Technologie: Des outils pour que l'amateur crée

Ce qui est fascinant avec les nouveaux outils et l'arrivée d'Internet, c'est de constater que, soudainement, en regroupant leurs forces, et en partageant leurs idées et leurs réflexions, des amateurs parviennent à remuer des industries au point que ses professionnels doivent composer avec les travaux des amateurs.

Prenez l'astronomie, science millénaire s'il en est. Depuis ses tout débuts, seuls les astronomes professionnels furent les grands dépositaires du savoir et de la recherche. Il a fallu attendre la disponibilité des premières lentilles pour tous pour que, soudainement, les amateurs envahissent ce domaine. Aujourd'hui, qui peut nier l'apport des astronomes amateurs à l'avancement de cette science? Il arrive même que les amateurs battent les scientifiques à leur propre jeu. En effet, la prestigieuse revue Nature révélait en janvier dernier que des astronomes amateurs, armés de puissants ordinateurs et de logiciels sophistiqués, avaient réussi à prendre de vitesse les astronomes de la NASA en retravaillant les images brutes envoyées par la sonde Huygens sur Titan.

Un documentaire à lui seul

Or, avec les nouveaux outils technologiques plus puissants et simples d'utilisation, il est permis à n'importe quelle personne qui parvient à les apprivoiser de créer. Certains préféreront mettre leurs forces en commun afin d'améliorer les outils disponibles, comprenez en cela le logiciel libre, tandis que d'autres se distingueront en utilisant le plein potentiel de ces outils afin de créer des «oeuvres» qui auparavant, auraient été impossibles à produire.

Laissez-moi par exemple attirer votre attention sur le dernier numéro du Trente, la revue éditée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Dans ce numéro, le journaliste et rédacteur en chef du Trente, Jean-Hughes Roy, publie une entrevue avec son collègue de TQS, Russel Ducasse, où le journaliste du «mouton noir» lui confie que les nouveaux outils technologiques lui ont permis de réaliser à lui seul un documentaire de deux heures. On le répète, seul. Dites-vous bien qu'il y a encore cinq ou six ans, une telle prouesse aurait été tout simplement impossible sans l'apport d'une quincaillerie inaccessible au commun des mortels.

De même, le documentaire que Ducasse a réalisé, d'autres auraient pu très bien le faire. À condition d'avoir le talent. Car il ne faudrait pas tomber dans le piège de la technologie miracle qui peut tout faire. Par exemple, malgré ma relativement bonne connaissance des outils que Ducasse a utilisés, aurais-je pu réaliser ce que le journaliste de TQS a accompli? Non, assurément. Je ne crois pas avoir ce talent. Mais d'autres cependant le peuvent. Il n'y a qu'à assister à une soirée Kino pour s'en convaincre.

À l'origine, le collectif Kino regroupait un groupe de passionnés du cinéma qui ne pouvaient pratiquer leur art, faute de moyens et d'accès aux outils. Grâce aux nouveaux outils, caméra numérique de qualité «broadcast» et logiciel de montage Final Cut Pro, ces aficionados du 7e art sont aujourd'hui en train de chambarder le monde du documentaire et du court métrage. Évidemment, le pire y côtoie le génial. Mais c'est cela la technologie, un formidable amplificateur du talent et de l'imagination qui permet aux créateurs de se démarquer.

Podcasting

C'est un peu comme cette nouvelle tendance, le podcasting. En plus de changer notre façon de consommer la radio, le podcasting pourrait aussi favoriser l'émergence de nouvelles émissions de radio diffusées uniquement sur Internet, couvrant des sujets dont on entend parler nulle part ailleurs.

Mais ne s'improvise pas diffuseur qui veut. Pour avoir écouté moult émissions «podcastées» au cours des derniers mois, je peux affirmer, au risque d'en vexer plusieurs, que plus de 90 % de ces diffusions numériques sont tout simplement imbuvables. Cependant, au détour de la Toile, il arrive que l'on tombe sur un amateur qui possède ce don de faire passer des idées par la voix.

Une idée folle tiens: un diffuseur comme Radio-Canada ne pourrait-il pas agréger au centre d'un portail tout numérique, les radios Internet les plus prometteuses afin d'offrir à ses auditeurs un contenu 100 % Internet de qualité? Nombreux seraient les défis à relever, droits d'auteur, éthique, respect des normes journalistiques, etc. Mais quel extraordinaire potentiel pour la radio. Imaginez par exemple une émission où un de ces amateurs, passionné de musique québécoise, offrirait des émissions quotidiennes, qui pourraient par la suite, être reprises sur la Première Chaîne dans le cadre de reportages.

Vecteur de changement

Mais il n'y a pas que les outils technologiques. Quid de la culture de réseau et Internet?

En effet, Internet se veut un formidable vecteur de changement. Et les prochains qui risquent d'en faire les frais sont les universitaires et ceux qui travaillent dans le monde de la recherche.

En effet, en mettant à profit la force du réseau, et la notion de partage de connaissances, des amateurs passionnés arriveront sans doute à des résultats dans plusieurs domaines de pointe.

Un point de vue partagé par Sébastien Paquet, blogueur et chercheur à l'Institut de technologie de l'information du CNRC à Moncton, avec qui j'ai eu l'occasion d'en discuter lors d'une récente rencontre à Montréal.

«Un nombre croissant de personnes s'engagent dans une démarche intellectuelle hors des contextes de recherche. Grâce aux possibilités qu'offre le réseau, ils collaborent de façon souvent plus ouverte que les chercheurs traditionnels, et il ne serait guère étonnant de les voir contribuer à des avancées intéressantes dans les années à venir.»

Bref, reliez le tout aux nouvelles avancées en propriété intellectuelle, telles que les licences de type Science Commons, et il n'est pas dit qu'un jour une découverte scientifique d'importance ne sera pas réalisée par des amateurs. À vrai dire, je le prévois déjà.

Le prochain siècle? Il sera assurément celui des amateurs. Il ne leur reste qu'à trouver un terrain d'entente avec les professionnels.

Cette chronique a été inspirée en grande partie par l'article «Amateur Revolution», une réflexion publiée en octobre 2004 par Charles Leadbeater dans le magazine Fast Company.

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