Virage électrique poussif

D’ici à l’interdiction de vendre des véhicules neufs à essence à compter de 2035, la transition vers le zéro émission demeure fortement influencée par le niveau des prix à la pompe. Quant à l’impact global de cette transition, il reste encore beaucoup à démontrer.

Un sondage mené pour le fabricant BMW par Maru/Blue auprès de plus de 1 200 conducteurs titulaires d’un permis canadien répartis entre toutes les provinces indique que quatre répondants sur cinq s’inquiètent du niveau des prix de l’essence et des dépenses de fonctionnement de leur véhicule à combustion interne que cela occasionne. Mais ils sont 25 % à envisager l’achat d’un véhicule électrique (VE) d’ici deux ans.

Les résultats d’un autre sondage publié en juin par le cabinet EY auprès des personnes désirant acheter une voiture soulignaient que 46 % d’entre elles regardaient du côté des VE. Soit un sommet et une hausse de 11 points de pourcentage par rapport à 2021, qui se voulait davantage le reflet de la flambée des prix de l’essence que d’une soudaine épiphanie environnementale, et qui restait encore sous la moyenne mondiale de 52 %. Les répondants de la Colombie-Britannique (54 %) et du Québec (51 %) ont exprimé le plus d’intérêt.

Les motivations d’ordre environnemental semblaient également être subordonnées à la montée des prix du carburant. Le principal frein à l’achat d’un VE était les prix initiaux, pour 66 % des répondants dans le sondage EY de 2021. Cette réticence n’était mentionnée que pour 38 % des répondants en juin dernier. Ils sont devenus nombreux à dire qu’ils accepteraient de payer davantage. Parmi eux, 80 % confirment être disposés à payer un supplément, et près des deux tiers des consommateurs ne verraient pas d’inconvénients à payer jusqu’à 20 % plus cher, a-t-on pu lire.

Mais malgré les bonnes intentions, il ressortait du sondage qu’il y a encore beaucoup à faire pour la mise en place des infrastructures de recharge requises. La capacité et la rapidité de recharge ainsi que les inquiétudes face à l’autonomie des VE découragent les acheteurs. S’ajoutent les interrogations concernant les matières premières entrant dans la fabrication des véhicules et le volume des batteries.

L’exemple chinois

D’autant que l’impact global de cette transition de l’essence vers l’électrique sur l’empreinte environnementale reste encore difficile à cerner. On peut penser à l’absence de consensus scientifique quant aux répercussions sur le climat du véhicule à zéro émission lorsque l’ensemble de son cycle de vie, incluant le recyclage, est pris en compte. On ne peut également faire fi de la nature ou de l’origine de la source d’alimentation des batteries.

Le spécialiste de l’environnement Will Dubitsky donne l’exemple de l’économie chinoise, qui carbure massivement au charbon. Il a rappelé sur son site, Green Transition, que la Chine abrite le plus grand marché de véhicules au monde — soit 1,7 fois le marché américain. Les ventes de véhicules électriques accaparaient 30 % de toutes les ventes de véhicules de tourisme neufs en août. « Si le taux de croissance observé à ce jour se poursuit, les ventes de véhicules neufs en Chine seront de 80 % à 100 % entièrement électriques en 2025 », a-t-il écrit. Mais une fois cela dit, que penser ?

Cap sur le plastique

 

Will Dubitsky ajoute que le secteur du transport accapare 60 % de la consommation mondiale de pétrole et que le transport routier y compte pour 80 %. La transition vers les véhicules électriques devenant la « nouvelle norme », l’industrie pétrolière se voit forcer à se réaligner. Reconnaissant les impacts de la migration vers les énergies renouvelables et les véhicules électriques, les grands de l’énergie fossile recentrent leurs investissements vers la pétrochimie — les plastiques en particulier — des produits qui représentaient traditionnellement 10 % de la consommation de pétrole.

Le secteur gazier s’y intéresse également. Particulièrement celui du schiste, qui souffre de surabondance en raison des coûts réduits. « Le gaz de schiste est en train de devenir le combustible fossile privilégié pour produire des plastiques. Le gaz naturel provenant de sources de fracturation réduit de deux tiers le coût de la matière première », écrit Dubitsky.

L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la production de plastique doublera d’ici 2040 pour représenter le segment de croissance le plus important de l’industrie pétrolière au cours de la prochaine décennie, et atteindre la moitié de l’augmentation de la demande de pétrole d’ici le milieu du siècle, fait-il ressortir.

L’évaluation de la firme de recherches et de consultations Wood MacKenzie entrevoit une croissance de quelque 10 millions de tonnes par an dans le secteur pétrochimique d’ici 2050, alimentée essentiellement par les plastiques et autres produits connexes. La transformation de l’éthane en éthylène est hautement génératrice de gaz à effet de serre, insiste-t-on, et cette opération requiert des quantités d’eau importantes.

Au demeurant, les méthodes de recyclage avancé des déchets plastiques posent problème. Du moins, elles n’ont pas encore réussi à démontrer que le processus fonctionne. L’organisation américaine Natural Resources Defense Council a qualifié le recyclage avancé du plastique de non respectueux de l’environnement. « Sur les 30 installations de recyclage avancées dans le monde, toutes fonctionnent à un niveau de production prudent ou ont été fermées », souligne Will Dubitsky.

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