Tous contre Elon Musk et Elon Musk contre tous!

Si vous êtes l’homme le plus riche sur la planète, que vous êtes en train de construire un réseau Internet planétaire privé, que vous venez de mettre la main sur un réseau de communication numérique ralliant déjà 300 millions de personnes et que vous savez comment créer une nouvelle économie à l’abri des gouvernements… vous faites quoi ?

Elon Musk est un bâtisseur en série. Il est l’archétype de l’entrepreneur techno modelé dans la Silicon Valley, où l’argent coule suffisamment à flots pour que tous les rêves soient permis. Ce n’est pas pour rien si la très grande banlieue de San Francisco a vu naître d’autres libertariens comme lui. Prenez Peter Thiel, par ailleurs l’un des transhumanistes les plus en vue.

SpaceX

 

Le transhumanisme est ce courant de pensée selon lequel les technologies qui prolongeront indéfiniment la vie humaine sont sur le point de voir le jour. Une combinaison de génétique, d’intelligence artificielle et de biologie. Les premiers à en bénéficier seront évidemment les humains les plus fortunés. Si ça se produit, on appellera ça une « singularité ». Un événement technologique si important qu’il dépasserait la capacité humaine à en contrôler les effets.

Ce que Thiel aimerait faire pour la vie biologique, Elon Musk a tous les outils en main pour le faire du côté des communications. Il dirige SpaceX, une entreprise qui a déjà provoqué une petite révolution dans l’industrie spatiale en faisant tomber le prix des lancements en orbite de satellites en tout genre.

Dans le lot se trouvent quelques milliers de satellites que SpaceX déploie à orbite terrestre basse et qui donnent progressivement vie à son réseau Internet Starlink. Un réseau qui, promet Elon Musk, ne desservira que les régions du globe négligées par les fournisseurs régionaux déjà existants. Une promesse très facile à laisser tomber le jour où toute la planète sera couverte et où Musk imposera son service Internet mondial en cassant les prix. Désirant faire cavalier seul, il ne pourra être encadré par aucun gouvernement.

Starlink est déjà offert au Québec, et pas seulement dans les régions les plus reculées.

Twitter

 

Musk a officiellement mis la main sur Twitter à la fin octobre. Il a déjà, dans le passé, exprimé son désir de créer une application qui rivaliserait avec la plateforme chinoise WeChat. WeChat est tour à tour une messagerie publique et privée, un moyen de paiement mobile et une plateforme de commerce électronique. Facebook, WhatsApp et Amazon tout-en-un.

Les 44 milliards $US avancés par Musk pour privatiser Twitter proviennent en réalité d’institutions qui vont probablement aider le milliardaire à rendre l’application plus attrayante pour lui faire prendre de la valeur. L’approche WeChat semble tout indiquée.

Twitter, à l’heure actuelle, est le plus petit des grands réseaux sociaux. Tout au plus 15 % de la population le consulte au moins de temps en temps. Il compte un peu plus de 300 millions d’utilisateurs dans le monde, et parmi eux, la moitié seulement le visite régulièrement. Facebook compte 3 milliards d’abonnés. TikTok a franchi le cap du milliard il y a un an.

Plus « léger » que ses deux rivaux, Twitter peut être vu comme un projet au potentiel toujours intéressant et dont la croissance est encore à venir. Certains ont déjà une très bonne idée de ce que Musk devrait faire pour relancer l’application.

Web3

 

Une idée intrigante : faire de Twitter le fer de lance du Web3. C’est ce que Changpeng Zhao, le fondateur de la plus grande plateforme d’échanges de cryptomonnaies au monde, propose. Binance a participé à hauteur de 500 millions $US dans l’achat de Twitter par Elon Musk.

Musk, fervent amateur de la cryptomonnaie dogecoin, pourrait ajouter une fonction de portefeuille numérique à Twitter et utiliser la cryptomonnaie pour faciliter toutes sortes de transactions à même sa plateforme, sans recourir à une banque. Ce serait un bel exemple de « finance décentralisée », ou « DeFi », comme on appelle ce croisement entre finance et techno.

Elon Musk a déjà laissé entendre qu’il pourrait aussi utiliser la chaîne de blocs pour certifier l’authenticité des utilisateurs et de leurs messages, la meilleure façon selon lui d’éliminer les faux comptes et le pourriel incessant.

Ce portefeuille numérique pourrait ensuite servir de coffre-fort pour les données de ses utilisateurs produites dans des applications ou des sites Web tiers. Twitter serait en quelque sorte la clé d’identification numérique d’un Internet décentralisé qui a déjà un nom : le Web3. Ce Web nouveau genre est conçu pour échapper aux contrôles des gouvernements et à l’hégémonie des plateformes comme Google, Apple et Facebook.

Comme les cryptomonnaies, le Web3 se développe ces jours-ci dans l’angle mort des autorités, et est évidemment très prisé d’une frange de la population qui a perdu toute confiance dans le « système » actuel.

Musk, on le sait, aime se frotter à ces gens. Il déteste par ailleurs rendre des comptes aux autorités, financières, politiques ou autres. Sans surprise, il est en train de s’affranchir de tout ça. Et en combinant Starlink, Twitter et le Web3, il pourrait non seulement y parvenir, mais entraîner avec lui des centaines de millions de personnes partout dans le monde.

Elon Musk annonce un abonnement mensuel à 8 dollars par mois

Le nouveau propriétaire de Twitter, Elon Musk, a annoncé mardi sur la plateforme le lancement prochain d’un abonnement à 8 $US par mois pour les utilisateurs souhaitant faire certifier leur compte comme authentique et être moins exposés à la publicité. 

Julie Jammot - Agence France-Presse



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