Une affaire de fric

À l’époque où il était au Parti québécois, François Legault avait lancé une mise en garde :  « Si un ralentissement ou une récession devait survenir, c’est à genoux que le Québec vivrait le fédéralisme canadien », alors que la souveraineté lui promettait au contraire des jours meilleurs.

Le chef de la Coalition avenir Québec estime qu’il y a aujourd’hui 50 % de chances que l’économie québécoise entre en récession, mais cela ne l’empêche pas de croire que le fédéralisme demeure plus avantageux.

Il va de soi que le besoin accru de stabilité politique en période d’incertitude économique lui fait aussi plaider qu’il vaut mieux laisser une équipe expérimentée « avoir les deux mains sur le volant ».

Au printemps dernier , M. Legault se disait impatient de voir l’étude sur les finances publiques promise par le PQ, qui se voulait une actualisation de celle que lui-même avait réalisée en 2004, laquelle avait conclu que le Québec avait tout avantage à quitter la fédération.

Alors que Paul St-Pierre Plamondon prétend que la publication de cette étude a été retardée en raison des nouveaux calculs nécessités par la poussée de l’inflation, M. Legault croit plutôt que ses conclusions ne sont pas suffisamment concluantes aux yeux du PQ, la péréquation que reçoit le Québec étant passée de 4 milliards à 13 milliards depuis 2004.

Il est vrai que depuis le Budget de l’an 1 de Jacques Parizeau (1973), en passant par les études de la commission Bélanger-Campeau (1990) et celles du ministère de la Restructuration (1995), les exercices de ce genre ont eu des effets mitigés.

Aussi rigoureux que les calculs puissent l’être, il y a tout simplement trop d’inconnues qui ont pour effet de déclencher des guerres de chiffres génératrices de confusion et d’inquiétude. Alors que sa campagne va bien, le PQ n’avait pas intérêt à lancer un débat qui aurait placé Paul St-Pierre Plamondon sur la défensive.

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De passage à la table éditoriale du Devoir samedi dernier, le chef caquiste s’est bien défendu de s’être transformé en défenseur de l’unité canadienne, mais c’est tout comme : « On reçoit au moins 10 milliards de plus qu’on envoie à Ottawa. Il faut quand même le dire. »

Dans la capitale fédérale, on a sûrement pris acte des bonnes dispositions de M. Legault. Bien entendu, il va toujours réclamer plus d’argent, mais on ne l’avait jamais entendu parler du fédéralisme de façon aussi positive. On peut encore lui faire avaler des couleuvres.

À l’époque où il était dans l’opposition, M. Legault reprochait au gouvernement Couillard d’avoir si mal géré l’économie que la péréquation versée au Québec avait triplé. Elle est maintenant devenue son principal argument pour demeurer au sein de la fédération.

On peut légitimement décider de renoncer à ces milliards afin de préserver notre identité, reconnaît-il, mais ce n’est pas son choix. Finalement, pour la CAQ, tout ce débat n’est pas une question de dignité ou de fierté, comme l’avait lancé Bernard Drainville dans un mémorable plaidoyer en faveur de l’indépendance à l’Assemblée nationale, mais simplement une affaire de fric.

M. Legault n’a jamais eu la prétention d’être un héros romantique, même s’il a plus d’une fois réussi à faire vibrer la fibre nationale. Le comptable n’est cependant jamais bien loin.

Il commence néanmoins à devenir embarrassant que le « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec », qui devait jeter les bases d’une « nouvelle relation » avec le Canada, ne donne pas le moindre résultat. M. Legault demeure toujours incapable d’identifier une seule de ses 21 demandes qui a reçu un accueil positif à Ottawa.

Il se dit maintenant prêt à renoncer aux nouveaux pouvoirs en immigration qu’il réclamait si le gouvernement fédéral fait en sorte d’accueillir plus de nouveaux arrivants francophones de manière à tendre vers une proportion de 80 %.

L’expérience de l’immigration francophone hors Québec laisse toutefois sceptique. L’objectif de 4,4 % de l’ensemble des nouveaux arrivants, qui avait été fixé par le gouvernement fédéral en 2003, n’est jamais venu même près d’être atteint, malgré les cris d’alarme des communautés francophones. Cela n’a pas empêché le ministre responsable, Sean Fraser, de promettre une fois de plus d’y arriver d’ici l’an prochain.

Reconnaissant que « ce n’est pas simple avec Justin Trudeau », M. Legault mise à nouveau sur un changement de gouvernement à Ottawa. Il n’a cependant pas osé prononcer le nom de Pierre Poilievre. C’est bien beau, le fric, mais vendre son âme au diable n’est pas nécessairement une bonne affaire.

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