Révolution «éthérique»

La cryptosphère a connu sa petite révolution avec la « fusion » réussie d’Ethereum. L’enthousiasme des adeptes de ces monnaies et actifs numériques s’est toutefois retrouvé refroidi par l’appel lancé vendredi par le gouvernement de Joe Biden exhortant les agences gouvernementales américaines à redoubler d’efforts réglementaires.

Le courtier d’actifs numériques GlobalBlock parlait cette semaine d’un événement dont l’impact est le plus important dans l’industrie. Le passage d’Ethereum de « Preuve de travail » (Proof of work) à « Preuve d’enjeu » (Proof of stake) devenait une opération complexe et une transition radicale dans une industrie détestée notamment pour son côté énergivore.

Cette mise à jour, ou « Fusion » (Merge), doit conduire à une réduction de plus de 99 % de la consommation d’énergie drainée par le fonctionnement du réseau et par l’émission de nouveaux jetons, s’est-on réjoui.

La chaîne de blocs

 

Les analystes estiment qu’Ethereum abrite aujourd’hui 90 % de la valeur de tous les jetons non fongibles (NFT, en anglais) émis à ce jour. Selon les estimations du site spécialisé Defi Llama cité par l’Agence France-Presse (AFP), Ethereum représente aujourd’hui environ 59 % de la valeur engagée dans toutes les opérations de finance décentralisée en cours.

Cette « fusion » vient transformer la méthode de validation sur la chaîne de blocs. « Il ne restera plus aucune infrastructure, juste des logiciels », a illustré un chercheur de Blockchain Research Lab, Lennart Ante. De quoi atténuer la réticence des investisseurs institutionnels sensibles aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, et rehausser la réputation de l’ensemble de l’industrie.

Cette empreinte carbone de la cryptosphère pousse actuellement certains artistes, industriels et investisseurs à boycotter Ethereum, mais le succès de la transition « pourrait, avec le temps, accroître l’acceptabilité d’Ethereum et de toutes les applications construites sur la chaîne de blocs par les décideurs et les régulateurs, a écrit le bancassureur néerlandais ING dans une note récente reprise par l’AFP. Cela pourrait ensuite stimuler la volonté des institutions financières de développer des services fondés sur Ethereum. »

L’ether, cryptomonnaie liée à Ethereum, représente présentement environ 20 % de la capitalisation totale des monnaies virtuelles, derrière le bitcoin, qui revendique une part de marché de 40 %.

GlobalBlock ajoute que l’opération vient également associer un rendement de quelque 5 % à l’investissement Ethereum, ce qui impliquerait que tout le secteur de la finance décentralisée, composée des services financiers de pair-à-pair sur les blockchains publiques, disposerait ainsi d’une référence dans sa méthode d’évaluation accolant un prix au risque.

Au demeurant, on y voit un puissant catalyseur susceptible d’attirer un nombre accru d’investisseurs institutionnels.

Réglementation accrue

 

Cela dit, la problématique liée aux cryptoactifs reste entière. Manque de traçabilité des détenteurs d’actifs, opacité de la gouvernance, porte ouverte aux transactions illicites, extrême volatilité des cours, valeur sous-jacente subjective même pour les « stablecoins », manque de liquidité, surveillance limitée des plateformes et des émetteurs de cryptomonnaies, absence de vérification et d’exigence de capital… La liste est longue.

Vendredi, la Maison-Blanche est venue doucher l’enthousiasme en ordonnant aux diverses agences gouvernementales américaines de muscler leurs interventions et d’accélérer le renforcement des lois visant à encadrer le secteur des actifs numériques et de recenser les lacunes dans la réglementation des cryptomonnaies.

Le bitcoin perdait ainsi 2 % vendredi, pour tomber sous les 20 000 $US, à 19 700 $US, et l’ether a abandonné plus de 8 %, à 1453 $US. Sur une semaine, elles ont perdu respectivement 6 %
et 15 %.

Dans l’opération commandée par le président Biden, le département du Trésor pilotera un groupe d’agences gouvernementales devant aussi étudier le potentiel d’une monnaie numérique émise par la banque centrale. La Maison-
Blanche ne s’est toutefois pas prononcée pour un dollar numérique.

L’agence Reuters rappelle que cette action à grande échelle fait écho à un décret signé cette année par le président américain, Joe
Biden, « sous la garantie d’un développement responsable des actifs numériques ».

Les régulateurs tels que la Securities and Exchange Commission et la Commodity Futures Trading Commission sont ainsi invités à adopter des directives et des règles concernant les risques liés à l’écosystème des actifs numériques, y compris son utilisation pour le blanchiment d’argent ou la fraude.

Joe Biden envisagerait également de demander au Congrès une modification de la loi sur le secret bancaire afin qu’elle s’applique aux prestataires de services sur actifs numériques, notamment les Bourses de cryptomonnaies et les plateformes de NFT, poursuit Reuters. De son côté, le ministère de la Justice des États-Unis a déclaré qu’il créait un groupe de coordination des actifs numériques supervisant 150 procureurs fédéraux pour poursuivre les auteurs des crimes liés aux cryptomonnaies.

L’enthousiasme des adeptes des monnaies et actifs numériques s’est retrouvé refroidi par l’appel lancé vendredi par le gouver-nement de Joe Biden exhortant les agences gouvernementales américaines à redoubler d’efforts réglementaires
  

À voir en vidéo