L’intelligence artificielle qui lit dans nos pensées

Créée en douce ces dernières années, l’application montréalaise Waverly sort officiellement de l’ombre aujourd’hui. Elle mise sur la capacité de ses algorithmes à comprendre le langage naturel des humains pour les informer sur ce qui les intéresse… vraiment. Bref, elle promet de lire dans nos pensées. Ou presque.

Créée par l’entrepreneur montréalais et grand amateur de mathématiques Philippe Beaudoin, Waverly est une application conçue d’abord exclusivement pour l’iPhone d’Apple. Elle mise sur une utilisation de l’intelligence artificielle (IA) semblable à celle de Dall-E et de Midjourney. Ces deux applications Web font beaucoup jaser ces jours-ci tant elles sont efficaces à transformer en images très fidèles au résultat souhaité des phrases tout à fait « normales ».

Auparavant, il était plus efficace d’utiliser des mots-clés. Par exemple : « Terre », « nature » et « post-apocalypse ». À Dall-E, on peut demander plutôt de dessiner « la Terre reprenant vie après l’extinction de la race humaine alors que la nature et le royaume animal reprennent leurs droits sur les gratte-ciel ». Le réalisme de l’image résultante est époustouflant. Cet exemple est d’ailleurs un des cas les plus cités pour illustrer comment Dall-E est étonnamment bonne à comprendre ce qu’on lui dit.

Googlez-le, vous verrez.

 

« Invites de texte »

Waverly espère arriver au même résultat à partir du même genre de requêtes. Sauf qu’au lieu de produire des images illustrant des phrases qu’on lui soumet, elle crée une liste de lecture sur mesure à partir du contenu de nombreux sites d’information triés sur le volet. Chaque liste est appelée une « wave » dans cette application qui est, ambitions internationales obligent, uniquement en anglais pour le moment.

« L’application fonctionne bien pour suivre des courants, des tendances dans des secteurs précis », explique Philippe Beaudoin. « On peut nuancer un sujet qui nous intéresse, par exemple en indiquant qu’on s’intéresse au rôle de la chaîne de blocs dans le métavers. »

Une version en français figure parmi les priorités de Philippe Beaudoin maintenant que l’application en tant que telle est lancée, assure celui qui a quand même donné à son application le nom d’une rue de Montréal.

On n’y échappe pas. Ces nouveaux outils d’IA de compréhension du langage naturel sont développés à partir de l’anglais partout dans le monde. Dans le jargon, on dit qu’ils remplacent les mots-clés des requêtes plus conventionnelles par des « text prompts ». Cela se traduit littéralement par des « invites de texte ». Cela sonne mieux si on les appelle des « phrases simples ».

La bonne nouvelle, en tous les cas, c’est que cette technologie souhaite éliminer les interactions bêtes par mots-clés entre l’humain et la machine. Et inversement, elle promet que la machine répondra d’une façon plus riche qu’en repiquant ici et là du contenu offert pêle-mêle. « On s’inspire de ce modèle qui laisse l’utilisateur s’exprimer dans ses mots, naturellement. Ça va plus loin que les mots-clés : on découvre une certaine richesse dans l’expression de pensées complètes plutôt que dans une liste de mots », dit Philippe Beaudoin.

Lire directement dans nos pensées n’est pas si impossible, en fin de compte.

Déçus des réseaux sociaux

 

L’émergence d’une IA qui s’inspire très généreusement de la création humaine ne se fait pas sans heurts. Les oeuvres visuelles produites par les Dall-E de ce monde ne respectent pas toujours très bien le droit d’auteur ni la propriété intellectuelle. C’est un lourd débat qui inquiète depuis des mois aussi bien les créateurs en art visuel que les programmeurs informatiques.

Waverly évite la question en se positionnant davantage comme un outil de veille stratégique. Elle se situe en quelque sorte à la croisée d’autres applications déjà connues, comme Feedly et Meltwater. L’application montréalaise croit se démarquer grâce à cette capacité à comprendre le langage de ses utilisateurs, qui lui permet de raffiner ses listes de lecture au-delà de ce que ses concurrentes proposent déjà.

« C’est une recherche de contenu intentionnelle », explique son créateur. « Plutôt que d’être guidé par ce qui est populaire auprès de notre utilisateur ou auprès d’autres utilisateurs similaires, notre outil est guidé par les commentaires et les souhaits exprimés dans sa description du sujet. »

Pour ficeler tout ça ensemble, Waverly a été offerte en version bêta privée ces derniers mois à quelque 400 utilisateurs de divers horizons. Ses programmeurs ont ainsi pu découvrir les éléments les plus accrocheurs et ceux qui l’étaient moins. Le public cible a aussi été trouvé. « Les professionnels curieux qui ne sont pas bien servis par les réseaux sociaux vont aimer Waverly », assure Philippe Beaudoin.

En fait, quiconque est déçu de la façon dont les réseaux sociaux partagent toute sorte d’information, qu’elle soit vraie ou fausse, va aimer Waverly. L’utilisateur peut y créer des listes de lectures selon ses intérêts, mais c’est l’IA qui décide où vont les articles qu’il veut incorporer à l’application. C’est tout simple, mais cela permet d’isoler les propagateurs de contenus indésirables, entre autres.

On ne peut pas dire que Facebook ou Twitter ont du succès à ce chapitre, encore aujourd’hui. Et cela crée une occasion en or pour des applications comme Waverly.

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