La descente aux enfers du PLQ

Il y avait quelque chose de surréaliste à entendre Dominique Anglade inviter les électeurs déçus par la CAQ à se rassembler sous la bannière libérale. Ces jours-ci, qui peut bien avoir envie de se rallier au PLQ ?

Le dernier sondage Léger était dévastateur. Aux yeux des Québécois, le PLQ fait la moins bonne campagne, Mme Anglade a fait le moins bon débat et elle ferait la moins bonne cheffe de l’opposition. Résultat : le PLQ est le deuxième choix d’à peine 10 % des électeurs (8 % des francophones).

Partout où elle passe, on reconnaît l’énergie que déploie Mme Anglade malgré l’adversité. Alors que le visage de François Legault trahit son déplaisir à la moindre contrariété, la cheffe libérale donne l’impression de descendre aux enfers avec le sourire.

Dès les premières heures de la campagne, on a bien vu que la fameuse « machine libérale », qui pouvait faire élire n’importe qui, n’était plus que l’ombre d’elle-même. Mais les choses ont pris chaque jour davantage l’allure d’une histoire d’horreur.

Lundi, Le Soleil rapportait les dires du président de l’association libérale de Matane-Matapédia, Jean-Noël Barriault, à propos de celui qui y avait été parachuté et dont le bulletin de candidature a passé près d’être rejeté. De toute manière, c’était une dépense inutile, selon lui. « Je ne l’ai jamais rencontré. Ce n’est pas un militant du comté. C’est un gars de l’extérieur, c’est un poteau. Pour se présenter dans Matane-Matapédia contre Pascal Bérubé, peu importe le parti, il faut être fantasque, parce qu’il jouit d’une popularité énorme. Est-ce que c’est mérité ? On va dire que oui. »

Voilà qui n’est pas très motivant.

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Au cours de la dernière année, les changements d’orientation du PLQ ont été pour le moins déroutants. Les sondages et les sautes d’humeur de la communauté anglophone semblaient être le seul fil conducteur.

Mme Anglade a encore surpris cette semaine en se disant ouverte à discuter d’une réforme du mode de scrutin pour y introduire un élément de proportionnelle afin d’éliminer les importantes distorsions qu’elle constate. Pourtant, dans une lettre adressée au Mouvement démocratie nouvelle en date du 13 septembre dernier, le PLQ s’y opposait de façon catégorique. « Le PLQ ne propose pas de modification de notre mode de scrutin », peut-on y lire.

À 12 jours d’une élection qui s’annonce désastreuse, comment ne pas voir de l’opportunisme pur dans la volte-face de Mme Anglade ? Ayant abondamment profité du système actuel, le PLQ avait refusé de signer l’entente transpartisane de mai 2018 par laquelle la CAQ, le PQ, QS et le Parti vert s’étaient engagés à réformer le mode de scrutin.

Les libéraux avaient multiplié les objections au projet de loi 39 présenté par la ministre responsable de la réforme, Sonia LeBel, et qui a finalement été abandonné, puisque la CAQ trouve à son tour des avantages au système actuel. Ils reprochaient au projet caquiste de créer un risque d’instabilité, d’affaiblir la représentation des régions et de créer deux catégories de députés. Un comité formé par le PLQ proposait plutôt un mode de scrutin préférentiel.

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Mme Anglade n’avait pas d’autre choix que de dire qu’elle entendait demeurer cheffe, peu importe le résultat des élections du 3 octobre, et c’est sans doute ce qu’elle souhaite. Malgré les pertes appréhendées, il est hautement probable que le PLQ conservera son statut d’opposition officielle, mais Mme Anglade devra se battre pour conserver son poste, même si elle remporte sa circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne.

On a beau vanter son courage, même les électeurs libéraux ne sont pas impressionnés par sa performance. Seulement 35 % d’entre eux estiment qu’elle mène la meilleure campagne, selon Léger, et à peine 13 % sont d’avis qu’elle a gagné le premier débat.

Si le PLQ ne réussit pas à faire élire suffisamment de députés pour former un gouvernement, qu’il soit majoritaire ou minoritaire, la constitution du parti prévoit que le ou la cheffe doit se soumettre à un vote de confiance lors du premier congrès qui suit l’élection.

Dès le départ, personne au PLQ ne s’attendait à ce que Mme Anglade ramène le parti au pouvoir. Tout le monde devrait également reconnaître qu’elle a hérité d’une organisation dans un état déplorable. La réalité n’en demeure pas moins que le PLQ se dirige vers la pire défaite de son histoire, et de loin.

Si elle a été élue cheffe par défaut il y a deux ans, c’est que personne d’autre n’avait envie de se sacrifier pour une cause qui paraissait perdue d’avance. Après deux mandats et le possible départ de François Legault, la CAQ sera nettement plus vulnérable en 2026. Cela ne peut que susciter des vocations.

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