Un adversaire de taille

L’inflation se veut un adversaire encore plus coriace que prévu, et la Réserve fédérale s’est plus que jamais résolue à gagner la bataille.

Comme prévu par les analystes, la banque centrale des États-Unis a ajouté 75 autres points de base à son taux directeur pour l’élever dans l’intervalle des 3,75 %-4 %, soit à son niveau le plus élevé depuis près de 15 ans. Le cumul atteint les 375 points de base en six salves depuis mars, et de nouvelles augmentations seront nécessaires, prévient la Réserve fédérale dans son communiqué. Tout au plus le rythme des prochaines hausses pourrait-il ralentir, l’institution voulant prendre en compte les effets sur l’économie du resserrement plutôt musclé déjà effectué. Le président de la Fed, Jerome Powell, a rappelé l’effet décalé du resserrement monétaire sur l’économie tout en indiquant qu’il était prématuré d’envisager une pause.

En Bourse, après avoir cru à un message d’atténuation de l’austérité monétaire, Wall Street a plongé à la suite de la conférence de presse dans laquelle Jerome Powell maintenait la fermeté de son propos pour réaffirmer que la Fed avait encore du chemin à faire. Le Dow Jones a perdu 1,6 % en séance, l’indice Nasdaq a glissé de 3,4 %, et l’indice élargi S&P 500, de 2,5 %. Les analystes évaluent désormais à plus de 70 % la probabilité que le taux maximal de la Fed passe au-dessus des 5 % d’ici mai prochain, un scénario qu’ils n’envisageaient même pas il y a un mois, lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

Élections de mi-mandat

 

Le tout survient à moins d’une semaine des élections de mi-mandat du 8 novembre, qui ont, pour thème central, une inflation devenue désormais la principale préoccupation des ménages américains. En fait, l’économie au sens large est le principal enjeu pour 79 % des répondants à un sondage du PEW Research Center, suivie de l’avenir de la démocratie américaine (70 %).

Les analystes du Mouvement Desjardins ont fait une comparaison du degré de sensibilité aux différents enjeux entre républicains et démocrates. Dans le sondage du PEW Research Center, l’enjeu économique est très important pour 92 % des sympathisants républicains, mais le taux tombe à 65 % pour les démocrates. Pour ces derniers, les questions relatives à l’avenir de la démocratie américaine (80 %), aux soins de santé (79 %), à l’avortement (75 %), à la Cour suprême (69 %) et aux changements climatiques (68 %) sont plus importantes dans ces élections. Pour les républicains, les enjeux qui s’approchent le plus sont l’immigration (76 %) et la criminalité (74 %).

« Ce clivage entre l’opinion des démocrates et des républicains sur l’importance de l’enjeu économique reflète leur opinion sur la santé de l’économie américaine. Seulement 9 % des répondants républicains jugent que les conditions économiques sont excellentes ou très bonnes, comparativement à 26 % pour les sympathisants démocrates », souligne Desjardins.

Impact au Canada

 

De ce côté-ci de la frontière, la Banque du Canada a plutôt opté la semaine dernière pour une hausse de 50 points de son taux cible du financement à un jour, pour le pousser à 3,75 % au terme d’une sixième augmentation cette année. Un bond de 350 points au total par rapport au taux de 0,25 % en mars. Et ce ne serait pas fini. « Le Conseil de direction s’attend à ce que le taux directeur doive encore augmenter. »

La Banque du Canada a toutefois fait également référence à l’effet de décalage pour ajouter que « les futures hausses de taux seront influencées par nos évaluations : de l’efficacité du resserrement de la politique monétaire, de la résolution des problèmes d’approvisionnement, et de la réaction de l’inflation et des attentes d’inflation aux hausses de taux ». Tout en prenant soin de rappeler que le resserrement quantitatif, qui consiste à sortir de son bilan les titres obligataires du gouvernement achetés lors de la crise sanitaire, juxtapose un effet complémentaire aux augmentations du taux directeur.

Différentiel de taux

 

Dans son Rapport sur la politique monétaire, elle a notamment abordé l’appréciation du dollar américain face aux principales devises. « La montée rapide des taux d’intérêt aux États-Unis et l’intensification des mouvements vers les valeurs refuges attribuables aux préoccupations quant à une récession mondiale ont contribué à une appréciation importante du dollar américain. » Le dollar canadien est parti de 81 ¢US en 2021 pour tomber à 0,72 ¢US. Dans ses prévisions, la banque centrale table désormais sur un dollar à 74 ¢US, soit 4 ¢US de moins que dans ses prévisions de juillet.

Le différentiel de taux directeur risque donc de gagner en importance dans l’équation. Cet écart entre le Canada et les États-Unis se situe désormais à 25 points en faveur de la Fed, et tout indique qu’il devrait se creuser. « L’augmentation rapide du taux directeur aux États-Unis et la flambée du dollar américain ont toutes deux eu d’importantes répercussions sur les conditions financières mondiales. L’appréciation du dollar américain accroît également les pressions inflationnistes dans bien des pays », ajoute l’institution.

Mais si l’appréciation du dollar américain contribue à l’inflation importée dans les pays qui ont vu leur monnaie se déprécier, la dépréciation du dollar canadien compensera en partie l’affaiblissement de la demande étrangère, particulièrement aux États-Unis, provoquant une décélération de la croissance des exportations, indique la Banque du Canada. Reste à voir la résultante de cette dynamique.

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