En effet, ça continue…

On n’acceptera pas de se faire dire non », a déclaré la ci-devant ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, alors que Justin Trudeau a répété pour la énième fois que le Québec ne se verrait pas accorder de pouvoirs additionnels en immigration.

M. Justin a eu beau pousser la provocation jusqu’à proposer d’aider le Québec à accueillir encore plus d’immigrants, Mme LeBel a avalé la couleuvre sans grimacer comme elle l’a fait durant tout le premier mandat. « On pourra poursuivre les discussions », a-t-elle dit. Il est bien connu que le pire sourd est celui qui ne veut pas entendre.

Il peut quand même devenir un peu gênant de faire rire de soi continuellement. Il valait mieux faire disparaître les traces de cette déconfiture. Ainsi, en juin dernier, on avait découvert que Mme LeBel avait supprimé tous les textos qu’elle avait échangés depuis quatre ans avec son vis-à-vis fédéral, Dominic LeBlanc.

À l’Assemblée nationale, elle avait dû reconnaître qu’il n’était « pas approprié » de faire disparaître cette correspondance, tout en jurant qu’elle ne l’avait pas fait pour qu’on ne la trouve pas. Il faut bien faire un peu de ménage de temps à autre, n’est-ce pas ?

La mémoire de Mme LeBel lui causait aussi certains problèmes. Lors de l’étude des crédits de son ministère, deux mois plus tôt, elle n’arrivait pas à se souvenir si elle avait écrit ou non une lettre officielle à son homologue pour faire part des demandes du Québec.

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Si cela peut la consoler, le premier ministre Legault semblait tout aussi ignorant de l’état du dossier quand il a rencontré l’équipe éditoriale du Devoir une semaine avant la fin de la campagne électorale. On lui a demandé si son gouvernement avait finalement envoyé à Ottawa le préavis de six mois qui était prévu pour demander une réouverture de l’entente sur l’immigration signée en 1991. Il a dit ignorer si le ministre responsable, Jean Boulet, avait fait la démarche.

Si l’obtention de nouveaux pouvoirs est aussi vitale pour l’avenir de la nation québécoise que le dit M. Legault, cette procrastination est pour le moins étonnante.

C’est à se demander s’il tient réellement à entreprendre des négociations formelles. L’article 33 de l’entente de 1991 prévoit qu’à défaut d’un accord sur les modifications à y apporter, elle demeure en vigueur. Il n’y a pas de clause de résiliation.

M. Legault semble miser sur ses homologues des autres provinces pour faire pression sur Ottawa, mais M. Trudeau a bien pris soin de souligner qu’aucune d’entre elles n’a actuellement les pouvoirs dont le Québec dispose déjà. Elles s’en contenteraient volontiers.

La question qui se pose depuis le début demeure entière. Que va faire M. Legault s’il continue à frapper un mur ? Un référendum ? Il y a un an, 61,7 % des Albertains ont réclamé que le principe de la péréquation soit retiré de la Constitution canadienne. Cela n’a pas semblé émouvoir beaucoup M. Trudeau.

Maintenant qu’il s’est proclamé nouveau champion de la lutte contre l’indépendance, les options de M. Legault sont passablement limitées. On n’a jamais su ce que Robert Bourassa aurait fait en réaction au rejet de l’entente de Charlottetown si sa santé lui avait permis de poursuivre sa carrière politique. Après avoir gagné du temps, M. Legault choisira peut-être de prendre sa retraite avant d’avoir à se brancher.

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La composition du nouveau conseil des ministres sera révélatrice de son état d’esprit. On sait déjà que Jean Boulet s’est disqualifié à ses yeux pour continuer à l’Immigration. Qu’en sera-t-il des Relations canadiennes ?

Sonia LeBel est incontestablement une femme compétente, qui s’est très bien acquittée de ses fonctions à la Justice, à la Condition féminine et au Conseil du trésor. Soit, elle a aussi présidé à l’enterrement de la réforme du mode de scrutin qui avait été promise, mais elle semblait pleine de bonne volonté jusqu’à ce que son patron lui fasse comprendre qu’il fallait seulement faire semblant.

Elle pourrait assurément connaître beaucoup de succès dans de nombreux ministères, mais son maintien aux Relations canadiennes est pratiquement impensable si M. Legault veut donner au moins l’impression qu’il est sérieux dans ses revendications autonomistes.

S’il s’agit de tenir tête à Ottawa, le nom de Simon Jolin-Barrette vient immédiatement à l’esprit. Même si le premier ministre a clairement indiqué que l’appartenance à la fédération canadienne n’est pas négociable, la pugnacité de M. Jolin-Barrette serait sans doute mieux employée sur le front des relations fédérales-provinces qu’à l’Assemblée nationale, où un leader parlementaire moins abrasif incarnerait mieux la main tendue aux partis d’opposition.

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