Investir dans l’art est accessible, mais pas toujours payant

Un ami m’a demandé récemment si investir dans l’art était une bonne idée. En 2022, investir dans l’art est plus facile que jamais, on peut même dire que c’est accessible à n’importe quel novice. Une des clés de la réussite liée à ce type d’investissement consiste à fondamentalement s’intéresser à l’art et à en connaître les différents marchés et artistes. Vous savez comme moi que, de nos jours, l’accès à ce type d’information est on ne peut plus facile.

La question est plutôt de savoir s’il est possible d’obtenir un rendement intéressant en investissant dans l’art. La réponse à cette question est autrement plus compliquée. C’est parfois possible, m’ont confié quelques clients expérimentés. Mais ce ne l’est pas souvent. Au point où une question s’impose : est-il pertinent de réserver une part importante de son capital à ce type d’investissement ?

Des avantages fiscaux à considérer

D’abord, la base. Si vous en êtes à vos premiers investissements, privilégiez l’art local. En effet, l’acquisition d’oeuvres d’artistes canadiens admissibles permet au contribuable, sous certaines conditions, d’amortir annuellement le coût d’acquisition d’une oeuvre en fonction de ses revenus (20 % au fédéral, 33,3 % au Québec, sauf pour la première année, où la règle du demi-taux s’applique). Ce programme s’adresse tant au particulier qu’à une personne morale. Il faut faire attention cependant à certains critères. Par exemple, l’artiste ne doit pas être une personne avec qui vous avez un lien de dépendance et vous ne pouvez pas acheter une oeuvre par l’entremise de votre société pour ensuite l’utiliser pour décorer votre salon à la maison.

En dépit des économies d’impôt possibles à l’achat d’une oeuvre admissible, l’investissement boursier traditionnel reste, selon moi, à privilégier. Contrairement au CELI ou au REER, l’oeuvre d’art n’est pas un actif dit liquide.

Ainsi, il faut considérer cet actif comme un élément de diversification et non comme un outil de financement de la retraite. Par ailleurs, à la suite de la vente de ce bien, le contribuable devra s’imposer un gain en capital (calculé à partir du prix de vente moins son coût d’acquisition) et l’ajouter à son revenu d’entreprise, dans le cas d’une société, en calculant la récupération de l’amortissement qui aura été réclamé au fil des années.

En outre, à moins de posséder un tableau payé extrêmement cher d’un artiste reconnu, il est possible de penser que même l’investissement immobilier, moins « liquide » qu’un portefeuille de placements, sera plus facile à utiliser à la retraite, surtout s’il génère des revenus de location intéressants.

Connaître son marché

 

Dans certains cas, il n’est pas exclu que l’investissement dans l’art puisse procurer des rendements tout à fait comparables aux placements plus traditionnels. Tout comme pour votre portefeuille de placements, vous pouvez recourir au service d’un professionnel pour vous conseiller. Chose certaine, investir dans l’art peut exiger que vous y consacriez davantage de temps. L’art a beau être plus accessible de nos jours, votre intérêt devra être sincère pour que cela soit payant.

Pour maîtriser le marché dans lequel vous souhaitez investir, vous devrez voir beaucoup d’oeuvres et visiter les musées. Il sera aussi impératif d’acquérir certaines bases en histoire de l’art et de vous informer sur la carrière des artistes qui vous intéressent, que ce soit par des visites dans les galeries ou par la lecture de livres et de magazines spécialisés.

Si vous souhaitez bénéficier du programme fiscal applicable, vos connaissances devront être suffisamment développées pour vous permettre de reconnaître les artistes dont la prospérité est la plus prometteuse. S’il suffit de quelques centaines de dollars pour investir dans un artiste émergent, vous pourriez vous lancer.

Quant aux artistes de renom, leur connaissance est tout aussi importante. Si votre objectif est que l’oeuvre achetée prenne de la valeur, il vous faudra alors choisir parmi les meilleures oeuvres produites par ceux-ci. Le budget à consacrer à ce projet sera également beaucoup plus important.

En somme, investir dans l’art permet de diversifier le patrimoine successoral. Il faut toutefois savoir que les avantages fiscaux qui en découlent seront plus efficaces pour les investisseurs qui conserveront leurs oeuvres sur une longue période. Vous devriez donc songer plus sérieusement à cette avenue si vous souhaitez léguer vos oeuvres à vos héritiers ou encore si vous souhaitez les donner à un organisme de bienfaisance afin, éventuellement, d’obtenir les crédits pour don de charité qui y sont attachés.

Sinon, bien que ce type d’investissement soit de plus en plus accessible, votre plan financier devrait prévoir en priorité une allocation de capital à vos cotisations REER, CELI et REEE. L’idéal serait de déterminer le montant approprié à consacrer à ce « loisir potentiellement lucratif », en vous assurant qu’il ne mette pas en péril l’ensemble de votre plan financier, en utilisant une hypothèse conservatrice de dépense pure. Mais si l’art est une passion pour vous, il sera toujours possible de faire quelques négociations entre la tête et le coeur…

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