Des régimes moins malmenés

Les régimes de retraite ont été moins malmenés au troisième trimestre. Les rendements moyens ont été en définitive nuls. Il faut s’en réjouir.

Les entreprises de services professionnels Mercer Canada et Aon ont publié tour à tour leur indice sur la santé financière des régimes de retraite. Pour la première, un portefeuille de fonds équilibré type aurait produit un rendement positif de 0,2 % au troisième trimestre. Pour la deuxième, les actifs des régimes de retraite ont perdu 0,1 % au cours du même trimestre. Il faut y voir une accalmie, après la perte moyenne de 8,6 % observée au deuxième trimestre par RBC Services aux investisseurs et de trésorerie. Ce qui portait le rendement annuel cumulatif à -14,7 % dans l’univers des régimes de retraite de l’institution, sous l’action d’une correction touchant à la fois les marchés boursiers et obligataires.

Pour les régimes à prestations déterminées (PD), si l’augmentation des taux obligataires a fortement érodé l’actif cette année, cet effet a été plus qu’atténué par la hausse des taux d’intérêt utilisés pour l’évaluation des engagements au passif. Cette mathématique liée au taux d’actualisation a permis d’améliorer sensiblement l’état de santé de ce type de régimes. L’indice Mercer sur la santé financière des régimes de retraite, qui mesure le degré de solvabilité médian des régimes de retraite à PD qui figurent dans sa base de données, s’est établi à 108 % au 30 septembre dernier, contre 109 % au 30 juin, après avoir oscillé autour de 100 % l’an dernier.

Mercer explique que, contrairement aux deux premiers trimestres, la situation financière de la plupart des régimes de retraite à PD ne s’est pas améliorée au troisième, nombre d’entre eux ayant eu à composer avec à la fois des rendements négatifs et une baisse du taux des obligations à long terme entre le début et la fin du trimestre. Aon ajoute que le rendement des obligations à long terme du gouvernement du Canada en fin de trimestre a perdu 5 points de base par rapport au taux de fin du trimestre précédent, tandis que les écarts de crédit se sont resserrés de 16 points de base. « Cette combinaison a entraîné une diminution des taux d’intérêt utilisés pour [l’évaluation des] engagements du régime de retraite, [qui sont passés] de 4,83 % à 4,62 %. »

À la fin du troisième trimestre, 72 % des régimes constituant la base de données de Mercer présentaient un excédent d’actif selon l’approche de solvabilité ; 17 % montraient un degré de solvabilité entre 90 % et 100 % ; 5 %, un degré entre 80 % et 90 % ; et 6 %, un degré inférieur à 80 %. Pour Aon, l’outil de suivi des risques liés aux régimes de retraite calcule l’état global de capitalisation sur une base comptable pour les sociétés de l’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto qui offrent des régimes à PD. Cet indice est passé de 100,5 % à 97,2 % au cours des trois derniers mois. Il était à 96,9 % au début de 2022, précise la firme.

Effet de récurrence

 

Au-delà de cette mathématique financière, Mercer n’est pas sans prévenir qu’en raison du dérapage inflationniste, « les promoteurs de régimes à PD à rente indexée subiront des hausses de coûts à cet égard, tandis que les promoteurs de régimes à PD à rente non indexée pourraient subir la pression exercée par les groupes de retraités qui souhaitent obtenir un ajustement ponctuel en fonction du coût de la vie ». Sans compter qu’une augmentation des prestations sur une base discrétionnaire ne serait pas sans créer des tensions entre les intervenants et les participants au régime.

Cette pression sur les régimes sera d’autant plus forte que l’érosion du pouvoir d’achat est prononcée. Dans un échange de courriels, Jean-Pierre Aubry, économiste indépendant, a braqué, à juste titre, les projecteurs sur cette croyance selon laquelle une fois le choc passé et le retour de l’inflation à la cible, on reviendrait à la situation qui prévalait avant la poussée de fièvre inflationniste. Ce serait vrai pour le taux d’inflation, mais pas nécessairement pour le niveau des prix, souhaite-t-il rappeler. C’est effectivement sans compter l’effet de récurrence. Cet écart représente une perte du pouvoir d’achat pour ceux dont les revenus ne se sont pas accrus au rythme de la hausse du coût de la vie.

Des rendements en berne

 

Pendant ce temps sur les marchés, selon les statistiques retenues par Mercer, l’indice S&P/TSX de Bay Street a affiché un recul de 1,4 % au cours du troisième trimestre, alors que les obligations canadiennes ont totalisé un rendement positif de 0,5 % pour l’indice universel et de 1,5 % pour les obligations à long terme. Pour les neuf premiers mois, le repli de l’indice boursier de référence a été haussé à 11,1 %, et celui des obligations a été ramené à 12 % pour l’indice universel et à 21 % pour les obligations à long terme. Illustration de l’impact de la hausse des taux d’intérêt, le rendement à l’échéance de l’indice universel est passé de 1,9 % au 31 décembre à 4,1 % à la fin de septembre, et de 2,5 % à 4,2 % pour les échéances de long terme.

En Bourse, après neuf mois, seules les composantes Énergie (+19,6 %) et Biens de consommation de base (+1,5 %) affichaient un rendement positif. Les plus lourdes pertes sont venues des secteurs Technologie de l’information (-57,4 %), Santé (-56,9 %) et Immobilier (-26,7 %).

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