Les mots pour le dire

Sans vouloir douter de la sincérité de l’hommage que François Legault a voulu rendre à la reine Élisabeth II, la pause qu’il s’est imposée à l’occasion de son décès arrivait quand même à point. Il avait bien besoin de reprendre ses esprits.

À l’approche des débats télévisés, les stratèges caquistes doivent être passablement nerveux. On a beau savoir que le premier ministre a une propension naturelle à la gaffe, sa performance depuis le début de la campagne est particulièrement erratique.

M. Legault a beau être le seul à avoir l’expérience d’une campagne électorale — et même de plusieurs — à titre de chef, lui-même semble manquer de confiance en ses moyens. Même à son échelle, la fréquence des erreurs non provoquées est inhabituelle.

Après les débats sur l’immigration et la laïcité du début de mandat, éviter les amalgames qui alimentent les préjugés devrait maintenant être un réflexe. Faire référence à l’immigration en évoquant la violence et l’extrémisme ne pouvait que lui attirer des ennuis.

Contrairement à ce qu’il a déclaré par la suite, ses propos ne portaient pas à confusion. Ils étaient même d’une clarté limpide. C’était incontestablement maladroit, mais il semblait réellement croire ce qu’il disait.

S’il voulait simplement parler du défi d’intégration particulier qui se pose à une société francophone en Amérique du Nord, pourquoi avoir utilisé le mot « violence » ? On comprend que Dominique Anglade a tout intérêt à l’accabler, mais on peut difficilement lui reprocher de penser que le chef caquiste a livré le fond de sa pensée.

M. Legault a les défauts de ses qualités. Les Québécois ont appris à aimer sa simplicité et sa franchise, qui contrastent avec la langue de bois et la rectitude politique, devenues trop souvent la norme, mais s’excuser à tout bout de champ commence à devenir un peu trop facile. Il serait préférable de réfléchir avant de parler.

Entre la simplicité et le simplisme, il y a cependant une ligne que le premier ministre a trop souvent tendance à franchir. Il n’est pas dépourvu de bon sens, loin de là, mais sa vision binaire des choses l’empêche parfois de saisir la réalité dans toute sa complexité, au point qu’il en arrive à la nier. Le débat sur le racisme systémique en a donné un bon exemple.

Il en est d’ailleurs conscient, puisqu’il cherche à éviter les sujets qui l’insécurisent. Cette semaine, il était consternant de l’entendre dire qu’on pouvait parler des valeurs québécoises, dont il a fait son pain et son beurre depuis des années, mais qu’il ne fallait pas les nommer.

C’est pourtant lui qui a voulu imposer un test aux immigrants, qui doivent maintenant obtenir une « attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises » pour avoir droit au Certificat de sélection du Québec. Comment les nouveaux arrivants pourraient-ils faire l’apprentissage de valeurs qu’on ne doit pas nommer ?

En prévision des débats télévisés entre les chefs de parti, où il risque d’être interpellé sur le sujet, M. Legault aurait intérêt à lire le guide pratique intitulé Les valeurs démocratiques et les valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne, que son gouvernement met à la disposition de ceux et celles qui sont désireux de s’établir au Québec.

Il y trouverait d’entrée de jeu les cinq « clés » autour desquelles s’articulent les valeurs québécoises, qu’il lui suffirait de mémoriser pour éviter de se retrouver à nouveau dans une situation embarrassante où il devrait choisir entre se taire et avoir l’air fou ou se mettre les pieds dans le plat.

Elles sont relativement faciles à retenir : 1) Le Québec est une société francophone ; 2) Le Québec est une société démocratique ; 3) L’égalité entre les femmes et les hommes ; 4) Les droits et les responsabilités des Québécoises et des Québécois ; 5) Le Québec est une société laïque.

Le guide pourrait même inspirer le premier ministre dans l’exercice de son métier. Ainsi, on y explique que toute personne a droit à sa réputation et est protégée par la Charte contre tout geste ou parole pouvant y porter atteinte. Associer de façon gratuite les immigrants à la violence est-il conforme aux valeurs québécoises ?

Autre exemple, le guide proclame le « droit de vivre dans un environnement sain », en ajoutant que « ce droit implique que toutes les personnes au Québec contribuent à la protection de l’environnement, y compris l’État et les entreprises ». Ce n’est de toute évidence pas le cas de la fonderie Horne.

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