Une histoire de récession

Le mot récession est sur toutes les lèvres et les analystes sont peu nombreux à ne pas la voir sur leur radar prévisionnel. Si elle se confirme, restera à connaître son ampleur et sa durée. Qu’enseigne l’histoire ?

Selon les données du Conseil des cycles économiques de l’Institut C.D. Howe, le Canada a connu 12 récessions depuis 1929 si on exclut 2015. Le Canada était alors entré officiellement en récession, selon la définition classique, au deuxième trimestre, pour la première fois depuis la crise financière. Le PIB s’est contracté pour un deuxième trimestre consécutif sous l’effet de la chute des cours du pétrole. Vu la dimension régionale de cette récession, C.D. Howe ne la reconnaît pas officiellement.

Une douzaine de récessions, donc, depuis la Grande Dépression, dont la durée varie entre 3 et 9 trimestres si l’on fait abstraction de la période exceptionnelle des années 1930. Si l’on oublie également celle de 2020, qui s’est concentrée en définitive sur deux mois (mars-avril) sous le choc de la pandémie et de la mise sur pause de pans entiers de l’économie. Elle aura été la plus courte mais la plus sévère depuis 1929, avec un plongeon du PIB de 13 %.

Ces données démontrent que les récessions se succédaient à un rythme effréné au cours des années 1950 pour ensuite s’espacer et nous amener à la Grande Récession de 2008-2009, soit la dernière période de contraction de l’activité économique digne de ce nom. Attisée par la crise financière, elle a frappé durement les États-Unis. Avec 8,5 millions d’emplois perdus, les États-Unis ont comptabilisé un taux de pertes d’emploi de 6 %, de loin supérieur à celui mesuré au cours des sévères récessions de 1981-1982 et de 1974-1975, même si la chute du PIB américain a été similaire entre ces périodes de comparaison, avait alors souligné Statistique Canada.

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Selon les données du Conseil des cycles économiques de l’Institut C.D. Howe, c’est le nombre de récessions qu’a connues le Canada depuis 1929, si on exclut 2015. Le pays était alors entré officiellement en récession, selon la définition classique, au deuxième trimestre, pour la première fois depuis la crise financière.

La contraction de l’activité économique vécue ici a été moins longue et de moindre ampleur, tant par rapport aux autres pays du G7 qu’en comparaison des deux récessions précédentes. Elle s’est étirée de l’automne 2008 à l’été 2009, forçant un repli du PIB de 3,3 % comme mesuré par l’agence fédérale, qui l’a comparé à celui de quelque 5 % en six trimestres calculé en 1981-1982 et à celui de 3,4 % en quatre trimestres en 1990-1992. Toujours selon les chiffres avancés alors, l’emploi avait diminué de 5 % en 1981-1982, et de 3,2 % lors de la récession du début des années 1990, contre 1,8 % en 2008-2009, avec un peu plus de 400 000 emplois perdus.

Récession modérée

 

La prochaine, prévue pour s’amorcer à l’automne, selon la majorité des scénarios, pour couvrir le premier semestre de 2023, devrait retrancher 1,8 % au PIB du sommet au creux, selon la cible d’Oxford Economics. En comparaison, lors des récessions des 50 dernières années, la contraction moyenne a été de 2,5 % et la durée, de trois trimestres. Le resserrement monétaire particulièrement sévère de la Banque du Canada, qui s’articule autour d’une remontée plutôt rapide du taux directeur, se répercute durement sur le marché immobilier résidentiel et sur le service de la dette des ménages. Ces ménages doivent également composer avec une érosion de leur pouvoir d’achat et une chute de leur revenu réel sous l’impulsion d’une inflation évoluant encore en mode dérapage. D’ailleurs, la firme d’analyses révise son scénario de correction immobilière, pour entrevoir désormais à l’échelle canadienne une chute moyenne des prix de 30 % du sommet au creux d’ici la mi-2023.

S’ajoute à l’équation la récession également prévue pour les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro, qui ne pourra que peser sur le commerce extérieur du Canada.

Moins coûteuse en emplois

 

Au chapitre des pertes d’emploi, Oxford Economics avance le chiffre de 200 000 entre le deuxième trimestre de 2022 et le troisième de 2023. Il faut retenir que l’économie canadienne a retranché 114 000 emplois depuis mai. Cette récession prévisible s’inscrit dans un contexte de marché du travail encore tendu. Statistique Canada indiquait jeudi que les employeurs au Canada cherchaient activement à pourvoir 964 000 postes vacants en juillet, ce qui se voulait une baisse de 56 400 postes par rapport à juin, mais une hausse de 134 300 comparativement au même mois en 2021.

La hausse du taux directeur atteint les 300 points de base cette année, et au moins 50 points additionnels devraient s’y greffer en octobre. Une pause pourrait suivre, laissant à la banque centrale le soin de mesurer pleinement les effets de son resserrement, mais l’inflation devrait demeurer élevée l’an prochain, pour tendre ensuite vers la cible du 2 %, repoussant ainsi le mouvement de repli du loyer de l’argent.

Un scénario qu’a également présenté mardi Jimmy Jean, vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins. Les hausses de taux d’intérêt tirent à leur fin, mais les Canadiens et les Québécois devront attendre encore au moins un an avant de les voir redescendre et se préparer, d’ici là, à faire face à une « légère » récession, lit-on dans un texte de La Presse canadienne.

 

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