Les mots qui sonnent

La campagne électorale qui s’achève n’entrera pas dans l’histoire comme étant celle qui nous aura tenus le plus en haleine. Peu de Québécois pourront se souvenir d’une course ayant manqué autant de suspense quant au résultat final.

La soirée de lundi nous réservera néanmoins quelques surprises. Si on peut s’attendre à ce que la Coalition avenir Québec obtienne le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale, et que le gagnant dans Beauce-Sud s’appelle Poulin, la démocratie finira par envoyer des messages inattendus à la classe politique québécoise. Il en est toujours ainsi.

Pour la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, la soirée de lundi s’annonce pénible. En cinquième place dans les sondages chez les électeurs francophones, le PLQ risque de se retrouver sans siège à l’extérieur de la région montréalaise. Même les anciens fiefs libéraux en Outaouais et en Estrie sont menacés. Mme Anglade a pourtant mené, sur le plan personnel, une campagne admirable. Malgré certaines bévues commises par l’équipe libérale, la cheffe n’a jamais perdu le moral. Mais son parti ne sait plus exactement ce pour quoi il milite.

Citation fatidique : « Qu’est-ce que ça change au bout du compte pour les propositions qu’on fait ? Ça ne change rien. » Mme Anglade a essayé de minimiser une erreur de 16 milliards dans le cadre fiscal du PLQ, mais la faute en disait long sur l’improvisation des libéraux.

Paul St-Pierre Plamondon aura vraisemblablement plusieurs raisons de célébrer lundi soir, surtout s’il réussit à se faire élire dans la circonscription montréalaise de Camille-Laurin. Crédité en début de course de moins de 10 % des intentions de vote, le Parti québécois s’est relevé tout au long de la campagne pour enfin rejoindre les autres partis d’opposition dans les sondages. Le chef péquiste en est le seul responsable. L’aimable M. St-Pierre Plamondon aura réussi à garder son parti en vie en persuadant beaucoup de souverainistes errants de rentrer au bercail.

Citation fatidique : « François Legault ne devrait pas traiter la reine d’Angleterre en chef de l’État québécois ni donner de crédibilité à un régime colonial britannique illégitime au Québec. » La sortie de M. Plamondon concernant la mise en berne du drapeau québécois lors de la mort d’Élisabeth II n’a pas été très élégante. Jacques Parizeau n’aurait pas été amusé.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a de fortes chances de ne pas se retrouver à l’Assemblée nationale après le vote de lundi. Mais le PCQ aura bousculé cette campagne présumément décidée d’avance plus que tout autre parti politique en lice. La CAQ a dû protéger son flanc droit contre des attaques qu’elle n’aurait jamais eu à subir autrement. Si la CAQ finit la soirée lundi avec moins de 40 % du vote populaire, M. Duhaime pourra en réclamer la responsabilité. Si le PCQ ne réussit pas à élire un seul député toutefois, la grogne populaire que M. Duhaime a eu risque de perdurer.

Citation fatidique : « Des fois on paye l’Hydro, des fois on ne paye pas l’Hydro, des fois on paye Internet, des fois on ne paye pas Internet, des fois on paye le mazout, des fois on ne le paye pas. » Les élucubrations de M. Duhaime sur ses comptes de taxes foncières et d’Hydro-Québec impayés n’auront impressionné personne.

Gabriel Nadeau-Dubois doit avoir de sérieux doutes sur la stratégie électorale de Québec solidaire, qui n’aura pas réussi à établir son parti comme une solution de rechange à la CAQ. L’urgence climatique est peut-être au sommet des préoccupations des solidaires purs et durs, mais l’électeur moyen ne se reconnaît pas dans une plateforme qui propose une révolution en matière d’environnement et d’économie. Alors que les Québécois sont déjà les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord, QS propose d’augmenter le fardeau fiscal global des contribuables et des entreprises. Si M. Nadeau-Dubois a réussi à adoucir son image personnelle, celle de son parti n’aura pas assez évolué durant cette campagne pour que QS devienne un choix digne de confiance aux yeux d’une majorité de Québécois.

Citation fatidique : « M. Duhaime, présentez-vous comme gouverneur du Texas. Vous allez vraiment être à votre place. » La déclaration qu’a faite M. Nadeau-Dubois à l’endroit du chef du PCQ lors du débat de TVA a trahi le mépris de certains tenants de la gauche pour des idées politiques pourtant légitimes.

François Legault demeure le grand perdant de cette campagne, même si son parti continuera de gouverner au lendemain du vote. Avec une avance insurmontable dans les sondages en début de campagne, personne n’aura été surpris que la CAQ ne propose aucun changement dans ses façons de faire au pouvoir. Mais M. Legault a fait preuve d’un manque de vision flagrant en rejetant du revers de la main toute idée qui lui semblait trop compliquée. L’étiquette de « M. Impossible » que lui a collée M. Nadeau-Dubois n’était pas exagérée. Sa mauvaise humeur durant la campagne n’augure rien de bon pour un deuxième mandat.

Citation fatidique : « Les Québécois sont pacifiques, ils n’aiment pas la chicane, ils n’aiment pas les extrémistes, ils n’aiment pas la violence, donc il faut s’assurer qu’on garde ça comme c’est là actuellement. » Le lien que François Legault a tissé entre l’immigration et la violence aura marqué le point le plus bas de cette campagne.

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