Les Canadiens ont mal de l’inflation

Derrière le fort rebond de l’emploi en octobre se profile une détresse accrue. Avec des salaires qui peinent à protéger de l’inflation et des taux d’intérêt s’enfonçant toujours plus en zone restrictive, ils étaient toujours plus nombreux le mois dernier à éprouver de la difficulté à assumer leurs besoins de base sans devoir s’endetter davantage, à un coût toujours croissant.

La donnée a surpris. Après quatre mois de baisse ou de faible variation et alors que tout pointe vers une récession imminente, Statistique Canada nous dit que l’emploi a augmenté de 108 000 au Canada en octobre pour revenir à son sommet de mai. Or, parallèlement, 110 000 personnes sont venues grossir les rangs de la population active, ce qui a permis à l’agence fédérale de conclure que « dans l’ensemble, la croissance de la population active a été presque entièrement attribuable à la croissance du nombre de personnes en emploi, étant donné que le nombre total de chômeurs a peu varié ».

Il est donc permis de supposer que la croissance des salaires combinée aux pressions sur les budgets des ménages, exercées par l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, ont incité plus de personnes à se joindre à un marché du travail toujours accueillant en raison de la pénurie de main-d’oeuvre et du nombre élevé de postes vacants, suggère Oxford Economics.

Cette supposition est d’autant plus défendable que Statistique Canada a accompagné son Enquête sur la population active d’une question sur la capacité des ménages à pourvoir à leurs besoins dans les circonstances actuelles. Lorsque sondés sur leurs préoccupations concernant le coût de la vie, « 35,3 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus vivaient dans un ménage déclarant avoir trouvé difficile ou très difficile de répondre à ses besoins financiers, c’est-à-dire d’assumer ses dépenses en matière de transport, de logement, de nourriture et de vêtements, et d’effectuer d’autres dépenses nécessaires ». La même question a été posée en octobre 2020. Ils étaient 20,4 % à dire alors qu’ils vivaient dans un ménage éprouvant les mêmes difficultés. Il faut rappeler toutefois l’existence de programmes gouvernementaux d’aide d’urgence en cette première année de pandémie.

Dans le même ordre d’idées, les résultats d’un sondage publié par Equifax Canada mardi indiquaient que 50 % des Canadiens voient leur avenir financier avec optimisme, alors que cette proportion s’établissait à 61 % l’an dernier, une détérioration qui n’est pas sans refléter les préoccupations relatives à l’abordabilité et au coût de la vie. « De façon générale, 52 % des répondants disent s’inquiéter de ne pas pouvoir payer leurs factures mensuelles (loyer, services publics, assurance). » Et cette inquiétude est davantage ressentie chez les 65 ans et plus, rejoignant 73 % d’entre eux, contre 40 % des 18 à 34 ans.

Les salaires ne suivent pas

C’est que les salaires ne suivent pas l’inflation. La croissance sur 12 mois des salaires horaires moyens des employés est demeurée supérieure à 5 % pour un cinquième mois de suite en octobre. Ils étaient en hausse de 5,6 %, ou de 1,68 $, pour atteindre 31,94 $, mais pour se maintenir bien en deçà du rythme de l’inflation, qui se chiffrait à 6,9 % en septembre selon l’indice des prix à la consommation. On peut donc lier cette érosion du pouvoir d’achat à l’augmentation de 0,7 % du total des heures travaillées le mois dernier. Ce total est en hausse de 2,2 % par rapport à octobre 2021.

Et il y a un décalage dont l’effet est amplifié par la syndicalisation. Parmi les employés qui travaillaient pour leur employeur depuis au moins 12 mois, 59 % avaient reçu une augmentation de salaire au cours de l’année précédente. Parmi ces employés, 56,8 % des syndiqués ont reçu une augmentation de salaire au cours de l’année précédente, comparativement à 60,1 % des non-syndiqués. Les employés syndiqués perçoivent en moyenne des salaires plus élevés que leurs homologues non syndiqués, mais leurs rajustements salariaux sont généralement retardés jusqu’à l’expiration des conventions collectives.

Enfin, tous ne sont pas égaux devant les rajustements salariaux. En octobre, 64,3 % des employés dont le salaire était supérieur à 40 $ l’heure avaient reçu une augmentation au cours de l’année précédente, comparativement à 50,1 % de ceux dont le salaire était de 20 $ l’heure ou moins.

Faible consolation, Statistique Canada ajoute que le mois dernier, 59,8 % des employés qui ont changé d’emploi ont obtenu un poste offrant un salaire horaire plus élevé, en hausse par rapport à la moyenne de 50,5 % observée au cours du mois d’octobre de 2017 à 2019.

De retour au sondage d’Equifax, 53 % des répondants se disent très anxieux au sujet de leur niveau d’endettement personnel. L’enquête de la firme de notation indique que le solde moyen des cartes de crédit détenues par les Canadiens était à un niveau record de 2121 $ à la fin de septembre, pour revenir à son niveau de 2118 $ observé à la fin du quatrième trimestre de 2019. « La dette moyenne des cartes de crédit a diminué pendant la pandémie, mais leur utilisation a maintenant augmenté pendant six trimestres consécutifs […] pour atteindre des sommets historiques », écrit-elle.

Pour sa part, la dette non hypothécaire moyenne était de 21 188 $ en septembre, revenant à des niveaux jamais vus depuis le premier trimestre de 2020, avant la pandémie.

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