L’insolvabilité au rendez-vous

Le pessimisme s’ancre sur fond de montée rapide de l’insolvabilité. Le Québec s’en tire… à peine mieux.

Ainsi, près de quatre Canadiens sur cinq craignent de devoir consacrer moins d’argent à la nourriture, à l’épargne, au transport ou au remboursement de leurs dettes pour pouvoir continuer à payer leur logement. Pire encore, 40 % des répondants se demandent tout simplement s’ils seront en mesure de payer leur loyer ou leur hypothèque au cours des 12 prochains mois, nous dit un sondage commandé à la firme Léger par Habitat pour l’humanité Canada.

Dans sa perspective d’ensemble, le coup de sonde indique que l’abordabilité du logement est le troisième problème en importance auquel le Canada fait face aujourd’hui aux yeux des répondants, après l’inflation et les soins de santé. Notamment, près de trois Canadiens sur dix ne peuvent se permettre une mise de fonds pour l’achat d’une propriété à l’heure actuelle, quel qu’en soit le montant. Et plus du quart se disent pessimistes quant à la possibilité de remédier aux problèmes de logement au Canada.

Ce pessimisme a pour toile de fond une montée en flèche de l’insolvabilité. Le bilan du Bureau du surintendant des faillites (BSF) souligne que le nombre total de dossiers d’insolvabilité déposés en septembre a augmenté de 22,5 % par rapport à septembre 2021. Ils étaient en hausse de 22,1 % chez les consommateurs, de 37 % chez les entreprises, 97 % de l’ensemble des dossiers ayant été déposés par des consommateurs.

Au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 30 septembre, le nombre total de dossiers d’insolvabilité était en progression de 6,5 % par rapport à la période correspondante terminée le 30 septembre 2021. L’augmentation s’est chiffrée à 5,9 % chez les consommateurs, qui s’articule entre un recul de 12,4 % du nombre de faillites et une hausse de 14,3 % des propositions aux créanciers. Chez les entreprises le nombre de dossiers déposés entre ces périodes était en hausse de 29,7 %.

Le BSF ajoute que le nombre de procédures d’insolvabilité enclenchées par les consommateurs a grimpé de 22,5 % entre les troisièmes trimestres de 2021 et de 2022, enregistrant sa plus forte hausse en 13 ans. Ce nombre a crû de 2,3 % entre le deuxième et le troisième trimestre de cette année, « cette hausse continue lui faisant atteindre les niveaux prépandémiques ».

Le Québec s’en tire mieux

Le Québec s’en tire à peine un peu mieux, quoique le rythme d’augmentation entre août et septembre ait été supérieur à celui observé à l’échelle canadienne avec, respectivement, une augmentation des procédures d’insolvabilité de 9,3 % contre 3,1 %. Ainsi, le nombre de dossiers d’insolvabilité a progressé à un rythme moindre au Québec de 18 % entre les mois de septembre 2021 et 2022, soit un pourcentage similaire chez les consommateurs et de 20,2 % chez les entreprises.

Pour la période de 12 mois se terminant le 30 septembre, le nombre de dossiers était en augmentation de 6,5 % à l’échelle canadienne, comme cela est indiqué plus haut, mais de 4,3 % au Québec. Pour l’ensemble des consommateurs canadiens, l’accroissement se chiffrait à 5,9 % contre 2,8 % chez les consommateurs québécois. Cet écart s’ajoute à celui observé l’an dernier. De 2020 à 2021, le nombre de dossiers déposés par des consommateurs a diminué d’environ 11,3 % au Québec, qui a affiché la diminution la plus importante parmi les provinces.

Distorsion pandémique

 

Il faut toutefois voir dans tous ces chiffres l’impact de la pandémie. D’abord avec ses programmes gouvernementaux de soutien aux revenus et ces accords de report ou d’atténuation de paiement conclus avec les créanciers. C’est ce qui vient expliquer que le nombre de dossiers au troisième trimestre s’inscrivait tout de même en baisse de 25,5 % par rapport au trimestre correspondant de 2019.

Au total, en 2021, 92 572 dossiers d’insolvabilité ont été déposés, ce qui représente une baisse de 6,7 % par rapport à 2020, et c’est le nombre le moins élevé depuis 1995, indique le rapport de BSF qui accompagne celui sur le profil du débiteur. Chez les consommateurs, il est passé de 137 178 dossiers en 2019 à 96 458 en 2020 et à 90 092 en 2021. Chez les entreprises, il est passé de 3680 en 2019 à 2786 en 2020 et à 2480 en 2021.

On aperçoit toutefois aussi dans les données de 2022 la fin des accommodements combinée à un effet de richesse qui s’estompe depuis. Le tout étant à mettre dans une conjoncture de dérapage inflationniste, d’érosion du pouvoir d’achat et de montée rapide des taux d’intérêt.

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