Un corps sain

Croyez-le ou non, j’ai commencé mes études collégiales en soins infirmiers. Passionné par le sport, j’étais attiré par tous les domaines qui lui étaient liés, comme la biologie, la nutrition, la psychologie et la santé. De plus, comme me le rappelait sans cesse mon père qui n’était pas millionnaire, j’avais besoin d’obtenir un diplôme qui me permettrait d’avoir un vrai job. J’ai donc opté, suivant en cela les traces de ma soeur, pour les soins infirmiers, en espérant pouvoir étudier en éducation physique plus tard.

Bon, finalement, ça n’a pas marché : la littérature, la philosophie et les sciences humaines m’attiraient bien plus encore, et je n’ai pas résistéà leur appel. Je n’ai jamais perdu, cependant, mon élan sportif de jeunesse. Je continue donc, aujourd’hui encore, de lire des ouvrages traitant de domaines liés à la santé humaine.

Pour mon grand plaisir, les bons livres de la sorte ne manquent pas au Québec. Parmi les parutions assez récentes, je retiens notamment Désordonnances (Lux, 2017), dans lequel le docteur Alain Vadeboncoeur nous donne des conseils pratiques éprouvés pour vivre en santé ; Bougez ! Pour un cerveau en santé (La Presse, 2022), un sympathique essai sur les bienfaits de l’exercice physique quant aux fonctions cognitives par l’éducateur physique Richard Chevalier ; Ton médecin ne te guérira pas (Saint-Jean, 2022), un convaincant plaidoyer pour la prévention par l’interniste Sébastien Perron, qui rappelle « que la véritable guérison est chose rare en médecine ».

J’aime lire ces scientifiques qui font l’effort de rendre accessible au grand public intéressé leur savoir spécialisé en matière de santé humaine. J’ai une admiration pour ces savants qui acceptent le risque de la vulgarisation au bénéfice des profanes. Savoir partager avec les autres ce que l’on aime, connaît et qu’on croit utile à tous est une noble forme d’engagement social.

C’est l’exercice auquel se livre, à son tour, la microbiologiste Audrey-Anne Leblanc dans L’immunité mystérieuse (MultiMondes, 2022, 162 pages). Depuis le début de la pandémie de COVID-19, on en a entendu des vertes et des pas mûres à ce sujet. Les experts improvisés, tout à coup, pullulaient et disaient, comme d’habitude, un peu n’importe quoi, notamment au sujet des vaccins.

Leblanc joue dans une autre ligue. D’entrée de jeu, elle reconnaît que « la science, c’est difficile et pas toujours sexy ». Elle ajoute tout de suite qu’elle s’en tiendra malgré tout à la méthode scientifique, par moments rébarbative, peut-être, mais « particulièrement efficace », surtout quand vient le temps de contrer les « fausses promesses faites sur le dos du système immunitaire ».

La microbiologiste enfonce d’abord un clou sur lequel le Pharmachien a déjà cogné à quelques reprises : l’unique manière d’avoir un bon système immunitaire est d’être en bonne santé. « Il n’y a pas moyen de le rendre plus efficace, il l’est déjà, précise-t-elle. La seule façon de stimuler le système immunitaire, c’est de lui donner des vaccins pour le rendre plus polyvalent. »

Ce premier essai d’Audrey-Anne Leblanc est un cours détaillé sur ce système, « bijou de l’évolution » d’une grande complexité. Si le fonctionnement de l’immunité innée — une armée composée de la peau, des larmes, de la salive, des cils du système respiratoire, de la fièvre et des globules blancs — est assez facile à comprendre, celui de l’immunité adaptative exige plus d’attention de la part de l’élève, malgré la bienveillance de la vulgarisatrice.

Rien de ce qui a trait à l’immunité humaine n’est oublié dans ce livre. Leblanc, en effet, explique le phénomène des allergies et celui des maladies auto-immunes, deux problèmes dont les causes ultimes demeurent obscures. Le chapitre qu’elle consacre à la transplantation est particulièrement réussi. Il illustre que, malgré les avancées en la matière, ce geste médical demeure extrêmement épineux parce que le rejet des organes transplantés, pour des raisons liées à l’immunité, est inévitable. La scientifique se penche aussi sur l’inflammation, sur le VIH et, il le fallait, sur la vaccination.

Sa déconstruction des mythes au sujet de cette dernière se fait tranchante. Les vaccins, explique-t-elle, ne sont pas dangereux, ne causent pas l’autisme, n’affaiblissent pas le système immunitaire et ne favorisent pas l’évolution des variants. Ils n’annulent pas la possibilité d’avoir la maladie qu’ils souhaitent combattre — on l’a vu avec la COVID-19 —, mais ils la réduisent, tout comme ils en atténuent les symptômes et la charge virale.

Si on ne peut pas renforcer spécifiquement notre système immunitaire, on peut toutefois l’affaiblir en négligeant sa santé, en ayant la malchance de choper le cancer et, aurais-je envie d’ajouter, en levant le nez sur la science.

Grâce à la vulgarisation scientifique, je n’ai pas besoin d’être infirmier pour savoir ça.

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