Dire que ça va continuer!

François Legault a tout fait au cours de la campagne pour décourager les Québécois de l’appuyer, mais il n’y avait rien à faire. En 2018, pour se débarrasser des libéraux, ils ont choisi le parti qui leur ressemblait le plus et ils en sont manifestement satisfaits.

Bien sûr, la CAQ profite du fractionnement de l’opposition, dont le mode de scrutin actuel amplifie les effets. Cette nouvelle démonstration du dysfonctionnement du système est éloquente, mais l’ampleur du balayage caquiste ne laisse aucun doute sur le souhait des électeurs : continuons !

Le gouvernement Legault bénéficiait au départ d’un taux de satisfaction de près de 60 %, mais force est aussi de constater que chacun des autres partis était porteur d’un projet qui rebutait la majorité des électeurs. Ils ne voulaient ni « casser les systèmes », ni d’un référendum sur l’indépendance, ni d’un démantèlement de l’État-providence.

La récolte abondante de la CAQ en région, alors qu’elle est réduite à un seul siège sur l’île de Montréal, vient encore creuser le fossé entre la métropole et le reste du Québec. Les propos négatifs de M. Legault et de Jean Boulet sur l’immigration y auront malheureusement contribué. Continuer dans cette voie était pourtant la dernière chose à faire.

QS a reçu une véritable douche froide. La bonne campagne de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas donné de meilleurs résultats que celle de Manon Massé il y a quatre ans. Malgré ses efforts pour se montrer rassurant, QS se heurte toujours à un plafond de verre. La question est de savoir dans quelle mesure il pourra poursuivre le recentrage sans que la base se rebelle.

Dès le départ, le statut d’opposition officielle semblait hors de portée, mais QS pouvait espérer accentuer sa présence en région. La victoire dans Maurice-Richard ne consolera pas de la perte de Rouyn-Noranda, où la défaite d’Émilise Lessard-Therrien, qui a été longtemps la seule à dénoncer les émissions d’arsenic, est un véritable crève-coeur. Le revers de Mélissa Généreux dans Saint-François constitue une autre déception.

À la suite du retrait forcé de leur candidate, une bonne partie des électeurs de QS dans Camille-Laurin se sont ralliés au PQ pour permettre à Paul St-Pierre Plamondon de faire son entrée à l’Assemblée nationale. Qui sait, cela marquera peut-être le début d’une réconciliation dans la famille souverainiste.

Malgré la remarquable campagne de son chef, le PQ n’aura fait élire que trois députés, qui devront se contenter de siéger comme indépendants. Même par rapport au résultat désastreux de 2018, le recul est cuisant.

Dominique Anglade demeurera cheffe de l’opposition officielle. Le PLQ a sauvé les meubles, mais il est maintenant si peu représentatif de la majorité francophone que son statut à l’Assemblée nationale semblera presque aussi loufoque que celle du Bloc québécois quand il avait formé la loyale opposition de Sa Majesté à la Chambre des communes.

Conformément à la constitution du parti, Mme Anglade devra se soumettre à un vote de confiance au prochain congrès. Elle a clairement indiqué qu’elle souhaitait demeurer en poste, et l’avenir semble si incertain pour le PLQ qu’on ne se bousculera peut-être pas pour la remplacer dans l’immédiat. Elle aurait intérêt à régler la question de son leadership le plus rapidement possible.

Éric Duhaime, lui, a dit qu’il en avait pour 10 ans en politique, mais les quatre prochaines ne seront pas faciles. La fenêtre pourrait bien se refermer pour le PCQ d’ici la prochaine élection.

Il avait dit qu’il valait mieux que la colère de ses partisans trouve un exutoire à l’Assemblée nationale, mais elle devra maintenant s’exprimer ailleurs. Ce n’est une bonne nouvelle pour personne.

À voir en vidéo