Les taux d’intérêt à un pic?

On percevait déjà la semaine dernière des signes d’une pause imminente dans la décision de la Banque du Canada d’ajouter 50 points de base à son taux directeur. Autrement dit, il était devenu permis de rêver à une augmentation additionnelle — vraisemblablement de 25 points, au plus de 50 points — le 7 décembre qui serait la dernière de ce cycle haussier. Les données sur l’inflation que vient de publier Statistique Canada viennent renforcer ce scénario.

Ainsi, l’indice des prix à la consommation (IPC) a poursuivi sa (légère) décélération mesurée depuis le sommet de 8,1 % en juin, pour atteindre 6,9 % d’une année à l’autre en octobre. Ce taux reste inchangé par rapport à septembre malgré une progression de 9,2 % des prix de l’essence à la pompe le mois dernier. Ils avaient diminué de 7,4 % en septembre et ils se sont repliés depuis cette dernière lecture. Bref, au-delà de la volatilité de cette composante, sans les aliments et l’énergie, les prix ont progressé de 5,3 % d’une année à l’autre en octobre, après avoir augmenté de 5,4 % le mois précédent, nous dit Statistique Canada.

L’agence fédérale ajoute que le ralentissement de la croissance des prix des aliments est venu contrebalancer la poussée des prix de l’essence, mais aussi celle du coût de l’intérêt hypothécaire, ce dernier subissant l’influence directe d’un resserrement monétaire de la banque centrale ayant fait passer le taux cible du financement à un jour de 0,25 à 3,75 % cette année sous le coup de six hausses consécutives.

On s’entend qu’il n’y a encore rien de gagné. Les prix de l’essence affichaient une hausse de 17,8 % en octobre comparativement à octobre 2021, après avoir progressé de 13,2 % en septembre. Toujours d’une année à l’autre, la majoration des prix des aliments de 10,1 % le mois dernier était à peine inférieure à celle de 10,3 % mesurée en septembre. Pour sa part, la hausse de 11 % des prix des aliments achetés en magasin « a continué d’être supérieure d’une année à l’autre à celle de l’IPC d’ensemble, et ce, pour un onzième mois consécutif ».

Érosion du pouvoir d’achat

Même constat pour l’érosion du pouvoir d’achat avec un salaire horaire moyen augmentant de 5,6 % d’une année à l’autre en octobre. Tout au plus peut-on se réjouir que l’écart ait été moins prononcé qu’en septembre.

Un autre facteur vient toutefois également mettre tout son poids dans l’évolution de l’inflation : l’indice du coût de l’intérêt hypothécaire. Ce dernier a augmenté de 11,4 % d’une année à l’autre en octobre. « Il s’agit de la hausse la plus prononcée depuis celle de 11,7 % observée en février 1991 », indique Statistique Canada. Sur le même sujet, la Banque du Canada soulignait la semaine dernière que les ménages qui renouvellent leur prêt font face à une augmentation supérieure à celles observées dans les cycles de resserrement monétaire des 30 dernières années.

De son côté, le rythme de progression de l’indice du coût de remplacement par le propriétaire, qui est associé au prix des logements neufs, reste élevé, quoiqu’il ait quelque peu ralenti le mois dernier, avec une croissance de 6,9 % contre 7,7 % le mois précédent. « Cet indice a décéléré, d’une année à l’autre, tous les mois depuis mai 2022 (+11,1 %). » Quant aux loyers, ils étaient en progression de 4,7 % comparativement à octobre 2021, contre une augmentation de 4,2 % observée en septembre. « Il s’agit du neuvième mois consécutif au cours duquel l’augmentation des prix du loyer est supérieure à 4 %. »

Le resserrement plutôt musclé de la politique monétaire de la Banque du Canada, dont les effets se manifestent avec un certain décalage, frappe donc sur une composante plutôt névralgique. Statistique Canada fait ressortir que le logement représente environ 30 % de la pondération du panier de l’IPC. « Les prix des logements loués ou en propriété, y compris les biens et les services associés à l’entretien d’un logement et à l’assurance, ainsi que les services publics, sont tous compris dans l’indice du logement. »

Apaisement à la Fed

Même changement de ton à la Réserve fédérale américaine, où l’on accueille les récentes données sur l’inflation par un discours d’apaisement. Du moins, un autre dirigeant de l’institution vient d’évoquer une possible décélération du mouvement de hausse du loyer de l’argent.

L’un des gouverneurs de la banque centrale américaine s’est montré mercredi favorable à une hausse des taux moins rapide lors de la prochaine réunion, à la mi-décembre, évoquant un relèvement d’un demi-point de pourcentage, contre trois quarts de point lors des dernières réunions. Les chiffres du chômage et de l’inflation publiés ces dernières semaines, qui ont montré des signes de desserrement des pressions inflationnistes, « m’ont mis plus à l’aise avec l’idée de ralentir à une hausse de 50 points de base », a déclaré Christopher Waller lors d’un discours à Phoenix, selon les propos recueillis par l’Agence France-Presse. Avant lui, la vice-présidente de la Fed, Lael Brainard, avait envoyé les mêmes signaux lundi, disant envisager un ralentissement des hausses pour « bientôt ».

Au sud de la frontière, l’inflation telle que mesurée par l’IPC a ralenti à 7,7 % sur une base annuelle en octobre contre 8,2 % le mois précédent. Le taux directeur de la Fed se situe désormais dans la fourchette de 3,75 % à 4 %, son plus haut niveau depuis janvier 2008.

Au Canada, donc, le taux sera élevé à 4 % ou à 4,25 % le 7 décembre ?

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