La tentation du déni

Faire l’autopsie d’une défaite en ayant le courage de regarder les choses en face n’est jamais un exercice facile pour un parti politique. La tentation est grande de se réfugier dans le déni ou de chercher un bouc émissaire.

Pour trois des quatre partis d’opposition à l’Assemblée nationale, il y avait une explication toute trouvée. Le dysfonctionnement du mode de scrutin a privé Québec solidaire, le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec d’une représentation équitable.

Les résultats de l’élection du 3 octobre ont démontré une fois de plus l’urgence d’une réforme, devenue d’autant plus nécessaire que l’arrivée d’un cinquième parti a encore accentué les effets négatifs du mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Même si un nouveau sondage Léger indique qu’une majorité de Québécois est favorable à une réforme, il est clair que le premier ministre Legault persistera à renier l’engagement qu’il avait pris en 2018.

Certes, la pression doit être maintenue, mais les partis doivent se préparer à l’élection de 2026 en tenant pour acquis que les règles actuelles seront toujours en vigueur. Ils ne peuvent espérer un meilleur sort qu’en améliorant ce qu’ils sont en mesure de contrôler.

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Au-delà des vicissitudes du mode de scrutin, QS et le PQ ont obtenu de moins bons résultats qu’en 2018, aussi bien en pourcentage qu’en nombre absolu de voix. Soit, le PCQ a pris une bonne part de la tarte, mais quand on demandait aux électeurs de QS ou du PQ quel était leur deuxième choix, le PCQ arrivait bon dernier.

Donné pratiquement pour mort au début de la campagne, le PQ s’est réveillé au lendemain de l’élection presque étonné d’être toujours là. Cela n’est pas de nature à favoriser l’introspection, mais la foi ne suffit pas toujours à assurer la survie d’un parti politique.

Sans le retrait en catastrophe de la candidate de QS dans Camille-Laurin, la campagne remarquable menée par Paul St-Pierre Plamondon serait restée une note en bas de page. Son refus de prêter serment au nouveau roi est sans doute le fidèle reflet de ses convictions souverainistes, mais elle traduit aussi sa volonté d’utiliser tous les moyens possibles pour maintenir les projecteurs sur son parti.

La surprise de son élection et l’activisme qu’il manifeste ne doivent cependant pas occulter la réalité : recentrer le discours du PQ sur l’indépendance et le combat pour la survie du français n’a pas eu pour effet de ramener au bercail les souverainistes qui étaient passés à la CAQ en 2018. Leur nombre a peut-être même grossi.

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Les co-porte-parole solidaires ont eu du mal à ne pas succomber à la tentation du déni. Manon Massé s’est dite « tellement fière » que QS ait « résisté à la vague » caquiste, tandis que Gabriel Nadeau-Dubois s’est réjoui du fait qu’il ait été le seul parti d’opposition à voir sa députation augmenter, admettant tout de même que les gains n’étaient pas « idéaux ».

Le député de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, a heureusement remis les pendules à l’heure, reconnaissant d’emblée avoir été « très déçu » des résultats. Sans dire ouvertement que le programme de QS avait pu effrayer les électeurs, il a déclaré que les hausses d’impôt proposées auraient pu être « mieux expliquées ».

« Sur le fond, c’est une question de valeurs pour QS, et ça ne changera pas. Sur la manière dont on va vouloir régler ce problème-là, on a quatre ans pour bâtir notre prochaine plateforme électorale », a commenté M. Nadeau-Dubois.

Tout le défi de QS est là. Comment demeurer ferme sur les principes tout en étant souple et rassurant sur les modalités ? Bref, comment concilier les exigences de la base militante et les désirs de l’électorat ? Cette question a été au centre des débats au sein du PQ pendant des décennies et l’a mené plus d’une fois au bord de l’éclatement.

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Au Parti libéral du Québec, les couteaux sont sortis encore plus vite qu’on ne l’aurait cru. La série d’entrevues réalisées par une collègue de La Presse canadienne avec d’ex-députés et ministres libéraux, candidats défaits et militants de longue date annonce le pire pour Dominique Anglade. On ne pardonne pas la défaite au PLQ, mais d’anciens chefs vaincus, Claude Ryan ou Daniel Johnson, n’avaient pas vu leur leadership être remis en question avec une telle célérité.

Il est sans doute vrai que Mme Anglade « ne pogne pas » auprès des électeurs francophones, et même auprès des membres du PLQ, comme l’a déclaré une ex-députée et comme le pensaient aussi ceux qui avaient tenté de lui opposer Alexandre Cusson lors de la course à la chefferie. Mais qui pourrait sérieusement prétendre que Philippe Couillard « pognait » ? Sans le poing levé de Pierre Karl Péladeau, en 2014, son règne aurait peut-être été encore plus court que celui de la cheffe actuelle.

Le déni et la recherche d’un bouc émissaire vont souvent de pair. Mme Anglade n’est sans doute pas la femme de la situation, mais la démobilisation et la vacuité intellectuelle du PLQ sont bien antérieures à son arrivée, et elles pourraient bien lui survivre.

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