N’achetez pas mon vote aux élections

L’expression « promesse électorale » suscite chez moi un certain malaise. Devant la crudité de la joute politique qui caractérise les campagnes, je ressens chaque fois une profonde déception en constatant que le premier réflexe des partis est — encore ! — de me proposer des mesures à court terme et, surtout, des mesures individualistes. Je comprends l’objectif stratégique que poursuivent les partis avec cette approche.

Mais il me semble que nous ne sommes pas très nombreux à posséder ce « téflon aux chèques promis » capable de nous tenir loin des influences indues.

Les promesses de réduction des impôts seraient apparemment la mesure électorale la plus efficace pour capter l’attention des votants, peu importe la position du parti sur l’échiquier politique et peu importe qui les formule.

La particularité, cette année, me semble venir du fait que pratiquement tous les acteurs dans l’arène, bien qu’animés de motivations bien distinctes, s’aventurent loin dans leur tentative (désespérée) d’aller chercher des votes.

Un débat fiscal en profondeur

 

Il faudrait pourtant que, tous, nous résistions collectivement à l’in-
fluence hypothétique d’une promesse de baisse d’impôt sur notre vote. D’abord parce que le fait de promettre des baisses d’impôt dans un contexte d’inflation comme celui que l’on connaît ces jours-ci me semble plutôt dangereux, d’autant plus que le rapport préélectoral a démontré que l’équilibre budgétaire était atteint et que le cadre financier présenté par trois des cinq principaux partis fait passer cet équilibre à des déficits. S’il est vrai que les finances du Québec se portent plutôt bien, les indicateurs économiques, eux, pointent vers une récession probable d’ici quelques mois. Si les recettes de l’État devaient diminuer plus que prévu, il nous faudrait y
faire face.

Trois options sont envisageables : soit on assume collectivement des déficits projetés encore plus grands que prévu, soit on réduit les services publics, soit on puise encore davantage dans le Fonds des générations.

Je considère que toute promesse de baisse d’impôt devrait être accompagnée d’un débat plus profond sur notre système fiscal et sur ses effets à long terme. Exigeons, comme électeurs, une transparence totale quant aux choix sociaux sur lesquels il faudra mettre une croix si on décide de prioriser une économie de quelques centaines de dollars à titre individuel.

Doit-on vraiment taxer davantage « les plus riches » travailleurs (je déteste la connotation négative de cette expression) de notre société et nos entrepreneurs ? Pourquoi alors ne pas s’attaquer aux véritables problèmes : comme le travail au noir dans certaines industries ou l’utilisation de paradis fiscaux ?

Étant donné les défis démographiques du Québec, est-il vraiment responsable de payer moins d’impôts aujourd’hui, devant l’incertitude économique qui attend nos enfants et nos petits-enfants ?

Enfin, il s’agit peut-être d’une déformation professionnelle, mais j’estime que la saine gestion des finances publiques, l’obligation de rendre des comptes, la qualité des services publics et l’évaluation de la performance sont des sujets qui devraient tous nous préoccuper en tant que contribuables.

Ne promettez pas un chèque en plus !

Je comprends tout à fait que, avec le coût de la vie qui augmente, les électeurs seront sensibles à différentes promesses, comme celle de la CAQ d’envoyer un chèque de 600 $ aux personnes ayant un revenu annuel de moins de 50 000 $ et un chèque de 400 $ à celles qui gagnent de 50 000 $ à 100 000 $. Ou encore celle du Parti québécois de mettre en place une « allocation pouvoir d’achat » de 1200 $ pour les personnes ayant un revenu inférieur à 50 000 $. Ces promesses touchant une grande partie de l’électorat, il est difficile de ne pas y voir une façon très peu subtile d’acheter des votes ! Mais il faut garder en tête que l’inflation que nous subissons actuellement est en partie le résultat de trop d’interventionnisme de la part de l’État.

Les partis devraient plutôt se questionner sur la pertinence d’ajouter des liquidités dans un système déjà en surchauffe. Je doute, en effet, que la majorité des ménages utilisent cet argent pour cotiser au REEE de leurs enfants ou investir en prévision de la retraite. Il y a de fortes probabilités qu’il soit vite dirigé vers des dépenses, qui vont contribuer à leur tour à alimenter la hausse des coûts.

Si l’inflation n’est pas contrôlée, inutile de promettre des hausses du salaire minimum à 18 $ l’heure comme le font Québec solidaire et le PQ, puisque dans une telle spirale inflationniste, cette hausse ne serait bientôt plus suffisante, et ainsi de suite. La hausse des taux directeurs a pour objectif de ralentir la consommation des ménages, ne l’oublions pas. Somme toute, la proposition de la CAQ de plafonner à 3 % l’augmentation des tarifs gouvernementaux peut soutenir de façon temporaire les consommateurs sans « envoyer des chèques ».

Même si ce n’est pas une baisse des impôts qui influencera mon vote, la vision économique des différents partis m’intéresse plus que jamais. Ce sujet est aride pour plusieurs, mais je souhaite qu’il continue tout de même d’occuper une grande place dans la présente campagne, même si, comme vous, d’autres sujets m’interpellent à titre personnel, tels que l’éducation et l’agriculture, par exemple. Tout comme j’insiste sur l’importance d’une saine gestion budgétaire auprès des lecteurs du Devoir et de mes clients, il me semble évident que je peux légitimement m’attendre, comme citoyenne, à ce que la gestion des finances publiques soit conduite avec la même prudence.

D’autres promesses électorales pourraient bien entendu avoir des répercussions sur vos finances personnelles. Nous reviendrons sur ce sujet dans la prochaine chronique.

Exigeons, comme électeurs, une transparence totale quant aux choix sociaux sur lesquels il faudra mettre une croix si on décide de prioriser une économie de quelques centaines de dollars à titre individuel


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