Le bulletin du débat

Quand on s’est peinturé dans le coin, la seule solution est de marcher sur la peinture, disait Jean Chrétien. C’est ce que François Legault a décidé de faire jeudi soir.

Lors du Face-à-face sur les ondes de TVA, la semaine dernière, il avait contesté à Dominique Anglade et au Parti libéral du Québec le titre de champion de la lutte contre l’indépendance. Après réflexion, il ne veut même plus dire s’il voterait oui ou non à un éventuel référendum. On se demande encore quelle mouche l’avait piqué pour qu’il cesse soudainement de ménager la chèvre et le chou.

Il aurait été difficile pour M. Legault de connaître un aussi mauvais débat que la semaine dernière, mais il n’aura épaté personne. Il en a fait juste assez pour pouvoir envisager le reste de la campagne avec un peu plus de sérénité.

Même s’il était encore une fois la cible privilégiée, le format du débat, plus favorable à la pédagogie qu’à la confrontation, lui a évité de se retrouver constamment dans les câbles. Sauf quand Dominique Anglade lui a reproché d’avoir fait reculer la situation des femmes, il a réussi à contenir son irritation. C 

À l’inverse, Gabriel Nadeau-Dubois avait placé la barre très haut avec sa performance de la semaine dernière. L’effet de surprise était moindre cette fois-ci, mais l’important était de continuer à incarner la véritable solution de rechange à la Coalition avenir Québec. M. Legault raille le « pays des merveilles » dans lequel vit Québec solidaire, mais il y a toujours un marché pour l’espoir.

Le chef de la CAQ n’a cependant aucun intérêt à renoncer à ses « décorations d’Halloween ». Même si le ton de GND se veut rassurant, le monde selon QS en effraie plusieurs. Une grande partie de l’électorat préfère croire qu’il est possible de lutter contre les changements climatiques sans qu’il y ait un prix à payer. La « taxe orange » sur les véhicules énergivores que dénonce M. Legault rappelle la « taxe verte » qui a fait le malheur de Stéphane Dion, mais à qui le temps a finalement donné raison.

D’ici là, force est de constater que le succès d’estime remporté par le co-porte-parole de QS depuis le début de la campagne ne s’est pas traduit dans les intentions de vote. Le dernier débat n’y changera sans doute rien. B

Dominique Anglade n’avait pas été si mauvaise la semaine dernière, mais on n’avait rien retenu de sa performance. Cette fois-ci, elle n’a pas hésité à mettre en valeur ce qui la distinguait de ces « messieurs » qui l’entouraient : la « fille d’immigrant » dont les parents lui ont transmis leurs valeurs, la « mère de famille » qui sait ce qu’il en coûte de ne pas trouver de place en garderie… Un bon débat ne peut malheureusement pas suffire à sauver une campagne désastreuse. B

On ne change pas une recette gagnante. Paul St-Pierre Plamondon a poursuivi sur sa lancée en donnant une autre démonstration de la façon dont on peut débattre autrement. S’il y en a un qui peut espérer avoir gagné des votes jeudi soir, c’est lui.

Il aura sans doute convaincu des souverainistes passés à la CAQ en 2018 de rentrer au bercail. Sachant que le Parti québécois n’a aucune chance de former le gouvernement, même des électeurs qui ne souhaitent pas nécessairement la tenue d’un référendum, mais qui s’inquiètent de l’avenir du français, voudront éviter sa disparition. B

Éric Duhaime n’a pas connu un grand débat. Le chef conservateur a l’habitude des solutions simplistes, mais proposer que des fonctionnaires congédiés pour alléger le poids de l’État soient transférés dans les écoles qui souffrent d’une pénurie d’enseignants démontre une ignorance inquiétante des exigences de la profession. D

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