Le nécessaire étau monétaire

Petite discordance entre l’ONU et le Fonds monétaire international (FMI). La première exhorte les banques centrales à desserrer l’étau monétaire contrairement au second, qui estime qu’à l’heure actuelle, la menace inflationniste est plus sérieuse et dommageable dans la durée qu’une récession. Le FMI a, en toute probabilité, raison.

Au début du mois, l’agence de l’ONU chargée du commerce et du développement a exhorté les banques centrales à rapidement desserrer l’étau monétaire afin d’éviter une récession mondiale. Pour la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), les politiques monétaire et budgétaire prises par les économies avancées poussent le monde vers une récession mondiale et une stagnation prolongée, « infligeant des dommages pires que ceux de la crise financière de 2008 et du choc de la COVID-19 en 2020 », lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse (AFP).

L’organisation estime que le rythme de l’inflation commence à afficher des signes de ralentissement dans les économies avancées et se dit en faveur d’interventions gouvernementales ciblant directement les flambées de prix dans les secteurs de l’énergie, de l’alimentation et d’autres domaines vitaux. Tout en préconisant une approche empruntant à des contrôles des prix, à des taxes, à des mesures antitrust et à une réglementation plus stricte de la spéculation sur les produits de base.

Trois jours plus tard, dans une entrevue à l’AFP, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, invitait les banques centrales à « maintenir le cap », voire à en « faire plus ». Pour l’heure, « le risque est qu’elles n’en fassent pas assez, pas qu’elles en fassent trop » face à l’inflation, qui « reste têtue et persistante », a-t-elle ajouté, comparant la hausse des prix « à une taxe versée par les plus pauvres ».

Mardi, dans sa présentation des prévisions mondiales de l’institution, l’économiste en chef du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, s’est fait insistant : « l’intensification des pressions sur les prix demeure la menace la plus immédiate qui pèse sur la prospérité actuelle et future, car elle comprime les revenus réels et fragilise la stabilité macroéconomique », a fait ressortir le collègue Éric Desrosiers.

Si elles n’en font pas assez, les banques risquent de perdre toute crédibilité aux yeux des ménages et des entreprises et de ne plus être capables de ramener l’inflation à leurs cibles. À l’opposé, trop en faire entraînerait l’économie mondiale « dans une récession inutilement sévère ». Ces deux formes d’erreurs « n’ont cependant pas un coût égal », puisqu’une perte de crédibilité des banques centrales « se révélerait encore plus préjudiciable à la stabilité macroéconomique ».

Dans un discours présenté le 6 octobre, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, rappelait l’importance d’éviter un désancrage de la cible de 2 % des attentes à moyen et long termes susceptible d’alimenter une spirale salaire-prix. L’inflation est encore trop forte et les attentes sont à la hausse, prévenait-il. Plus cette situation dure, plus il devient probable que la population base ses plans à long terme sur les taux d’inflation actuels. « Cela peut devenir en soi une source de pression inflationniste. Lorsque ce genre d’attentes d’inflation s’enracinent, nous devons relever encore plus les taux d’intérêt pour restaurer la stabilité des prix, ce qui affaiblit l’économie. » Le coût économique pour restaurer la stabilité des prix s’en trouverait accru de beaucoup.

Politiques budgétaires cohérentes

 

Cela dit, cette nécessaire austérité monétaire doit être accompagnée de politiques budgétaires cohérentes et d’interventions ponctuelles et ciblées ne venant pas contrecarrer les efforts des banques centrales. Sur ce point, le Canada devrait se sentir particulièrement interpellé lui qui, en matière de finances publiques, devrait retrouver la place enviable qu’il occupait au sein du G7 avant la pandémie. Selon les données tirées par les économistes de la Banque Nationale des Perspectives de l’économie mondiale du FMI, le Canada devrait en 2023 afficher le plus faible déficit budgétaire en proportion du PIB du G7 et le plus bas ratio dette nette/PIB. L’amélioration est appelée à se poursuivre — et l’écart avec le G7 appelé à se creuser — sur un horizon de cinq ans, malgré le ralentissement économique attendu.

Surtout, et le FMI d’insister : « face à des chocs durables sur l’offre et à une inflation généralisée, les tentatives de limiter les hausses de prix par une réglementation des prix, des subventions ou des réductions d’impôts seront coûteuses pour le budget et en définitive, inefficaces. Les autorités devraient laisser les prix s’adapter et fournir temporairement des transferts monétaires ciblés aux [agents économiques] les plus vulnérables. » Ce que l’histoire économique enseigne.

« Un rééquilibrage budgétaire envoie un signal fort en montrant que les décideurs sont sur la même longueur d’onde dans leur lutte contre l’inflation, ce qui permet de réduire l’ampleur des hausses des taux directeurs nécessaires pour que les anticipations inflationnistes restent ancrées, et de maintenir le coût du service de la dette à un niveau inférieur à ce qu’il aurait été autrement. »

Un piège doit être évité. « Compter sur des variations inattendues et répétées de l’inflation pour réduire la dette publique n’est pas une stratégie viable et créerait des pressions sur les dépenses […] Il est nécessaire de réduire les déficits pour contribuer à s’attaquer à l’inflation et aux vulnérabilités liées à la dette. »

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