De mal en pis

Les expulsions d’un caucus, pour une raison ou une autre, sont relativement fréquentes, mais Dominique Anglade a probablement établi un record Guinness en montrant la porte à Marie-Claude Nichols à peine trois semaines après sa réélection, sans qu’elle ait eu le temps de siéger ne serait-ce qu’une journée.

La députée de Vaudreuil n’a pas jugé utile de présenter sa version des faits, mais elle ne semble pas avoir le beau rôle dans cette affaire. Après huit ans en politique, elle connaît les règles du jeu. Un député peut très bien manifester sa préférence pour une fonction ou une autre, mais c’est le chef qui a le dernier mot.

Selon son tempérament et son niveau de combativité, on peut préférer le poste de vice-président de l’Assemblée nationale à celui de porte-parole de l’opposition officielle dans un dossier particulier, peu importe lequel.

D’un point de vue pécuniaire, ce dernier est nettement plus avantageux. Au salaire annuel de base d’un député, soit 101 561 $, s’ajoute alors une prime de 35 %, ce qui porte sa rémunération totale à 137 107 $. La présidence d’une commission parlementaire, qu’on aurait offerte à Mme Nichols, est plutôt assortie d’une prime de 25 %, soit 25 390 $.

Pour des raisons qui lui sont propres, Mme Anglade destine le député de Viau, Frantz Benjamin, au poste de 3e vice-président, que convoitait Mme Nichols. Cette dernière ayant été élue pour la première fois en 2014, alors que son collègue est de la cuvée 2018, elle estimait avoir la priorité.

L’ex-hockeyeur Enrico Ciccone, aujourd’hui président du caucus libéral, a expliqué qu’un joueur ne peut pas dire à son entraîneur qu’il ne veut pas sauter sur la glace, mais souhaite demeurer membre de l’équipe. D’où l’expulsion de Mme Nichols.

M. Ciccone a également insisté sur la nécessité de s’assurer que le caucus demeure « hermétique ». Il n’y a rien de plus exaspérant pour un parti que de voir des discussions qui devraient rester confidentielles être étalées dans les médias. Un député mécontent est une source d’information privilégiée pour les journalistes.

Dans d’autres circonstances, on aurait pu considérer cet incident comme une tempête dans un verre d’eau. Sauf que la position dans laquelle se retrouvent le Parti libéral du Québec et sa cheffe risque de le transformer en véritable crise.

Avec seulement 21 élus le 3 octobre, le PLQ n’a évidemment pas les moyens d’en perdre un seul. Depuis 1973, l’opposition officielle n’a jamais compté aussi peu de députés. Quand ils sont moins nombreux que les ministres auxquels ils font face, leur efficacité ne peut aussi qu’être moindre.

Encore une fois, Mme Anglade, dont le leadership est déjà fragile, c’est le moins qu’on puisse dire, a bien mal évalué la situation. Peu importe que Mme Nichols ait eu tort ou raison de se montrer aussi intransigeante, on dira encore une fois que la cheffe n’a pas les qualités de rassembleuse requises pour la fonction qu’elle occupe.

Inévitablement, on a fait le parallèle avec le sort qui avait été réservé à l’ancienne députée de Maurice-Richard, Marie Montpetit, également exclue du caucus libéral en 2021, qui s’est empressée de jeter de l’huile sur le feu.

« Dans un parti, tu dois t’organiser pour avoir le plus de personnes possible pour être une force politique. Tu t’arranges pour que tout le monde trouve son compte. Force est de constater que Mme Anglade fait le vide autour d’elle », a-t-elle déclaré.

La députée sortante d’Anjou–Louis-Riel, Lise Thériault, proche de Mme Nichols, en a rajouté : « Là, c’est comme si on envoie le message que peu importe ce que tu penses, tu es mieux de dire comme nous parce que, sinon, je vais t’exclure du caucus… On n’est pas dans une dictature, là, franchement ! »

Mme Thériault accuse même Mme Anglade de faire reculer la cause des femmes en politique, dans la mesure où il semblait acquis depuis 20 ans qu’au moins un des postes de vice-président serait occupé par une femme. « On a une femme cheffe, elle peut-tu s’assurer que les femmes prennent leur place ? »

Au-delà de sa garde rapprochée, les racines de Mme Anglade ne sont pas très profondes au sein du PLQ. Au cours des prochains mois, on se fera sans doute un plaisir de rappeler à ceux qui l’auraient oublié qu’elle était anciennement présidente de la CAQ.

Elle souhaite maintenant que le congrès où elle devra se soumettre à un vote de confiance soit tenu le plus rapidement possible en 2023. Au train où vont les choses, elle pourrait bientôt se demander si elle devrait vraiment prendre le risque de s’y présenter.

Au-delà de sa garde rapprochée, les racines de Dominique Anglade ne sont pas très profondes au sein du PLQ. Au cours des prochains mois, on se fera sans doute un plaisir de rappeler à ceux qui l’auraient oublié qu’elle était anciennement présidente de la CAQ.



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