Main-d’oeuvre âgée

La main-d’oeuvre québécoise est toujours plus âgée. La participation des 55-69 ans au marché du travail ne cesse toutefois de croître au fil des ans, mais pour rapidement se heurter à un intérêt ressenti pour la retraite.

Certes, le vieillissement de la main-d’oeuvre au Québec n’est pas un phénomène nouveau, mais il atteint un seuil critique. Le ratio du nombre de personnes âgées de 15 à 29 ans par rapport à celui des personnes de 55 ans et plus n’a jamais été aussi bas, fait ressortir l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). « En 2021, on compt[ait] environ une seule personne de 15 à 29 ans en emploi pour une personne de 55 ans et plus en emploi. Au milieu des années 1980, ce ratio était de quatre. »

Dans une autre analyse portant cette fois sur la participation au marché du travail selon les groupes d’âge, l’ISQ indiquait notamment que, parmi les trois groupes d’âge retenus aux fins de l’étude, celui des 55 ans et plus est le seul qui a connu une croissance de sa population entre les quatrièmes trimestres de 2019 et de 2021.

Cela dit, en revanche, le taux d’activité des travailleurs expérimentés n’a cessé de croître en 20 ans. Celui des 55-59 ans est passé de 55,1 % à 77,6 % entre 2001 et 2021 et celui des 60-64 ans, de 29,6 % à 53,6 %. Dans la cohorte des 65-69 ans, il oscille autour des 22 % contre quelque 8 % en 2001. Mais il reste que ce taux chute fortement à partir de 60 ans, une glissade que nombre d’employeurs aimeraient inverser dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, et que ce taux d’activité des 60 à 69 ans est plus élevé en Ontario. Là-bas, il atteint les 60 % dans le segment 60-64 ans et les 30 % dans la strate 65-69 ans.

L’ISQ indiquait lundi qu’on dénombrait environ 252 000 postes vacants au Québec au deuxième trimestre, soit une hausse de plus de 30 % par rapport au trimestre correspondant de 2021, de 5,5 % comparativement au premier trimestre de 2022. « Le taux de postes vacants [soit le nombre de postes vacants exprimé en pourcentage de la demande de travail] au Québec s’est fixé à 6,3 % au deuxième trimestre de 2022, comparativement à 5,2 % un an plus tôt. »

Participation féminine accrue

 

Fait intéressant à ressortir, au-delà du choc démographique qui se veut prononcé au Québec, le vieillissement de la main-d’oeuvre traduit, certes, une participation accrue des 55-69 ans sur le marché du travail, que l’on mesure toutefois davantage chez les femmes. « Au cours des vingt dernières années, le taux d’activité s’est en effet accru de près de 30 points de pourcentage chez les femmes âgées de 55 à 59 ans, de 28 points chez celles de 60 à 64 ans et de 12 points chez celles de 65 à 69 ans », écrit l’ISQ.

Autre particularité, si le taux d’activité des 55 à 59 ans se chiffre à 73 % chez les femmes et à 82 % chez les hommes en 2021, l’écart se creuse ensuite chez les 60-64 ans, où il atteint 46 % chez les femmes et 62 % chez les hommes. Il se chiffre autour de 18 % et de 29 % respectivement dans le segment des 65-69 ans.

Retraite hâtive

 

Petit clin d’oeil côté perspectives de retraite pour observer que la majorité des personnes âgées de 45 ans et plus prévoient quitter de façon définitive le marché du travail à 65 ans ou après, mais qu’environ 30 % d’entre elles comptent partir à 60 ans ou avant, selon des données de 2018. Et l’ISQ d’ajouter que « les femmes seront plus susceptibles que les hommes de partir plus tôt, puisque environ le tiers d’entre elles envisagent de quitter de façon définitive le marché du travail à 60 ans ou avant, comparativement à moins du quart chez les hommes ».

Ces travailleurs disant prévoir prendre leur retraite définitive avant 65 ans se recrutent parmi les personnes plus scolarisées, détenant une formation professionnelle, technique ou universitaire, disposant d’un revenu de 79 000 $ ou plus, occupant un emploi dans le secteur public ou un emploi couvert par une convention collective. On peut donc présumer que la présence d’un régime complémentaire de retraite, à prestations déterminées pour la majorité, exerce une influence certaine sur les intentions de retraite.

Autre petit clin d’oeil aux employeurs, les résultats de l’étude de l’ISQ montrent qu’avoir une satisfaction très élevée à l’égard de son emploi (soit une note de 9 ou 10 sur une échelle de 10) est davantage associée à des départs plus tardifs. Toujours selon les données de 2018, « environ 70 % des personnes ayant une telle satisfaction indiquaient qu’elles prévoyaient prendre une retraite complète après 65 ans, comparativement à 60 % des personnes ayant un score de 8 sur 10 et à 54 % des personnes ayant une satisfaction moindre [score de 7 sur 10 ou moins] ».

Rappelons enfin que ce vieillissement de la main-d’oeuvre s’appuie sur l’enchâssement d’incitatifs au fil des ans. On pense au report possible du début du versement de la pension de la Sécurité de la vieillesse et de la rente du Régime de rentes du Québec, qui vient majorer considérablement les prestations reportées. Aussi aux modifications apportées au système fiscal venant renforcer l’incitation au maintien au travail des personnes plus âgées touchant le Supplément de revenu garanti et comprenant le crédit d’impôt pour prolongation de carrière, une mesure mise en place au Québec en 2012.

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