Promesse de politicien

D’ici mars 2023, le Québec deviendra le premier endroit au Canada où tous les résidents pourront accéder à Internet au moyen d’une connexion à haute vitesse. Tous ? Cela dépend. Il faut avoir la même définition que le gouvernement de ce que « Internet haute vitesse » signifie pour que ce soit le cas.

Des résidents des régions où la haute vitesse est en train d’être installée ces jours-ci n’ont pas l’impression que le débit proposé est particulièrement élevé. Marie-France René et Jason Carmichael ont acheté il y a un peu plus d’un an une résidence à Notre-Dame-de-Pontmain, un petit village situé à environ une heure de Mont-Laurier, dans les Laurentides. On leur avait promis la haute vitesse au plus tard à l’hiver 2022.

Six mois plus tard, un réseau de fibre optique vient d’être déployé dans la région, mais toutes les maisons ne sont pas encore branchées au réseau. On promet que cela sera probablement fait d’ici Noël.

Comme dans bien d’autres régions du Québec, c’est un service par satellite coûteux et très intermittent qui est actuellement utilisé par la plupart des habitants de la région pour accéder à Internet… quand les conditions météo s’y prêtent, puis quand le récepteur pointe dans la bonne direction. Parfois, un coup de vent suffit pour désorienter une coupole satellite, et le signal ne revient qu’après la visite d’un technicien pour replacer le tout.

Remplacer cette technologie par de la fibre, c’est toute une révolution. D’autant plus que la fibre optique, on le sait, permet des débits très élevés à peu de frais, tant pour recevoir que pour envoyer des données sur le réseau. Dans certains cas, pour 60 $ par mois, des fournisseurs proposent ces jours-ci un débit supérieur à 1 gigabit par seconde (Gb/s). À cette vitesse, on peut télécharger une heure de vidéo en ultra haute définition (UHD, ou 4K) en moins de trois minutes.

Ça, c’est de la haute vitesse !

Alors, avec la fibre, Notre-Dame-de-Pontmain va enfin entrer dans l’ère moderne. Problème réglé !

Problème réglé ?

Pas si vite ! Car dans ce village un peu à l’ouest du parc Papineau-Labelle, pour le prix d’une connexion à un gigabit, la connexion la plus rapide proposée est de… 25 mégabits par seconde pour la réception et de 12 Mb/s pour l’envoi de données.

Les résidents de la région peuvent aussi opter pour un accès à 50 Mb/s, le débit minimal nécessaire pour que les gouvernements à Québec et à Ottawa considèrent cette connexion comme étant à haute vitesse. Un tel forfait coûte 75 $ par mois.

« L’astuce du gouvernement est de jouer sur les mots quand il parle de “haute vitesse” », dit Jason Carmichael. « Je pense que sa définition de la haute vitesse est celle qu’on avait il y a vingt ans. C’est sûr que c’est mieux que ce qu’on nous offre maintenant, et c’est suffisant pour surfer sur la Toile ou prendre ses courriels, mais pour des parents qui travaillent de la maison, c’est très juste. Il faut que les enfants se déconnectent de Netflix quand on doit passer un appel vidéo sur Zoom… »

Alors, Québec a-t-il rempli sa promesse de brancher tout le Québec à la haute vitesse ? « Absolument pas », dit Jason Carmichael. Pas aux prix et aux débits proposés, selon lui.

La « solution » Starlink

À la fin août, François Legault a promis que 100 % du territoire québécois serait branché à la haute vitesse au plus tard le 30 septembre. Le premier ministre sortant a indiqué dans la foulée avoir conclu une entente avec le fournisseur par satellite américain Starlink pour brancher 10 000 foyers qui se trouvent trop loin des réseaux filaires pour y avoir accès.

On imagine que ces 10 000 foyers doivent se trouver dans le nord du Québec. Pas nécessairement. Dans le village de Gore, situé à distance à peu près égale de Saint-Jérôme, de Saint-Sauveur et de Lachute, il ne reste pas tout à fait la moitié des 1679 maisons à brancher à la haute vitesse, d’une façon ou d’une autre.

Ceux qui sont les plus pressés ont payé jusqu’à 760 $ pour recevoir la trousse d’installation de Starlink et versent ensuite 140 $ par mois pour un débit variant entre 60 et 100 mégabits par seconde.

C’est de la haute vitesse. Mais c’est quand même cher. Et c’est un fournisseur étranger, chose étrange dans une industrie qui en théorie est encadrée par la loi fédérale pour éviter l’entrée au pays… de concurrents étrangers.

En tout cas, c’est trop cher pour Anick Richer, enseignante au secondaire, qui doit se déplacer en voiture pour accéder à Internet quand elle doit enseigner à distance par l’application Teams de Microsoft.

« C’est un retour en arrière pour nous, nous sommes ici depuis seulement un an et avant, à Lachute, qui est à 20 minutes d’ici seulement, ça allait bien », dit-elle. « Il y a une partie des gens ici qui ont accès au réseau de fibre de Bell, mais ce n’est pas partout. Je suis sur leur liste d’attente, dès que ce sera disponible on s’abonne. »

« Mais je ne pensais pas en être là encore aujourd’hui. Nous sommes quand même en 2022. »

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