Palestiniens écrasés

Il y a une semaine, le 25 octobre, six Palestiniens étaient tués et vingt autres blessés, lors d’un raid de l’armée israélienne en Cisjordanie occupée, principalement dans la ville de Naplouse.

Événement « sans importance », qui en suivait plusieurs autres du même ordre, à Naplouse, à Jénine et ailleurs depuis le début de l’année, et quasiment ignoré par la presse étrangère.

Le reste du monde a oublié le conflit israélo-palestinien. À la limite, il s’intéressera peut-être aux élections en Israël, où se déroule demain le cinquième scrutin anticipé en moins de quatre ans… Scrutin qui, pour tenter une métaphore, pourrait bien accoucher du « Retour de la momie », comme en Italie ces derniers jours : Silvio Berlusconi à Rome, Benjamin Nétanyahou à Jérusalem.

Le « conflit israélo-palestinien » n’en est plus vraiment un, puisqu’un des deux camps a complètement écrasé l’autre depuis le début du XXIe siècle, après l’échec du processus dit d’Oslo.

L’affrontement peut aujourd’hui être décrit, par un des deux camps (le palestinien), comme une résistance minimale et désespérée à une occupation victorieuse et quasi totale. Et par l’autre camp (l’israélien), comme une succession d’opérations militaro-policières antiterroristes, pour écraser les derniers moucherons qui troublent encore l’ordre public.

Les derniers épisodes mettent en scène, notamment, deux groupes nommés « Fosse aux lions » et « Brigades de Jénine » qui, selon le journal palestinien Al Ayyam, ont récemment mené une série d’attaques contre des soldats et des colons israéliens.

Leurs combattants sont jeunes et vomissent « l’Autorité palestinienne », ne fréquentent pas les mosquées et agissent sur une base décentralisée. Ce qui représente, selon Al Ayyam, « une rupture » par rapport aux intifadas des années 1990 et 2000. « Rupture » rime ici avec « désespoir ».

Les « années Oslo » furent un épisode extraordinaire, à haute intensité dramatique, oublié, mais qui était au coeur de l’actualité internationale dans les années 1990 — lorsque la question palestinienne était encore importante.

Le processus devait accoucher d’un État palestinien, petit mais réel, vivant en paix et bientôt en réconciliation avec son voisin israélien.

Ce processus avait, à l’époque, suscité des torrents d’espoir naïf. Il apparaît rétrospectivement, devant l’Histoire, comme l’ultime chance d’un accord bilatéral israélo-palestinien. Le caractère totalement marginal du sujet « Palestiniens » dans l’actuelle campagne à Jérusalem est un signe qui ne trompe pas : pour les Israéliens, la question est réglée.

Ce « règlement » de la question, s’il est vécu comme une « affaire classée » par les Israéliens, peut prendre d’autres noms. Des organisations comme Amnistie internationale et Human Rights Watch n’hésitent plus à utiliser le terme « apartheid » pour désigner le sort réservé aux 6,8 millions de Palestiniens (y inclut les Arabes israéliens) qui font face aux 6,8 millions de juifs israéliens, dans l’espace situé entre la mer Méditerranée et le fleuve Jourdain.

Selon Human Rights Watch, par exemple (avril 2021), « les autorités israéliennes ont dépossédé, confiné, séparé de force et soumis les Palestiniens en raison de leur identité à des degrés divers. […] Dans certaines régions, ces privations sont si graves qu’elles s’apparentent aux crimes contre l’humanité de l’apartheid et de la persécution ».

La fréquence des élections en Israël contraste avec la continuité et le consensus autour de sa politique en Cisjordanie et à Jérusalem-Est : division du territoire palestinien en de nombreuses petites enclaves (Jénine, Naplouse, Jéricho, etc.), chacune entourée et isolée des autres par le plus grand nombre possible de colonies habitées uniquement par des colons juifs.

Ces îlots palestiniens sont enserrés, ligotés, cernés par ces « colonies » juives, coquettes et verdissantes, de plus en plus étendues et reliées à Israël par un lacis de routes modernes. Autant de barrières pour une population palestinienne enfermée dans sa poussière et ses blocs bétonnés, entre le Mur, les oliveraies et les orangeraies désormais interdites ou détruites.

Dans ces conditions, continuer de parler, comme le font encore mécaniquement certains diplomates, du « droit des Palestiniens à un futur État indépendant » est un refus de la réalité et une insulte.

François Brousseau est analyste d’affaires internationales à Ici Radio-Canada. francobrousso@hotmail.com

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