La mauvaise conscience de François Legault

Paul St-Pierre Plamondon a sans doute trouvé la meilleure explication aux multiples dérapages qu’a connus François Legault sur la question de l’immigration durant la campagne qui s’achève : « À défaut d’avoir des solutions durables pour le français, on y va avec des superlatifs. C’est au détriment du climat social. »

C’est comme si M. Legault cherchait à démontrer sa volonté d’agir, tout en se donnant bonne conscience, en évoquant la « louisianisation » et le suicide de la nation, sans toutefois avoir le courage de prendre les moyens nécessaires pour les prévenir.

En son for intérieur, il doit très bien savoir que même si Ottawa consentait à accorder au Québec les pouvoirs accrus qu’il réclame, faire partie d’un pays fondamentalement anglophone dont le bilinguisme de façade ne peut tromper que ceux qui veulent l’être mènera tôt ou tard à l’anglicisation.

De toute manière, après l’avoir entendu déblatérer sur les immigrants pendant un mois — sans parler des inepties proférées par Jean Boulet —, même Pierre Poilievre ne peut que se demander si lui donner satisfaction est vraiment une bonne idée.

Même pour un Québec souverain, îlot francophone dans une mer anglo-saxonne, contrer la force d’attraction de l’anglais demeurerait un formidable défi, mais ses chances d’y parvenir seraient nettement meilleures. M. Legault peut difficilement le nier. C’est sans doute pourquoi il préfère limiter le débat aux avantages de la péréquation.

Il est difficile de savoir dans quelle mesure il a réussi à se convaincre qu’il a mieux servi le Québec en tournant le dos à l’indépendance, mais il aurait sûrement aimé se débarrasser du PQ, dont la simple présence ne peut que lui rappeler, comme à d’autres, qu’il a sacrifié son idéal à son ambition. Il devra malheureusement continuer à vivre avec sa mauvaise conscience.

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Il est vrai que son discours alarmiste sur l’immigration reflète l’inquiétude de nombreux Québécois qui craignent pour leur identité. L’alimenter ne peut cependant pas être une solution.

Rien n’obligeait M. Legault à emprunter cette voie. Cela l’avait desservi durant la campagne de 2018. Adopter un ton plus mesuré ne lui aurait pas fait perdre de votes là où la CAQ est déjà implantée et aurait augmenté ses chances d’expansion sur l’île de Montréal.

Le PQ propose des seuils d’immigration nettement plus bas que ceux de la CAQ, et Paul St-Pierre Plamondon n’a pas senti pour autant le besoin de casser du sucre sur le dos des immigrants. « Moi, je pense qu’il faut en parler dans la recherche d’un modèle durable où tout le monde se sent bien et tout le monde s’intègre. Une relation gagnante pour tout le monde », a-t-il expliqué. Il en est sorti grandi.

Plutôt que de jeter de l’huile sur le feu, le chef de la CAQ aurait très bien pu prendre de la hauteur. Au printemps dernier, il avait laissé entrevoir, sans en préciser la forme, une vaste réflexion collective sur l’immigration qui se tiendrait dans un climat plus serein que celui d’une campagne électorale.

Bien entendu, il faudrait qu’un tel exercice débouche sur un quelconque résultat. Dans l’état actuel des choses, développer un « modèle durable » est loin d’être évident. M. Legault n’exclut toujours pas la tenue d’un référendum sur la réclamation de nouveaux pouvoirs, mais cela suppose qu’il ait une idée de ce qu’il entend faire si la réponse d’Ottawa demeure négative.

Il a lui-même ruiné son rapport de force en contestant au PLQ son titre de champion de la lutte contre l’indépendance. Pourtant, à l’entendre pester contre les immigrants, on dirait qu’il les tient responsables de son impuissance.

Si Paul St-Pierre Plamondon réussit à faire son entrée à l’Assemblée nationale, il se fera aussi un devoir de lui rappeler quotidiennement que la loi 96 est bien insuffisante pour empêcher le déclin du français.

Il devient de plus en plus difficile de discuter rationnellement avec M. Legault, qui s’impatiente et qui fait un procès d’intention à tous ceux qui n’approuvent pas ses politiques. Selon lui, les professeurs de cégep qui réclament l’extension des dispositions de la loi 101 au niveau collégial cherchent moins à protéger le français qu’à accueillir plus d’étudiants.

On peut le comprendre d’avoir choisi Gabriel Nadeau-Dubois comme principal interlocuteur. Dans le discours de Québec solidaire, l’indépendance demeure une sorte d’abstraction, et son co-porte-parole reconnaît lui-même son peu d’intérêt pour les querelles avec le fédéral. Et surtout, en permettant au premier ministre de se présenter comme un rempart contre le wokisme, il lui redonne bonne conscience.

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