce soit.

Un député d’arrière-ban dont le parti est au pouvoir, et qui se trouve dès lors condamné à jouer les figurants, a toutes les raisons de chercher à tromper son ennui. Dans une opposition officielle qui compte seulement 20 députés, chacun peut se voir confier un ou plusieurs dossiers qui pourront l’occuper amplement.

La perspective de faire face pendant quatre ans à un gouvernement qui a fait élire 90 députés n’est sans doute pas très réjouissante. Entre 1973 et 1976, les six députés péquistes ont pourtant réussi à placer le gouvernement Bourassa sur le gril, même si ce dernier en avait fait élire 102.

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Le chef par intérim du PLQ, Marc Tanguay, n’avait certainement pas besoin de ces enfantillages pour amorcer un mandat qui ne s’annonçait déjà pas facile. Il avait lui-même fait du retour de Mme Nichols au sein du caucus un premier test de son leadership, mais voilà maintenant qu’elle préfère attendre l’élection d’un chef permanent avant de décider si elle daignera rentrer au bercail.

Elle n’aurait pas agi autrement si elle avait voulu handicaper d’entrée de jeu les chances de M. Tanguay d’hériter du poste. Celui ou celle qu’elle choisira d’appuyer dans la course va bien se demander si cela constitue vraiment un atout.

Si la députée de Vaudreuil a pu compter au départ sur la sympathie de ses collègues, qui ont vu dans son expulsion une mesure excessive, elle risque maintenant d’être perçue comme une enfant gâtée insensible à l’intérêt commun.

M. Tanguay ne pouvait mieux dire en déclarant qu’il était grand temps pour les députés libéraux de revenir à ce qui justifie leur présence à l’Assemblée nationale et de « travailler des dossiers qui parlent aux Québécois ».

Il y a maintenant un mois et demi que la Coalition avenir Québec a été reportée au pouvoir, et l’espace médiatique a été pratiquement monopolisé par les tribulations des partis d’opposition, qu’il s’agisse du serment au roi ou des « égarements » du PLQ. Ce n’est pas le gouvernement Legault qui va s’en plaindre.

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