Lente divulgation ESG

Les entreprises canadiennes poursuivent leur lente et longue marche vers l’adoption des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Leur divulgation reste déficiente, et ce, davantage pour les indicateurs liés aux changements climatiques.

Dans la version 2023 de ses Perspectives canadiennes des rapports ESG, le cabinet de services professionnels PwC a évalué les rapports publiés par les 250 plus grandes entreprises inscrites en Bourse selon leur chiffre d’affaires et leur capitalisation boursière. Il constate que, si leur engagement face à ces critères se veut un peu plus sérieux cette fois-ci, il se situe encore loin sous les attentes des parties prenantes.

Malgré l’intensification des pressions du marché et des organismes de réglementation, seule une poignée d’entre elles répondent à l’appel. Dans le résumé, on observe que 77 % des entreprises n’intègrent pas les principes du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (TCFD) dans leurs rapports, « ce qui laisse supposer qu’elles ne sont pas préparées pour répondre aux obligations d’information fondées sur ces principes ». En fait, 38 % des entreprises n’ont pas encore enchâssé leur information sur les enjeux ESG et la gestion du risque dans leurs rapports financiers. Au demeurant, 59 % ne parlent que de leurs résultats positifs.

Et si près des trois quarts des investisseurs mondiaux soutiennent qu’il est important que les indicateurs ESG soient certifiés de façon indépendante, on observe le même pourcentage d’entreprises canadiennes à ne pas y prêter attention et à ne pas recourir à la certification externe.

En peaufinant la lecture pour retenir parmi les critères ESG les indicateurs liés aux changements climatiques, « quoique nombreuses à divulguer leurs émissions, les sociétés canadiennes semblent tout juste commencer à saisir les effets des changements climatiques sur leurs activités ». PwC cite en exemple le fait que 48 % seulement des entreprises publient leur processus d’identification, d’évaluation et de gestion des risques climatiques. Moins encore (22 %) incluent une analyse des scénarios de changement climatique dans leur information, en dépit du fait qu’il s’agisse là aussi d’une recommandation du TCFD, poursuit la firme d’experts-comptables.

Si on élargit le spectre, mais en mettant l’accent sur les indicateurs recueillant moins de 50 % d’adhésion, on constate qu’elles sont peu nombreuses (30 %) à publier une cible zéro émission nette voire une cible pour chacun des indicateurs (22 %). Ou encore à établir des objectifs spécifiques (26 %) et des échéances claires pour les atteindre (27 %). À peine 44 % décrivent la progression dans la réalisation des objectifs.

Opacité climatique

 

À titre de comparaison, dans son rapport publié en janvier, PwC Canada observait notamment que seulement 41 % des 150 plus grandes entreprises canadiennes alors évaluées déposaient un rapport ESG sur la place qu’occupe le développement durable dans leur stratégie. De cette analyse effectuée en septembre 2021, il ressortait également que 62 % des entreprises sondées disent reconnaître les facteurs ESG, mais que seulement 30 % ont établi des délais d’exécution pour atteindre leurs objectifs. L’inertie se voulait là aussi plus marquée face au réchauffement climatique. Seulement 35 % ont un engagement formel de carboneutralité, mais à peine 17 % d’entre elles se sont fixé une échéance, a-t-on écrit.

« Dans l’ensemble, l’information ESG publiée par les grandes entreprises du pays ne répond pas aux exigences des marchés de capitaux et des parties prenantes. Cela les rend vulnérables aux rumeurs d’écoblanchiment », soulignait alors PwC.

Quoique nombreuses à divulguer leurs émissions, les sociétés canadiennes semblent tout juste commencer à saisir les effets des changements climatiques sur leurs activités

 

Et l’on ne parle ici que d’entreprises inscrites en Bourse. Que penser alors de la situation chez les entreprises privées ? Sans oublier que les investisseurs et actionnaires ne sont pas les seules parties prenantes. Les employés, les prêteurs, les clients, les fournisseurs ou encore les régulateurs fondent aussi leurs décisions sur une information ESG et aspirent en cela à la transparence, à la responsabilité voire à l’imputabilité.

Mais il est vrai que tout cela s’insère dans un environnement réglementaire où la divulgation demeure volontaire et où l’harmonisation fait défaut.

L’on peut, tout au plus, rappeler ici que le TCFD, mis sur pied par le Conseil de la stabilité financière piloté par Michael Bloomberg et Mark Carney, a formulé 11 recommandations aux entreprises sur la manière de communiquer aux investisseurs les informations importantes liées au climat, regroupées en quatre volets (gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs et cibles). Nombreux sont les acteurs et intervenants de l’univers ESG à estimer qu’elles constituent le fondement des informations financières sur les changements climatiques.
 

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