L’effet de richesse s’est dissipé

La santé financière des ménages s’est sensiblement détériorée au deuxième trimestre, dans le contexte d’une hausse de 125 points de base du taux directeur. Dire que la Banque du Canada en a rajouté 175 autres depuis — et qu’elle ne prévoit pas s’arrêter là.

L’effet de richesse mesuré lors de la pandémie, combiné à la poussée de fièvre des cours boursiers et des prix immobiliers, est loin derrière. La correction des marchés (financiers et immobiliers) et le dérapage inflationniste se font désormais lourdement sentir sur la santé financière des ménages. Avec, aussi, un recours accru à l’endettement dans une conjoncture de hausse rapide des taux d’intérêt, la baisse observée dans le patrimoine des ménages au deuxième trimestre se veut la plus forte jamais enregistrée, indique Statistique Canada.

L’avoir net des ménages, soit la valeur de l’actif moins le passif, affiche un recul de 6,1 % par rapport au premier trimestre, plombé par la chute des marchés boursier, obligataire et du logement. En dollars, 990 milliards se sont effacés — sur papier pour l’essentiel, faut-il croire — entre avril et juin.

La valeur des actifs financiers totaux des ménages a diminué pour un deuxième trimestre d’affilée pour inscrire une baisse record au deuxième trimestre. La chute des cours boursiers et obligataires a retranché 5,7 % à la valeur des actifs financiers, alors que les grands indices boursiers de référence se sont engagés dans un marché fondamentalement baissier avec deux pertes trimestrielles consécutives. S’y greffe une chute de la valeur des actifs non financiers avec, à la clé, une érosion de 5 % de la valeur des biens immobiliers résidentiels des ménages, sous l’influence de la remontée des taux d’intérêt.

Le prix canadien de revente moyen a reculé de 10,5 % par rapport au premier trimestre, pour atteindre environ 710 000 $ au deuxième. Le rééquilibrage s’est accéléré avec un prix moyen tombant à 635 000 $ en juillet, soit un repli additionnel de 10,5 %. Faible consolation, à la fin de juin, la valeur des biens immobiliers résidentiels des ménages demeurait supérieure de plus de 2300 milliards de dollars (+41,1 %) au niveau enregistré à la fin de 2019, écrit Statistique Canada.

Voilà pour l’actif.

Quant au passif financier, il a augmenté de 69,8 milliards au cours du deuxième trimestre « sous l’effet de l’expansion continue de la dette hypothécaire en cours et de l’augmentation des dépenses des consommateurs ». L’agence fédérale fait état d’une accélération du rythme des emprunts sur le marché du crédit par rapport au premier trimestre, les ménages ayant ajouté 56,3 milliards de dollars à la dette au deuxième trimestre. Si les prêts hypothécaires sont demeurés la principale source des nouveaux emprunts, il est aussi souligné que « la demande de prêts non hypothécaires a enregistré deux trimestres consécutifs d’activité (+8,3 milliards de dollars au premier trimestre et +7,7 milliards au deuxième), ce qui n’avait pas été observé depuis le début de 2018 ».

Taux variables populaires

 

En ce qui concerne les nouveaux prêts hypothécaires résidentiels contractés au deuxième trimestre, 51,1 % étaient à taux variables. Ils représentaient 32,5 % de la dette hypothécaire totale, en hausse par rapport à 29,8 % au trimestre précédent, précise Statistique Canada. L’écart de taux favorisant le taux variable s’est résorbé, voire s’est inversé dans l’intervalle, sous l’amorce du resserrement monétaire de la Banque du Canada et de la fin de l’assouplissement quantitatif, avec une première augmentation du taux directeur survenue au début de mars.

Pour la suite des choses, cette détérioration de la santé financière des ménages est à mettre dans la conjoncture d’une augmentation de 175 points de base du taux directeur de la Banque du Canada s’ajoutant aux 125 points du deuxième trimestre. Et dans la perspective d’autres augmentations à prévoir, a averti la banque centrale.

« À mesure que les effets du resserrement de la politique monétaire deviendront plus évidents, la Banque évaluera jusqu’où il faudra encore relever les taux d’intérêt pour ramener l’inflation à la cible » de 2 %, a-t-elle prévenu au début du mois, dans la foulée de l’annonce d’une cinquième hausse du taux cible cette année.

Pour sa part, le rythme du dérapage inflationniste s’est accéléré, l’augmentation sur 12 mois de l’inflation telle que mesurée par l’Indice des prix à la consommation passant de 6,7 % en mars à 8,1 % en juin. Elle est redescendue à 7,6 % en juillet. Cette pression sur les prix se ressent déjà sur le taux d’épargne des ménages canadiens, qui est passé de 9,5 % à 6,2 % entre les premier et deuxième trimestres. Avec la baisse des transferts gouvernementaux, le revenu disponible des ménages n’a augmenté que de 1 % au deuxième trimestre alors que la valeur nominale de leur consommation a crû de 4,3 % sous l’effet des hausses de prix généralisées.

Mais là aussi, faible consolation, à titre de comparaison, le taux d’épargne moyen des ménages observé au cours des 10 années ayant précédé 2020 s’établissait à 3,4 %, rappelle Statistique Canada.

« Avec la baisse de la valeur des actifs, l’augmentation des passifs et la tendance à la baisse du taux d’épargne, le deuxième trimestre marque probablement le dernier soubresaut de la forte croissance de la richesse nette nationale observée pendant la pandémie », propose Randall Bartlett, directeur principal, économie canadienne au Mouvement Desjardins.

À voir en vidéo