Anticipations désancrées

Les banques centrales craignent un désancrage des attentes inflationnistes à moyen-long terme susceptible d’alimenter une spirale salaire-prix. Une statistique a semé l’inquiétude vendredi.

La Bourse de New York a terminé une séance volatile en forte baisse vendredi. Le Nasdaq s’est replié de 3,1 %, et l’indice de référence S&P 500, de 2,4 %. Les boursicoteurs en avaient notamment pour les données de l’enquête de l’Université du Michigan sur la confiance des consommateurs. Derrière une hausse de l’indice général à 59,8 points, contre 58,6 en septembre, se cachaient des consommateurs anticipant une inflation à 5,1 % sur un horizon d’un an, contre 4,6 % en septembre. D’ici 5 à 10 ans, ils s’attendent à une inflation de 2,9 %, contre 2,7 % dans l’indice de septembre. « LA chose que la banque centrale américaine ne veut pas voir, c’est la montée des anticipations d’inflation », a indiqué Quincy Krosby, de LPL Financial, selon un texte de l’Agence France-Presse.

De ce côté-ci de la frontière, la Banque du Canada doit publier lundi ses enquêtes sur la perspective des entreprises et sur les attentes des consommateurs. On peut imaginer qu’elles vont recevoir une lecture très attentive.

On connaît bien le contexte dans lequel ces attentes se forment. De récentes données de Statistique Canada parlent d’elles-mêmes. L’inflation telle que mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) a eu beau se replier en août pour un deuxième mois de suite, d’une année à l’autre, elle demeurait obstinément élevée, à 7 %. Pire, la progression des prix des transports (+10,3 %) et du logement (+6,6 %), quoiqu’en décélération en août, demeurait plutôt tendue, alors que l’augmentation soutenue des prix des aliments achetés en magasin, à 10,8 %, se voulait la plus forte depuis celle de 11,9 % enregistrée en août… 1981.

Puis, dans l’Enquête sur la population active de septembre, l’agence signalait que la croissance sur 12 mois des salaires horaires moyens des employés avait dépassé 5 % pour un quatrième mois d’affilée, avec une hausse de 5,2 %. Pour ajouter qu’à titre de comparaison, la croissance sur 12 mois de l’IPC a été supérieure ou égale à 7 % de mai à août.

On peut comprendre que le moral soit bas ou absent. De sondage en sondage… Celui de la firme de notation TransUnion réalisé auprès de 1058 Canadiens indique que l’inflation est le principal objet de préoccupation pour 69 % des ménages, et 55 % affirment que leur revenu ne suit pas l’inflation. Et pas d’embellie à l’horizon, 57 % des ménages prévoyant que leur revenu restera le même au cours des 12 prochains mois, alors que 13 % entrevoient une diminution.

Inquiétude chez les boomers

 

Ils sont presque aussi nombreux à déplorer une érosion de leurs finances personnelles, ce qui traduit l’incidence de la hausse des taux d’intérêt et du coût de la vie sur leur revenu disponible et leur pouvoir d’achat. Plus pessimistes, 29 % des répondants prévoient connaître une détérioration de leur santé financière au cours des 12 prochains mois. Une inquiétude plus grande est détectée chez les baby-boomers, ce qui vient refléter le poids de l’inflation sur leur retraite en cours ou projetée.

En réaction, 68 % des répondants disent réduire leurs dépenses. Les moins vulnérables affirment tout de même augmenter leur épargne afin de constituer un fonds d’urgence (32 % des répondants) ou réduire leur dette (31 %). À l’opposé, le quart craint de ne pas être en mesure de payer au complet au moins une facture et leur versement hypothécaire. L’option du paiement partiel de comptes actuels ressort pour plus du tiers des répondants et pour près de la moitié des boomers.

Évidemment, le gros de l’impact de la hausse du coût de la vie se répercute sur les dépenses discrétionnaires, plus de la moitié des répondants disant devoir limiter les repas à l’extérieur, les voyages et les divertissements. Là aussi, les baby-boomers se démarquent par rapport aux autres générations, puisque 60 % d’entre eux déclarent procéder à des coupes dans ce poste budgétaire.

Génération Z

 

La génération Z, celle qui a connu un environnement d’inflation relativement ancrée autour de la cible de 2 % de la Banque du Canada et un loyer de l’argent plutôt faible, ressort dans les autres réponses. En proportion, ses membres sont plus nombreux à évoquer l’annulation d’abonnement ou l’annulation ou la réduction de services en ligne, à mentionner recourir à l’emprunt auprès d’amis ou de membres de la famille, ou encore à accroître l’usage du crédit en utilisant la carte de crédit actuelle ou en contractant un prêt personnel.

Pour sa part, la cohorte composant la génération X est plus nombreuse en pourcentage à indiquer devoir réduire l’épargne pour la retraite.

Globalement, face aux changements attendus des dépenses des ménages au cours des trois prochains mois, 50 % des répondants pointent une réduction des dépenses discrétionnaires, 27 % entrevoient une augmentation du poids de leurs factures et prêts, et 21 % s’attendent à réduire l’argent qu’ils placeront dans leur compte retraite.

À voir en vidéo